16 octobre 2013

Le premier travail d'Héraclès

What's in a name? Le changement de nom de 1855 (le groupe) en Héraclès ne lui a pas évité de se retrouver en redressement judiciaire.

Mais il y a-t-il encore quelque chose à redresser?

L'image de l'entreprise n'a plus besoin d'un lifting. Et les déclarations de Fabien Hyon, son Directeur Général, ne vont pas dans le bon sens.

Fidèle à une tradition bien rodée dans l'entreprise, au fil des plaintes et des procès de ses client  grugés, il botte en touche; selon lui, une des raisons des difficultés actuelles de 1855, c'est "l'acharnement" de certains clients ayant obtenu des pénalités et astreintes à se les faire payer.

Car pour le capitaine de ce navire en perdition, il y a les "bons clients", ceux qu'on ne peut pas livrer mais qui patientent gentiment, et les autres, les "acharnés", qui vont au tribunal, et qui non contents d'obtenir gain de cause, exigent d'être payés, mettant ainsi 1855 en danger.

Ce serait risible si tant de gens honnêtes n'avaient été floués par 1855.

Le premier travail d'Héraclès, ce n'est pas "étendre un rideau de fumée", c'est "prendre de l'argent dans sa poche pour indemniser les clients". La poche des dirigeants, qui semble-t-il, ont toujours trouvé de l'argent pour se payer et celle des actionnaires (enfin, ceux qui restent).

Au-delà de cette pathétique défense, je me pose une question plus fondamental. Le système a été dénoncé depuis longtemps, il semble bien que 1855 ait vendu des vins qu'il n'avait pas en stock et qu'il n'a même jamais pu acheter. Cette vente à découvert n'aurait-elle pas dû attirer l'attention de la répression des fraudes? Une petite comparaison avec l'affaire Cousin, bien moins grave, à mon sens, est édifiante. D'un côté, pour Cousin, l'administration montre tout son zèle, et de l'autre, pour 1855, il faut attendre des années pour que la multiplication des plaintes de clients n'aboutisse à ce redressement.

Par ailleurs, les comptes de l'entreprise ont, semble-t-il, toujours été validés. A quel type de contrôle soumet-on une entreprise (ou ne la soumet-on pas), en France, pour qu'on en arrive, au bout de tant d'années, à constater que ses actifs sont bien trop faibles pour payer ses dettes (pourtant enregistrées au passif)? Tout en sachant que 1855 ne payait pas les vins qu'il ne commandait pas... Je n'ai pas fait beaucoup de compta, mais ça m'étonne.

Je me pose donc inévitablement la question des protections: 1855, avec son "tour de table" prestigieux (enfin, au moins au début) a-t-il bénéficié de trop de clémence? Ou bien est-ce juste la mécanique judiciaire qui est trop lente?

Les clients floués ont souvent gagné, mais leurs huissiers sont souvent revenus les mains vides.

Comment en est-on arrivé là et que va-t-on faire pour éviter de nouvelles déconvenues?

Le site de 1855 est toujours actif. Ceux qui ne suivraient pas l'actualité judiciaire de trop près peuvent toujours commander. Mais que deviendra leur acompte? Servira-t-il à payer les dettes ou bien à acheter leur vin?

"Le plus grand choix de vins sur internet" qu'ils disaient. Mais ce n'est pas tout de pouvoir choisir, il faut pouvoir se faire livrer.

00:24 Écrit par Hervé Lalau dans Europe | Tags : 1855 | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

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