06 septembre 2013

Vin, Slow Food et politique

Mon confrère et ami Franco Ziliani lève à nouveau un beau lièvre avec l'affaire "Slow Food vs Bressan".

Fluvio Bressan, vigneron du Frioul, s'est permis quelques déclarations racistes à l'encontre d'une ministre italienne et Slow Food, en conséquence, a cru bon d'exclure les vins de ce producteur de la prochaine édition de son guide de vins.

SlowFoodWineBook.jpg

Slow Food Wine Guide (Edition 2013)

 

Franco Ziliani s'interroge sur le bien fondé de cette exclusion (moi aussi, d'ailleurs). Pour lui, un guide de vins n'est pas un tableau d'honneur du politiquement correct, mais juste une sélection de produits qui n'ont d'autre message à porter que leur goût.

Et mon confrère de renchérir: à ce compte-là, faut-il exclure du guide les maisons au passé fasciste? Surtout quand certains héritiers ne semblent pas vraiment le renier - Ziliani cite les cas d'Antinori et de Frescobaldi.

Je ne suis pas sur que la comparaison soit tout à fait adaptée, mais qu'importe.

Ce qui importe, et Franco le fait très bien, c'est de montrer le ridicule qu'il y a à mêler la politique, les opinions même contestables, voire détestables, d'un vigneron et une sélection de vin.

Au Chili, en Allemagne, en Autriche, on pourrait aussi trouver une foule d'exemples de vignerons plus ou moins infréquentables, encore aujourd'hui. J'ai visité voici quelques années un domaine autrichien où le propriétaire gardait bien en évidence des souvenirs du bon vieux temps du Troisième Reich, celui où les trains arrivaient à l'heure, qu'ils transportent du vin ou de futurs gazés. Sans oublier, au fond de la cave, un beau tonneau sculpté à la gloire de l'Anschluss.

En France aussi, dans la communauté vigneronne, nous ne manquons ni de staliniens ni de fascistes plus ou moins assumés, et d'indécrottables racistes. Nous avons aussi sans doute des royalistes, des trotskystes, des anarchistes, des libertaires, des pétainistes, des souverainistes, des altermondialistes, et même des opportunistes...

Mais le rapport avec la critique viticole? Faut-il maintenant que je m'informe de la tendance politique des producteurs, de leur appartenance raciale, de leurs orientations sexuelles et de leurs opinions religieuses avant de commenter leur vin?

Pour moi, c'est non.

"Tout est politique", disait Lénine. Qu'il me soit permis de le contredire.

Même si, à titre personnel, il y a des gens avec je préfère ne pas trinquer, je ne vois pas ce qui me donnerait le droit d'éliminer leurs vins de mes dégustations pour autre chose que la qualité du produit.

Si je le faisais, je ne vaudrais pas beaucoup plus que ceux qui écrivaient naguère "Kauf nicht bei Juden" sur les devantures de magasins juifs.

Paradoxalement.

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Italie, Vins de tous pays | Tags : kauf nicht bei juden, slowfood, opinion, vin, critique | Lien permanent | Commentaires (9) | | | |

Commentaires

Ne pas cracher le vin à cause d’une aversion pour le propriétaire

Un exemple classique en France était le patron d’une grande maison de négoce bourguignonne, cousine d’une autre en vallée du Rhône, qui était aussi le patron du front national dans sa région. Est-ce une raison pour ne pas apprécier leur Clos de la Commaraine ? Sans doute pas, mais pour moi elle est suffisante pour ne jamais en acheter.

