05 juin 2013

La Croizille (suite)

Mme Idiart m'a fait l'honneur de me répondre, aussi me dois-je de publier ses arguments et ceux de son client:

Cher Monsieur,
 
Effectivement, il y a eu recours de la préfecture, mais le permis de construire a été accordé à la famille De Mour. La construction de ce bâtiment est en tout point conforme au permis de construire accordé. Ce dossier a été étudié par tous les acteurs concernés et il paraît étonnant que cette affaire engendre autant de remous aujourd’hui alors que la couleur orange était déjà mentionnée dans le permis de construire. Je peux comprendre votre étonnement ainsi que celui de tous ceux qui connaissent bien la région mais s’il faut en vouloir à quelqu’un aujourd’hui, c’est aux personnes qui ont validé le sujet.
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Il ne s’agit pas de désinformation, nous ne voulons pas masquer l’affaire et je tiens à vous préciser que je ne suis pas une esthéticienne des relations presse. L’objet de ce communiqué de presse n’est pas de camoufler l’information mais de présenter le projet de la famille De Schepper à travers ce projet. Et aujourd’hui je vous réponds en toute transparence.
 
Il s’agit aussi de désamorcer la polémique qui enfle alors que je vous rappelle que M. Le Maire a donné son aval au projet.
 
Ceci étant dit, nous allons envoyer une brève aux journalistes en reprenant ce que je vous ai dit plus haut, ainsi les choses seront claires.
 
Je vous mets en PJ la réponse de Jacques De Schepper aux critiques.
 
Je reste à votre disposition pour tout renseignement supplémentaire ou si vous voulez en parler directement avec les personnes concernées,
 
Bien cordialement,

Maïtena Idiart

 

Et voici donc la lettre de M. De Schepper

Château La Croizille, La Touche Orange dans le Vignoble de Saint Emilion

Vin est souvent  synonyme de  “ passion et émotion “.

Je suis un homme passionné et heureux.  Heureux d’avoir  pu réaliser ce bâtiment.  Pouvez-vous imaginer la joie que j’éprouve en voyant le chemin parcouru ?

Mon père a acheté Château TOUR BALADOZ, la propriété voisine en 1950. J’avais un an !  Je viens à Saint-Emilion depuis mes 12 ans. Cela fait donc plus de 45 ans  que j’arpente le vignoble de Saint-Emilion. Je ne suis donc pas un de ses nouveaux  riches qui vient d’atterrir à Saint –Emilion. A TOUR BALADOZ et à La CROIZILLE (acheté en 1997)  le chemin parcouru est immense et toute ma famille ainsi que mes collaborateurs éprouvent ce même sentiment de fierté. J’ai déjà fait visiter le nouveau chai à de nombreux clients, et tous étaient éblouis, enchantés, émerveillés devant ce bâtiment, la force qui s’en dégage et son intégration dans le paysage.

Nous avons fait le choix de créer un bâtiment innovant et contemporain, pour véhiculer une image forte de notre vin!

C’est peut-être un bâtiment diffèrent des constructions voisines entrainant un changement de perception et, comme tout changement, il surprend. Laissons-lui le temps de s’intégrer !

En ce qui concerne les critiques : La construction est en tout point conforme au Permis de Construire autorisé. Nous n’avons aucun reproche à émettre à l’encontre de quiconque. Chaque acteur a étudié le dossier selon ses compétences, le temps et les moyens dont ils disposaient.

Quant à la couleur orange, même remarque, elle était prévue dans le permis.   Pourquoi orange ? Parce que l’orange a pour moi et ma famille une valeur symbolique et sentimentale; L’orange nous porte chance !  Ma société de négoce belge doit son ascension à un produit dont l’étiquette est orange;

Je ne vois donc pas pourquoi je ne pourrais pas incorporer une touche orange au chai de LA CROIZILLE. Cette couleur se retrouve d’ailleurs dans le packaging de la bouteille et également à l’intérieur du bâtiment.  En outre, l’orange est une couleur présente dans la nature : c’est la couleur chaude du vignoble en automne, la couleur de l’argile cuite présente d’une part  sur certaines toitures des chais et maisons environnantes et d’autre part en bas des coteaux de LA CROIZILLE.

Laissons donc ce bâtiment prendre progressivement  sa place dans l’environnement.

Tout a été fait également pour développer une activité d’oenotourisme  en utilisant les atouts du site : au nord, un talus et au sud, une colline. De part et d’autre la vue sur le vignoble est époustouflante et unique à Saint-Emilion.

Nous sommes conscients du merveilleux potentiel que recèle notre terroir  et ce nouvel outil ne peut que nous aider à asseoir la qualité du Château LA CROIZILLE.

Jacques DE SCHEPPER, propriétaire

 

Mon commentaire

Je remercie Mme Idiart pour ces documents. Je maintiens cependant que ce projet ne s'intègre pas dans le paysage, comme elle l'affirme dans son communiqué.

Je conviens bien volontiers que la chaîne de prise de décision ayant conduit à l'émission d'un permis de construire a été déficiente, mais le fait est là: autorisée ou pas, qui peut dire de cette construction qu'elle se fond dans la nature ou dans le site? Quant à l'argument de M. De Schepper sur la présence de l'orange dans la nature à l'automne, il prête à sourire: pas cet orange-là, Monsieur!

