22 août 2013

Le Blues du Journaleux

Peut-on être heureux d'un monde où M. Manning prend 35 ans de prison, et un violeur récidiviste seulement 20, sort au bout de 7, et récidive?

D'un monde où M. Snowden doit se cacher de la plus grande démocratie du monde... jusqu'en Russie?

D'un monde où les chancelleries occidentales font les gros yeux à l'armée égyptienne mais ne disent rien des attentats contre les Coptes? Et font référence aux dernières élections "démocratiques".

Il est édifiant de voir les différences de traitement de la crise égyptienne entre les journaux de différente obédience. Les interviews qui passent et celles qui ne passent pas.

Pour la situation en Tunisie, où j'ai eu la chance de pouvoir me rendre, j'ai aussi pu constater que l'info que l'on donnait au lecteur français ne correspondait pas vraiment à la réalité que je vivais.

Un peu comme si le Tunisien ne devait savoir de la France que ce qui se passe dans les quartiers Nord de Marseille.

J'aimerais être petite souris et pouvoir assister aux conférences de rédaction des grands journaux. Savoir quelles instructions au juste on donne aux envoyés spéciaux (quand on en envoie) ou à ceux qui dépouillent les dépêches. Comment on trie ces dépêches et comment on les rédige.

Est-ce que chaque journal sait d'avance l'angle avec lequel il va développer l'info, ou il y a-t-il encore de la place pour des infléchissements, des changements d'optique?

J'ai la chance de faire du journalisme dans un domaine plus pointu, certes moins important pour l'information du public, et de travailler avec des éditeurs qui n'ont pas peur de changer d'avis en fonction de ce qu'ils voient, de ce qu'ils entendent, de ce que leurs journalistes leur rapportent du terrain...C'est là la marque d'un respect élémentaire du lecteur que de ne pas lui prédigérer la réalité du monde.

Et même si, dans mon cas, ce n'est "que" du vin, je trouve que la recette devrait s'appliquer à tous les domaines, et a fortiori à ceux qui comptent, à ceux qui déterminent l'opinion, et en définitive, les réactions des gouvernants - au moins ceux qui sont élus.

Ceci n'est pas un article fouillé, juste un coup de gueule, avec tout ce que cela peut avoir d'instinctif, mais à quoi peut bien servir un blog sinon à ce genre de choses?

Merci de m'avoir écouté, même si cela sort de ma sphère de compétence.

11:09 Écrit par Hervé Lalau | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

Commentaires

Coup de gueule bien compréhensible. Concernant les interrogations sur le journalisme actuel, j'ai lu il y a peu un témoignage édifiant d'une pigiste italienne en Syrie: " http://bibliobs.nouvelobs.com/documents/20130731.OBS1691/lettre-d-une-pigiste-perdue-dans-l-enfer-syrien.html ". C'est pas rassurant.
Quant à savoir si c'est pire ou pas qu'avant, je ne suis pas encore assez avancé en âge pour me faire un avis!

Écrit par : Alexisc | 22 août 2013

Répondre à ce commentaire

Quelle claque, cet article! Merci du lien. Ca fait réfléchir et se dire que nos petits problèmes sont peu de chose; mais aussi, que le secteur de l'information est mal barré.
Bravo à cette journaliste italienne.

Écrit par : Hervé Lalau | 22 août 2013

Répondre à ce commentaire

Les commentaires sont fermés.