Écrit par : Luc Charlier | 06 septembre 2013

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C'est ce que j'ai essayé d'expliquer (peut-être maladroitement). Ce n'est pas parce que moi je n'achèterai pas, pour des raisons personnelles, que je dois exclure ce vin de mes commentaires, et donc imposer ma sélection sur base politique ou éthique, ou etc.
C'est déjà beaucoup que je sélectionne sur base de mon goût (tout en m'efforçant de ne pas trop céder à ma subjectivité, en pensant au goût des autres, en essayant de juger les caractéristiques et l'ambition du vin tout autant que ce que j'aime en lui).
Et encore, sur ce blog, je travaille seul. J'y mets sans doute plus de moi-même que dans mes articles pour une revue, je personnalise plus.
Mais un guide, qui a pour ambition d'être une sorte de référent, ne doit pas, ne peut pas éliminer des vins sur base de la personnalité ou des propos du producteur. Sauf à devenir le guide des copains...

Écrit par : Hervé Lalau | 06 septembre 2013

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Il est vrai que si l'on doit commencer à mettre des lignes soulignant des aspects d'un vigneron n'ayant rien à voir avec le vin produit, on ne sait trop où s'arrêter… quand bien même dans le cas présent, c'est assez flagrant.

Le simple fait, par ailleurs, de commenter un tel fait, c'est déjà lui offrir gratuitement une publicité pas vraiment nécessaire.

Alors : est-ce le critique qui s'octroie ainsi une lettre de noblesse à bon compte ? Monica, la nouvelle engagée de Parker pour traiter l'Italie, a évoqué ce sujet sur le site Squires et naturellement, on a eu une floppée de billets allant des pour on contre.

Bof ! Il y a tellement d'autres choses à dire sur le vin !

Écrit par : mauss | 06 septembre 2013

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Merci pour le commentaire M. Mauss. Je ne savais pas que Squires en avait parlé, je l'ai découvert sur le site de Franco Ziliani. Mais de toute façon, je pense que ce n'est pas vouloir se faire de la pub sur le dos de cette histoire que d'en parler sur mon blog - au moins ai-je eu l'occasion de donner mon avis.

Écrit par : Hervé Lalau | 06 septembre 2013

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Merci de ton commentaire mon cher ami Hervé. A' propos: la prochaine fois nous irons demander à Monsieur Mauss si nous pouvons écrire ou non à propos d'un argument ou l'autre. Si Monsieur Mauss nous dira oui, et nous avons son permis, alors on pourra écrire. Autrement on change. Ca c'est la liberté, non?

Écrit par : Franco Ziliani | 06 septembre 2013

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Je n'ai jamais interdit à quiconque d'écrire sur mon blog ou en réponse à des commentaires que j'écris ici ou là.

Non seulement ce serait stupide avec cet outil de l'internet, mais en plus, je ne vois vraiment pas selon quels principes on pourrait interdire à quiconque de dire son point de vue, pour autant, naturellement, que cela ne soit pas des spams comme on en trouve trop.

Si jamais j'ai donné cette impression, je m'en excuse et je le regrette.

Écrit par : mauss | 06 septembre 2013

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Merci, il y avait sans doute un quiproquo;

Écrit par : Hervé LALAU | 06 septembre 2013

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Voici le danger principal – mais pas mortel – des blogs : la naissance d’un qui pro quo. J’en ai été victime moi-même plusieurs fois. Je pense qu’ici, personne ne cherchait noise à quiconque. Au-delà, les protagonistes en présence – même si vous savez tous que des divergences de vue sur la société, la politique et l’esprit en général existent entre nous – possèdent tous une qualité. Il sont capables d’écouter (je veus dire de lire) un avis différent, parfois même opposé ou inamical, de le réfuter ou de le mettre en doute et de continuer le dialogue néanmoins. C’est assez rare dans le monde francophone et latin en général : on est « pour » quelque chose ou quelqu’un, ou bien « contre ». Il me semble que, quand on est d’accord, il n’y a aucun intérêt à discuter ! I enjoy a good argument. Mir gefällt eine gute Bestreitung.

Écrit par : Luc Charlier | 06 septembre 2013

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Quel bel allemand, Luc. Si tu connais "A fish called Wanda". "Aaah, oui, parle moi russe!"

Écrit par : Hervé LALAU | 26 septembre 2013

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