11 mai 2013

Un grand cru, le Penfold's Grange? Vous voulez rire!

Une dépêche AFP nous annonce la sortie du dernier millésime de Penfolds Grange, le 2008, que l'agence de presse présente comme "le plus grand cru historique des vins du Nouveau Monde".

Comment ne pas ruer dans les brancards quand on lit de telles choses!

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Certes, Grange est un grand vin. Mais certainement pas un cru, ni grand, ni petit, d'ailleurs, puisqu'il s'agit d'un assemblage des raisins des meilleures parcelles de Penfolds - et que celles-ci sont situées  aussi bien dans la Clare Valley qu'à Magill et dans la Barossa. Toutes proportions gardées, c'est un peu comme si en France, Gérard Bertrand assemblait un Faugères, un Saint Chinian et un Côtes du Roussillon. Pour ce vin, Penfolds ne revendique d'ailleurs que la mention très large de "South Australia". Et le fait que M. Parker ait décerné la note de 100/100 à ce nouveau millésime de Grange ne change rien à l'affaire.

Quant au quaficatif d'"historique", entendons-nous - le premier millésime de Grange remonte à 1951.

Les mots ont-ils encore un sens dans les dépêches?

Mais vous ne savez pas encore le pire: ce terme usurpé de "cru", on le retrouve jusque sur le site de la vénérable RVF. C'est ICI, et vous noterez que c'est signé "La rédaction de la RVF, avec l'AFP". Mes estimés confrères se donnent-ils vraiment la peine de relire les dépêches qui ne sont pas de... leur cru?

Rappelons, à tout hasard, la définition du mot cru, selon le Petit Larousse: "Terroir considéré au point de vue de ses productions (se dit particulièrement des vignobles). Vin produit par ce terroir."

Commentaires

A quel cru s'y fier ?


Tu as raison sur TOUT, Hervé – y compris sur le fait que ce Grange est délicieux, et disponible en screw-cap – sauf sur la définition de « cru ». Larousse n’est pas la Bible et même celle-ci, je ne la crois pas toujours (multiplication des pains, immaculée conception, noces de Cana, marche sur l’eau, écartement des flots ....). Pour certains - une langue, c’est l’ensemble des acceptions qui en sont faites par ses locuteurs – le « cru » est simplement le vin élaboré par quelqu’un, venant du verbe croître. Voir l’expression : « qui n’est pas de mon cru ». Celle-ci ne signifie pas « pas de mon village » mais bien « pas de moi », comme on dit « ne sort pas de ma plume » pour un texte apocryphe. A l’invesre, je te l’accorde, « les gens du cru » vont bien dans le sens que TU indiques. Rien n’est simple.
Voir aussi « crianza » en espagnol, qui désigne, peu ou prou, le vin en bouteilles qui n’a pas eu beaucoup d’élevage, et les « criaderas » d’une solera ...
Bon, à propos du « Hermitage », qui ne s’appelle plus comme cela, je n’en ai plus goûté depuis son rebaptême – et oui, on vieillit – mais ai eu la chance (privilège des chroniqueurs, tu connais) d’en déguster au moins 10 ou 12 fois dans ma vie et bien, ce Max Schubert, il a quand même bien fait son boulot. Le dernier en date était un 1987 ramené dans une valise par un ami qui était allé passer des vacances down under. Il s’agissait d’un année « moyenne » et pourtant ce ... cru était concentré, harmonieux et long en bouche. Près de 14 vol % si je me souviens bien et pas de sucre résiduel – l’éternel problème avec les vins australiens à mon avis.
Yeah, a fucking good wine, guv’nor !

Écrit par : Luc Charlier | 11 mai 2013

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Luc, on parle d'une dépêche parue dans un magazine spécialisé, pour lequel le mot cru, et surtout pas grand cru, ne peut avoir un sens large.

Écrit par : Hervé Lalau | 11 mai 2013

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Je ne peux être d’accord sur ce coup-là. Les « branchés » qui donnent aux termes des acceptions qu’ils n’ont pas ne doivent pas se plaindre que ces mêmes significations soient dévoyées par le grand public. En NDL, on traduit « cru » par « gewas », et en anglais, par « growth ». Just to prove my point.
Par ailleurs, tu as totalement raison d’insister sur le fait qu’il existe des vins d’assemblages, et puis des vins ne représentant que les forces – et aussi les faiblesses – de leur lieu d’origine (je n’ai pas dit terroir). J’ai tendance, comme toi, à préférer ces derniers. Force est d’admettre que la MAJORITE des consommateurs achètent plutôt les premiers. C’est dur d’avoir raison contre tout le monde, demandez à Galilée ou à ceux qui ont choisi les capsules à vis (elles aussi, elles tournent !).

Écrit par : Luc Charlier | 12 mai 2013

J'ai longtemps cru que le vrai sens de cru était le manger (cru), comme le parler cru. La carotte, qui l'eut cru, est un bon cru dans ce sens là. À condition qu'elle ait crû dans le sable du Cotentin et qu'elle ne soit pas accompagnée de pâtes Lustucru. Au fait, qu'est-ce qu'on boit sur un boeuf carotte. Un Ducru, l'eusse tu cru !
Pourvu qu'il n'y ait pas de fautes... sinon je vais me faire bouffer tout cru par le sieur Léon

Écrit par : Michel Smith | 11 mai 2013

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