22 juillet 2013

Jamie Goode non plus n'aime pas les vins aromatisés

Jamie Goode n'en finit pas de remonter dans mon estime.

Voici ce qu'il écrit dans un billet récent sur les vins aromatisés: (je vous traduit librement, sinon libéralement): "Se prononcer en faveur des vins aromatisés a un petit air progressiste, avant-gardiste. Mais je pense qu'il s'agit d'une énorme erreur. On peut innover sans  compromettre l'essence même du vin, comme le montre le succès récent du Moscato ou du Sparkling Sauvignon Blanc".

Un-rose-pamplemousse-pour-Unicognac_vignette.jpg

Voici une boisson que je ne commenterai pas

Si vous voulez lancer une pétition, Jamie, je signe des deux mains.

Mais je crains bien que les producteurs de ce genre de produits se tamponnent de notre avis, C'est qu'ils visent des buveurs, pas des oenophiles. Des gens à qui on ne doit rien expliquer. Au risque de choquer, je dirai qu'on a les consommateurs qu'on mérite.

Comme moi je n'y connais rien en matière d'écran plasma, de politique monétaire ou de vaches laitières, il y a beaucoup de consommateurs en France, en Grande-Bretagne, en Belgique ou ailleurs qui n'entravent que couic, en matière de vin. Et qui s'en tapent complètement. Quand on voit les liquides  qui s'entassent dans les chariots à la sortie des hypers - le rosé discount, le Côte du Rhône basique, le gin-cola tout fait, le BIB de Pays d'oc ou de Sud-Africain, la vodka, le Cava ou le Prosecco premier prix, le whiskar à marque propre, on se dit qu'on prend nos rêves pour des réalités. Et je ne vous parle pas du morceau de plâtre présidentiel qui va accompagner le verre de rouge...

Le consommateur de base est tout sauf un connaisseur. Il faut intégrer cette donnée, pour désespérante qu'elle soit.

Accepter aussi que l'aromatisation soit devenu un débouché pour des vins sans intérêt, et pour des consommateurs peu intéressés.

Ce que je regrette, bien sûr, c'est que les pamplemousses, les kiwis ou les framboises au vin puissent aujourd'hui légalement s'intituler "Vins aromatisés", faire directement référence à un produit qu'ils éducorent, qu'ils trahissent.

Allez un peu sur le site de Rayon Boissons, dans la rubrique Vins: vous y trouverez notamment "Un Rosé Pamplemousse pour Unicognac" (en bouteille capsulée, tiens, pour ce genre de produits, c'est possible).  Ou encore,  "BABV: Funny Wine s'implante chez Leclerc". Sans oublier le point chiffré sur les ventes de ces BABV,  qui ont prof-gressé en un an de 77% en volume et de 125% en valeur.

Oui, dans la rubrique Vins. Je tremble à l'idée qu'un jour, ce soit les vrais vins qui doivent d'excuser de ne pas l'être, aromatisés...

Que personne ne soit soit opposé à l'acceptation de la mention "Vins aromatisés" par l'OIV,  ni à sa transcription dans le droit français (où l'on parlait jusque là de Boissons Aromatisées à Base de Vin), voici qui me sidère. Il est vrai que pendant ce temps là, on tapait sur les droits de plantation.

00:00 Écrit par Hervé Lalau dans France, Fromages, Grande-Bretagne, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (5) | | | |

Commentaires

Moi, j’utilise « entrave que pouic », comme expresssion mais l’argot d’il y a 30-40 ans fait comme toi (couic). Je crains d’ailleurs de jouer un couac, car ces boissons aussi m’inspirent un « pouah » de dégoût. Mais, ami Hervé, qui sommes nous pour nous ériger en « connaisseurs » et en défenseurs du bon goût ? Je pense que la gastronomie (liquide, solide ou gazeuse dans le cas des cigares) repose surtout sur des goûts acquis, éducatifs donc.
Cela étant, comme toi, ces machins me débectent. Ils ont néanmoins le droit d’exister, comme un macdo ou bien les sympathisants de Madame Lepen, mais notre faction à nous a le devoir d’essayer de limiter leur influence. Moi, j’aimerais que cela ne puisse pas s’appeler « vin », comme je pense que la restauration basée sur le surgelé, et sur Nestlé, Unilever, Kraft ou Mars etc ... devrait être distinguée de celle qui travaille le produit frais et élabore ses recettes « dans la maison ». Sincèrement, tant qu’on ne fait pas dans l’empoisonnement, il me semble que tout est permis mais dans la transparence.
Allons un stade plus loin : celui qui aime descendre les pentes enneigées sur deux lattes (ou une seule, ou une planche, je ne suis pas sectaire), je trouve qu’il serait bien inspiré de monter d’abord « à peau de phoque » - qui sont des écailles en plastique maintenant – mais je suis certain qu’il y aurait beaucoup moins de pratiquants alors. Pourtant, le « vrai » ski, c’est celui sans remontées mécaniques. « For the same token », le “vrai” vin es celui dans lequel il n’y a que du jus de raisin.

Écrit par : Luc Charlier | 22 juillet 2013

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Quelle leçon de tolérance, Monsieur Charlier ! Je vous tire bien bas mon chapeau : bravissimo !

200 % OK avec tout le contenu et le style de votre commentaire.

Écrit par : mauss | 22 juillet 2013

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Oui, quelle tolérance ! Léon, je pourrais t'offrir une bonne bouteille de vieux Byrrh bien aromatisé aux écorces d'oranges espagnoles ;-)

Écrit par : Michel Smith | 25 juillet 2013

Hervé je dois aussi remonter dans ton estime depuis que j'ai publié Franchement pourquoi se faire chier à produire du raisin pour faire du vin aromatisé? :-)
Kiss comme dit l'ex-Roi à l'ex-Reine

Écrit par : berthomeau | 23 juillet 2013

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La différence c'est que toi tu n'as jamais écrit que 90 Pc des vins sont de la m.... Donc tu n'avais pas à remonter. J'ai bien aimé ton billet

Écrit par : Hervé Lalau | 23 juillet 2013

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