14 novembre 2013

Pleyel, labels, chrysanthèmes

Les hommages viennent souvent trop tard. Quand ils ne sont pas carrément vides de sens.

La cote des oeuvres de Van Gogh n'a jamais été aussi haute. Mais le génie est mort dans la dèche.

Saint Emilion porte au pinacle de son classement des grands crus dont la production est de toute façon réservée à une élite.

L'Etat classe des monuments qui tombent en ruine et dont on sait qu'il ne donnera pas le premier sou pour assurer l'entretien.

Ce même Etat labellise des sites d'oenotourisme, genre musée de l'outillage et des traditions viticoles; tout en encadrant tellement strictement la publicité sur le vin que le consommateur finit par se demander comment il doit en parler à ses enfants - patrimoine à perpétuer ou héritage d'une addiction révolue?

Dans un autre registre - musical, celui-là, j'apprends que la manufacture de pianos Pleyel - la dernière de France - ne passera pas l'année.

Déjà, en 2007, pour ses 200 ans, la firme avait dû fermer ses ateliers d'Alès pour se recentrer sur le haut de gamme (d'un millier de pianos, la fabrication était tombée à une vingtaine par an). Cela n'a pas suffit pour sauver l'entreprise. Pourtant, en 2008, elle avait obtenu le "Label du Patrimoine Vivant".

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Le Pleyel du Musée Chopin, à Varsovie (Photo Boston9)

Le "vivant" est d'abord devenu tellement élitiste qu'il ne concernait plus qu'une toute petite coterie de nantis. Il sera bientôt tout à fait mort. Le label n'aura donc été qu'un joli chrysanthème sur son cercueil.

Fallait-il que les Académies de musique pratiquent la préférence française? Fallait-il que Pleyel délocalise à Taiwan ou en Thaïlande? Fallait-il que l'Etat nationalise l'entreprise, au titre de l'exception culturelle (après tout, il a bien des participations dans des banques ou des fabriques d'armes...). Qu'est-ce qui est nécessaire et qu'est-ce qui est superflu?

J'avoue mon ignorance, mon incompétence, mais surtout, ma tristesse de Français et de mélomane.

Il ne reste qu'à plaquer un dernier accord sur le dernier Pleyel et à refermer le couvercle du clavier en pensant à Liszt, à Chopin et à Saint-Saëns, aux oeuvres desquels les pianos Pleyel ont un petit peu contribué, leur donnant 'la" sonorité qu'ils aimaient; un peu comme à un vin, une barrique de Tronçais ou de Nevers peut donner un éclat particulier...

00:10 Écrit par Hervé Lalau dans France, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

Commentaires

Peut-on vivre sans musique ? "Oui, mais tellement moins bien" répondait, en substance, Vladimir Jankélévitch.

Écrit par : Alain Leygnier | 14 novembre 2013

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Je crois que le message suivant s'est évanoui. Peut-on vivre sans musique ? "Oui, mais tellement moins bien", répondait, en substance, Vladimir Jankélévitch.

Écrit par : Alain Leygnier | 14 novembre 2013

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