24 septembre 2013

Chez Coume Majou, "Maury c'est fini..."

"Et dire que c'était la vigne de son premier mutage"...(très librement adapté d'Hervé Vilard).

Pendant 5 ans, Luc Charlier (Domaine de Coume Majou) a fait du Maury dans un bout de cave qu'il louait sur place.

Et puis ceux qui l'hébergeaient ont préféré ne pas reconduire cet arrangement.

A partir de ce millésime, son Maury Jolo deviendra donc du Rivesaltes Grenat.

image.jpg

Photo La Cave de Christine

Ce qui en dit long sur la fameuse typicité des appellations, dans les PO comme ailleurs.

Ce sont les mêmes raisins, les mêmes sols, le même vigneron qu'avant, oui, mais ça ne sera plus la même AOC. La même origine. Cherchez l'erreur!

Soit on a grugé les consommateurs pendant 5 ans, ce vin n'avait pas la bonne origine, soit c'est maintenant qu'on va les gruger.

J'attends le premier qui ose écrire que son Rivesaltes fait "très Rivesaltes". Ou qu'il a "moins de race qu'un Maury".

Rappelons que Rivesaltes, ce sont 3.435 ha de climats et de sols très divers - de Fitou à Céret en passant par Argelès, Ille-sur-Têt et Saint-Paul de Fenouillet. Des arènes granitiques (dans les Albères, tout à Sud, à 60 km de Maury), des calcaires au pied des Corbières, des molasses argileuses dans les Aspres et des cailloux près des fleuves. Et aussi des schistes et des marnes, comme à Maury. Forcément, puisque l'aire de Rivesaltes englobe l'aire de Maury, beaucoup plus compacte (331 ha).

Mais pourquoi diable Luc ne peut-il continuer à produire son Maury de Maury? Parce que depuis quelques années, pour avoir l'appellation Maury, il faut avoir sa cave dans le finage de Maury. Ca c'est finaud!

Celle de Luc est à Corneilla-la-Rivière, à 22 km de Downtown Maury. Et à une dizaine de la limite du fameux finage. Exit, donc, le Belge!

A qui profite ce clochermerle? L'idée était-elle de contrer le négoce, d'empêcher de vilains mercanti de venir piller les trésors de Maury? Primo, le risque était assez faible, vu la difficulté que les VDN ont à s'écouler, ces derniers temps. Secundo, Luc n'est pas négociant!

Et puis, en quoi cette obligation rend-elle les vins de Maury meilleurs, en quoi est-ce qu'elle garantit mieux leur origine et leur typicité? Je vous répond: en rien. Jusqu'à preuve du contraire, c'est le raisin qui fait le vin, pas l'emplacement de la cuve. Alors comment l'INAO peut-elle entériner ce genre de restrictions - qui ne sont rien d'autre que des entraves à la libre circulation des marchandises.

Pire: cette obligation aboutit donc à faire d'un vrai Maury un Rivesaltes.

C'est pathétique. Ne vaudrait-il pas mieux, pour les têtes pensantes de l'AOC Maury, veiller à une meilleure maîtrise de la qualité de la matière première et des prix pratiqués? 

A l'évidence, certaines promotions constatées dans la grande distribution régionale font craindre, soit que certains opérateurs pratiquent la revente à perte, soit qu'ils s'arrangent avec le cahier de charges, ce qui serait autrement plus ennuyeux que le problème du lieu d'encuvage.

Oui mais, vérifier l'emplacement du chai, c'est beaucoup plus facile.

Et puis ce n'est pas un Belge qui va nous faire la leçon!

Qu'on ne s'y trompe pas, j'adore le Roussillon, ses vins et ses autochtones. Mais pas d'un amour aveugle, tout de même!

Commentaires

"Capri, c'est fini", œuvre immortelle interprétée par Hervé Vilard, et non par Richard Anthony, interprète, lui, des fameux "Sirop Thyphon", et d' "Et j'entends siffler le train", impérissables témoignages des années yéyés.

