27 novembre 2013

Marisa Cuomo, à Furore

Furore, sur la côte amalfitaine, fait partie de ces vignobles de l'extrême que seuls des passionnés, voire des fous, s'obstinent à vouloir exploiter.

Bien sûr, touristiquement, le lieu est enchanteur avec ses petites parcelles en pergola qui de loin, semblent peigner les collines. Et puis il y a la mer, tout en bas, et l'horizon sur lequel se détachent des caps et quelques îles. Mais imaginez ce décor de carte postale sous le cagnard, quand il faut descendre ou remonter des pentes jusqu'à 60 degrés. L'entretien des pergolas, le simple problème de l'acheminement de la vendange à la cave, depuis des parcelles dont certaines, récemment replantées, n'ont plus de chemin d'accès.
Le paradis du promeneur est un enfer pour le viticulteur.

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Furore côté carte postale (Photo H. Lalau)

Et pourtant, certains s'accrochent, comme Marisa Cuomo et son mari Andrea Ferraioli.
Au nom du paysage - qu'ils contribuent à sauvegarder, car sans entretien, terrasses et pergolas ont vite fait de s'effondrer, et au nom du vin des grands parents, de l'exception locale.
Furore est en effet exceptionnel à plus d'un titre; d'abord, il y a le fjord - un mot qui sonne curieux en pleine mer Méditerranée, mais c'est un fait: une étroite langue de mer entaille la côte à cet endroit, renforçant l'influence marine, et créant des expositions insolites propices à la vigne, notamment vers l'Ouest.

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Furore côté vignes de pente (photo H. Lalau)


Il y a le relief: très escarpé, il accueille la vigne de 180 m à 600 m au dessus du niveau de la mer.
Il y a les sols - on s'imagine que ceux de la Campanie sont volcaniques; c'est vrai pour le Vésuve et ses environs mais ici, on entre dans le domaine du calcaire.
Il y a les cépages, enfin. Comme si la Falanghina ou le Greco n'étaient pas assez confidentiels, ici, on en cultive d'autres, comme le Fanile, le Ripoli ou la Genestra. Ne me demandez pas à quoi ils ressemblent, ni à quoi il faut s'attendre dans le verre. Non lo so.

Il semble en tout cas qu'ils aient toujours été là - le plus souvent complantés. Et francs de pied - le phylloxéra a oublié ces falaises arrosées de cendres par le Vésuve. Et comme ici, le pêcheur et le paysan n'ont longtemps fait qu'un, produire du blanc pour accompagner le poisson devait couler de source.

Bien sûr, comme ailleurs, beaucoup de jeunes sont partis tenter leur chance à la ville - à Naples, mais aussi à New York, Chicago ou Toronto. Alors faute de bras, la tentation d'une viticulture plus rationnelle a dû exister. Le relief ne la permet guère - et puis les pergolas ont un avantage déterminant: elles créent un microclimat pour la vigne, préservant une humidité vitale pour les journées chaudes - n'oublions pas que nous sommes ici en plein sur le trajet du Sirocco.
L'amplitude thermique diurne, en fonction du la hauteur du soleil, de la chaleur et de l'humidité de la roche, est favorable au développement des arômes.
En contrepartie, bien sûr, rien n'est mécanisable, tout se fait ici à la main, avec parfois l'aide de mulets.

Encore un mot sur la complantation. Andrea ne s'en plaint pas, car il note que l'assemblage des cépages permet d'équilibrer le vin, les excès ou les faiblesses de certaines variétés se compensent les unes et les autres; bien sûr, le choix de la date de récolte s'en trouve pas facilité, on ramasse quelques raisins en sur- et en sous-maturité, mais c'est l'équilibre de l'ensemble qui compte. Tel cépage, telle parcelle n'ont d'intérêt que comme pièce d'un tout.

Cette longue introduction pour vous expliquer qu'on ne goûte pas ces vins comme le premier chardonnay de plaine venu, qu'il soit italien, australien ou français. Pourtant, c'est du vin et il reste à le déguster.

Ravello blanc 2012
60% Falanghina, 40% Biancolella (alias Petite Blanche). Assez discret au nez, ce vin présente une bouche une acidité assez tranchante, des notes de zeste de citron, de levure de bière; à défaut d'être gras, il est franc et long. 13/20

Furore Bianco 2012
Même assemblage que pour le Ravello, mais les raisons ne proviennent que de la sous-zone de Furore. Très joli nez de citron et d'anis. La bouche est plus riche que celle du Ravello, plus juteuse, un peu plus alcooleuse aussi. 13,5/20

Furore Rosso Riserva 2009
Si je vous dit "Piedirosso", alias Palombina (encore un cépage local au potentiel connu des initiés), pas sûr que cela vous avance beaucoup. Mais comme j'ai l'info, je vous la donne; c'est mon côté partageur...

Ce cépage est ici assemblé à 50/50 à de l'Aglianico (autre cépage régional, mais beaucoup plus répandu - c'est notamment celui du Taurasi et de l'Aglianico di Vulture).
Toujours est-il que le résultat est bigrement intéressant; dynamique est le mot qui me vient le premier à l'esprit. C'est un tantinet rustique, même si le bois atténue la rugosité des tannins; le nez est élégant, sur le fruit noir, le cassis, la myrtille, légèrement compoté; l'entrée de bouche est tout en fraîcheur, puis vient une solide minéralité - je devrait plutôt parler de grain - il y a du solide dans de liquide. Cela allonge les perceptions. 15/20

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Furore côté rouge


Fiorduva 2010
Le concept peut surprendre: récolter les raisins de vieilles pergolas de Fanile, de Ripoli et de Genestra, cépages blancs complantés sur des terrasses vertigineuses surplombant la mer... et élever le tout en barriques neuves de chêne français... On craint le pire. Et l'on déguste le meilleur.
Le nez est à la fois profond et complexe - fruits jaunes, coriandre. La bouche présente aussi de beaux épices et une finale très longue - quand salinité rime avec sapidité. 15/20

Fiorduva 2011
Ananas et poire au nez; la bouche est élégante, longue et subtile, le bois très bien intégré; belle amertume finale. 15/20


00:00 Écrit par Hervé Lalau dans Italie | Tags : campanie, campania, marisa cuomo, vin, vigne, italie, cépages oubliés | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

Commentaires

Impressionnant !


Quand on demande si une parcelle est loin, ici, on te répond: "In linea d'aria, saranno due chilometri!"
Et toi de reprendre: "Ma quanti chilometri sono in macchina? "

Écrit par : Luc Charlier | 27 novembre 2013

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