14 mai 2013

Quelques idées reçues sur le rosé

Je ne vous ferai pas l’injure, amis oenophiles, de croire que vous partagez les a priori et les fausses croyances, les légendes urbaines qui entourent le rosé...

-Non, le rosé n’est pas un mélange de blanc et de rouge (en Europe, en tout cas, et à la curieuse exception du Champagne rosé). Notez que la frontière est ténue: on peut assembler des moûts de blanc et des moûts de rouge, ça oui, mais pas des vins ayant terminé de fermenter.

-Non, le rosé pâle n’est pas plus qualitatif que le rosé intense. C’est juste une question de vinification (macération pelliculaire ou non, longueur des cuvaisons…) et de cépages. La mode est au pâle, certes, mais comme toutes les modes, elle n’a pas de fondement.

-Non, un rosé pâle n’est pas forcément plus léger qu’un rosé soutenu – essayez de les déguster dans des verres noirs…

-Non, il n’y a pas encore de définition du vin rosé – compte tenu des variations de couleurs, on passe du blanc tâché au rouge clairet, et la plupart des normes douanières ne parlent que de vin blanc ou de rouge. Tout est question de point de vue : en 1854, Victor Rendu parle du Tavel comme d’un vin de teinte très claire. Il fait référence au rouge, bien sûr…

-Non, il n'est pas facile d'identifier les teintes du rosé - le nuancier du Centre du Rosé en recense une quinzaine, sans compter les demi-tons. Du litchi au grenat en passant par l'abricot, la framboise... le Centre a quand même fait l'économie des couleurs de type poétique, comme "la Cuisse de Nymphe Émue"...

Cuisse_de_nymphe_émue.JPG

Cuisse de nymphe émue (photo Marc Vanhellemont)

-Non, le rosé n’est pas forcément un vin pour néophyte. Ce qui est vrai, par contre, c’est que beaucoup de consommateurs occasionnels de vins, de consommateurs peu exercés, osent le rosé en se disant que ce vin exige moins de connaissances. C’est souvent dans le même public que l’on recrute les amateurs de «produits aromatisés à base de vin» (vade retro satanas). Cela ne veut pas dire qu’il n’y ait pas de grands rosés, de nature à séduire l’oenophile.

-Non, le rosé ne demande pas les glaçons. Le bon vigneron vous livre généralement un produit fini, il n’est pas besoin de le diluer.

Et pour finir, oui, la consommation de rosé a doublé en France et en Belgique ces 20 dernières années. Il est curieux de constater que cette progression s’est faite sur un marché du vin en forte baisse, dans le premier cas, et en forte hausse, dans le second. Le rosé semble donc avoir sa propre logique. Peut-être parce que son mode de consommation est plus "décontracté"?


00:26 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, Europe, France, Provence, Vins de tous pays | Tags : rosé, roses de coupage | Lien permanent | Commentaires (3) | | | |

Commentaires

il est vrai que le succès du rosé mérite que l'on s'y attarde...les facteurs de succès sont relativement faciles à identifier...
* Un vin visuel, châtoyant au regard...on boit aussi avec les yeux.
* Un vin rafraîchissant qui rime avec retour de l'été et le retour des vacances donc un vin de décontraction, un anti-stress garanti, un vin de la bonne humeur et de la détente et aussi un vin synonyme du sud pour tous les nordistes.
* Un vin encouragé par le marketing des interprofessions car rentables et donnent rapidement de l'oxygène à la trésorerie de ceux qui les produisent.
* Et enfin, un vin qui n'en est pas tout à fait un (aux yeux des puristes) mais donc qui s'inscrit dans une autre niche boisson comme le démontre les études marketing (le vin rosé n'est-il pas au vin ce que les bières fruitées sont à la bière...? dont la consommation croît aussi)

Maintenant, perso, pour être honnête, ma consommation de vin rosé ne va pas crescendo avec les années....et c'est toujours avec un peu de plomb dans les doigts que j'en ouvre une bouteille...!!

Écrit par : Gosselin Jean-Noêl | 14 mai 2013

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Il est à noter que le "coupé n'est pas rosé" de la réglementation européenne ne s'applique en fait qu'aux vins sans indications géographiques. Pour les AOC et IGP, rien n'interdit donc qu'un cahier des charges permette un coupage (ce qui est le cas en Champagne).
Comme quoi, les vins de France ne sont pas toujours synonymes de conditions de production plus coulantes !

Écrit par : Alexandre | 14 mai 2013

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Tout à fait exact.
Même si d'aucuns peuvent regretter qu'une catégorie conçue pour concurrencer les vins du Nouveau Monde sur les pays tiers s'impose des règles dont les autres s'affranchissent.

Quant aux AOC et IGP, chaque ODG est libre de fixer ses normes et seule la Champagne, à ma connaissance permet le coupage.

J'ai tout de même des difficultés à comprendre pourquoi ce qui est non qualitatif ailleurs ne l'est pas en Champagne. L'argument selon lequel la bulle change la donne est spécieux: pourquoi, alors, les Crémants ou Saumur interdiraient-ils le coupage?

Écrit par : Hervé Lalau | 14 mai 2013

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