Écrit par : Alain Leygnier | 24 septembre 2013

Répondre à ce commentaire

Bien noté, Alain, je corrige

Écrit par : Hervé LALAU | 24 septembre 2013

Répondre à ce commentaire

Il ne reste plus à Léon qu'à étiqueter "Rivesaltes retour de Maury", comme un "Porto retour des Indes" de jadis. On verra bien qui rira le dernier !

Écrit par : Michel Smith | 24 septembre 2013

Répondre à ce commentaire

Belle idée, assez poétique, en plus; mais tu as vu ce qui est arrivé à "Olivier Cousin, Vigneron en Anjou"... on ne rigole pas avec les AOC!
Bon d'accord, les vins qu'on fait sous l'AOC ne sont pas forcément intéressants, ni "typés". Mais mentionner le nom d'une appellation sur l'étiquette d'un vin d'une autre appellation, ça non! Ce serait risquer d'induire le consommateur en erreur. Déjà qu'il doit boire des horreurs!

Écrit par : Hervé Lalau | 24 septembre 2013

Répondre à ce commentaire

PS. Le Jolo de Luc n'en sera pas moins bon pour autant, bien sûr, s'il porte le nom de Rivesaltes. Mais c'est le principe. Les règles absconses, l'enculage de mouches, le copinage, l'esprit de clocher, le futile qui passe devant l'essentiel, l'art que notre beau pays a de préserver ses prés carrés, ses droits acquis, de décourager l'initiative, la recherche de qualité.
Ca me gonfle d'autant plus que j'ai envie d'aider tous ces vignerons, de recommander les vins honnêtes, les gens qui se bougent, malgré les règlements, les codes, les paperasses. Etonnez-vous après ça qu'un Pernod aille investir en Australie, un Lurton en Argentine ou au Chili...
Et pourtant, le vin, en France, on sait faire, non?

Écrit par : Hervé Lalau | 24 septembre 2013

Répondre à ce commentaire

Je précise que "Les Vignerons de Maury" m'ont hébergé dans de très bonnes conditions et que je me suis senti TRES BIEN en leur sein. Notre accord était annuel et il est de leur droit de ne pas le reconduire. Les raisons en elles-même ne font rien à l'affaire. Indirectement, c'est de la "faute à Lalau" et à mon parler vrai. Ce n'est pas cela qui pose problème et nous sommes restés en excellents termes. Le décret lui-même, voulu par le grand corps mou de l'appellation, est ainsi fait et là je rejoins en large partie ton commentaire, Hervé. Quand tu dis "dénoncé", tu emploies le sens contractuel et je ne conteste nullement cette décision du conseil d'administration. Elle m'a été communiquée en termes courtois par Paul Armingaud, l'ancien président, un homme pour qui j'ai la plus grande estime. Donc Léon le provocateur précise qu'il n'y voit lui rien à redire et n'en a subi aucun préjudice. Ce qui est curieux est qu'il faille trouver un "hébergeur" mais par contre, lorsque l'hébergeur ne souhaite plus jouer ce rôle, libre à lui. Qu'un mec comme moi soit "bon prince", voilà qui n'est pas banal.

Écrit par : Luc Charlier | 24 septembre 2013

Répondre à ce commentaire

Plus le temps passe, et plus nos "amoureux" de jolis vins ne regardent plus l'appellation, mais l'homme ou la femme derrière la bouteille. L'appellation reste un atout pour faire des mariage "mets - vins", mais pour le reste, je constate que de plus en plus de passionnés veulent boire : un "Charlier", un "Kreydenweiss", un "Pithon", un "Hauvette" quelque soit la région ou l'appellation....... ! Peut-être qu'un jour TOUS les vins seront en appellation "VIN DE FRANCE", et l'acheteur choisira l'auteur qu'il aime !?

Écrit par : Garroy Gérard | 27 septembre 2013

Répondre à ce commentaire

Les commentaires sont fermés.