Et surtout pas avec ces matériaux-là, ni cette architecture là, qui, pour moi, est conçue pour attirer le regard, voire choquer. Je trouve M. De Schepper plus convaincant quand il parle de sa volonté de "créer une image forte". Et d'un certain point de vue, c'est réussi.

C'est mon avis, en tout cas. Et vous me permettrez, M. De Schepper, Mme Idiart, de continuer à le défendre, en toute indépendance.

09:53 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux, France | Lien permanent | Commentaires (4) | | | |

Commentaires

Vous n'aimez pas cette nouvelle bâtisse et comme vous êtes indépendant et soucieux de l'harmonie des paysages dans cette région, vous le dites sur votre blog. Chapeau bas ! Votre engagement vous honore.

Écrit par : Jean-Christophe | 05 juin 2013

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Loin de moi l'idée de me glisser dans ce débat qui finalement ne concerne que le goût des uns et des autres. Oui, chacun son goût, Hervé.
Je reprends un argument que tu jugeras classique et probablement sans lien : combien de gens étaient choqués par la vue de Beaubourg, par l'érection de la Tour Eiffel ? Qui se plaint de la Pyramide du Louvre ou des monuments futuristes de Londres ou de Barcelone pourtant parfois intimement liés à l'architecture des siècles passés ? Qui hurle en voyant le Pont de Millau survoler la campagne rouergate ? Les chais futuristes du Médoc ne font plus grincer beaucoup de dents. Je défendrais toujours ceux qui osent défier le temps et les coutumes.
Un peu d'audace, nom d'une pipe !

Écrit par : Michel Smith | 06 juin 2013

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Michel, mon goût n'a pas grand chose à voir la dedans. La zone - à tort ou à raison ) est protégée comme patrimoine de l'humanité. Cela veut dire qu'on ne peut même plus, en théorie, changer la couleur des volets des bâtiments existants sans autorisation expresse. Et là, on construit un nouveau bâtiment moderne au look industriel, en haut d'une colline, en plus. La mairie ne fait pas respecter les règles, les responsables des bâtiments de France qui doivent vérifier les matériaux avant disent qu'ils n'ont pas eu le temps; et malgré tout le permis est donné. Et après coup, le préfet intervient.
Mais ce n'est pas fini: dans un communiqué, on vient dire après que le nouveau bâtiment s'intègre dans le paysage. Franchement, Michel, je veux bien avoir l'esprit ouvert, mais là, c'est se ficher du monde. Pourquoi les autres respecteraient-ils la loi, dans ces conditions...

Écrit par : Hervé LALAU | 06 juin 2013

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Michel, il s’agit bien d’une affaire de goût. Contrairement à ce que tu sembles croire, même des « vieux » (né en 1956) continuent de ne pas aimer la Tour Eiffel, Beaubourg, la pyramide du Louvre, les colonnes de Buren. La Tour Eiffel, au moins, c’était une prouesse technique. Le pont de Millau, lui, répond à un impératif économique (discutable, c’est vrai) : enrichir Eiffage. Pour cet ouvrage-ci, il n’est pas laid en lui-même, c’est sa localisation. Quand à la pyramide, c’est un des fardeaux de plus que la Mitte a fait peser sur la France. S’il n’y avait pas eu Badinter pour le sauver, son trop long règne aurait été un des pires de toute votre histoire. Il faut remonter à Philippe le Bel, Bonaparte ou de Gaulle pour trouver aussi néfaste.
Avoue que j’ai le chic pour me mettre tout le monde à dos (les gauchistes de salon, les gaullistes bon ton, les bonapartistes con-cons et les capéto-nostalgiques).
Objectivement, le chai orangé-ardoise est moche de chez moche. Après, le mec est chez lui et les autorisations ont été accordées. Voilà qui prouve que la plus grande république bananière au monde, ce n’est pas l’Inde (1/4 de la production mondiale de ce fruit délicieux) mais la France.
Regarde comme les nouvelles constructions d’oenotourisme, pour plaire à André Deyrieux et au commentateur « Raphël » (qui ?) d’Hervé, de l’Alentejo sont belles, même celles de la famille Roquette. Regarde comme Serge Chenet a fait retaper le Mas Saint-Bruno à Pujeaut. Regarde comme le château de Quéribus reprend fière allure. Oui, en architecture au moins, c’était mieux avant ! Tout le Pražský hrad, tout le Hofburg de Vienne, tout le quartier autrichien de Bruxelles, toute la ville de Sarlat : quelle beauté. On pourrait faire encore mieux (plus solide, mieux isolé, moins humide, photovoltaïsme intégré etc) avec la technologie moderne. Et au lieu de ça , on tombe dans l’ego de malades mentaux qui se prennent pour Atlas portant le monde : les architectes futuristes. Regarde l’Arxipelago du psychopathe Jean Nouvel : quelle horreur, et le toit fuit à la moindre pluie et il faut faire la queue pendant 20 minutes pour entrer lorqu’il y a plus de 300 spectateurs. Je me demande ce qui se passerait en cas d’incendie ? Comment appelle-t-on une nouvelle villa qui ne ressemble à rien et qui coûte un pont ? Une maison d’architecte bien sûr. Et quel nom porte une résidence secondaire adorable et pleine de goût ? Une grange retapée. CQFD.

Écrit par : Luc Charlier | 07 juin 2013

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