09 mai 2013

Georges Truc parle de l'INAO

J'ai souvent médit de l'INAO.
L'équité exige que je laisse s'exprimer l'avocat de la défense - surtout que c'est quelqu'un que j'estime. A savoir, mon géologue préféré, Georges Truc.

"Tout d’abord, les délimitations, les cahiers des charges et les décrets sont toujours le fruit d’une acceptation partagée entre l’INAO et un syndicat local des vignerons. Tractations quelquefois âpres, il est vrai, mais in fine acceptées conjointement.

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Georges Truc (Photo H. Lalau)


Si un vigneron souhaite planter du riesling, à Rasteau ou à Gigondas, par exemple, personne ne le lui interdira et l’INAO ne va pas lui demander d’arracher sa vigne. Sa parcelle et seulement sa parcelle, est déclassée et il va élaborer un vin de pays ou de France, ou de cépage; son étiquette peut comporter le nom du domaine en capitales, montrant ainsi que l’homme en question se met en avant, lui et sa démarche. Mais c’est lui qui se met volontairement en dehors de la règle. Et non pas l’INAO qui le chasse du paradis.

En revanche, il convient de veiller à deux autres choses : l’encépagement du domaine et le pourcentage de cépage dans la bouteille. Le pourcentage d’encépagement sur un domaine répond à la règle que comporte le cahier des charges de l’AOC locale. Si le domaine ne répond pas à cette règle, il peut être effectivement déclassé, ce qui est très dommage car certains ont du mal à acquérir suffisamment de surfaces pour respecter ce pourcentage. Le pourcentage de cépages dans la bouteille peut ne pas être du tout celui de l’encépagement du domaine. Subtilité...

Au sujet de la remarque de David Cobbold: “Ah oui, l’INAO, ces gens si intelligents si clairvoyants, si peu bornés, mais qui mettent quand-même hors appellation le meilleur des producteurs des Baux, le meilleur des rosés de Bandol, le meilleur producteur de Cairanne”.

Personne à Cairanne, et sûrement pas le meilleur des vignerons (qu’entendre par meilleur à Cairanne, sinon le plus médiatique?) n’a jamais été exclu par l’INAO de l’AOC Cairanne village! Un problème ponctuel d’une cuvée haut de gamme, oui, peut-être, mais pas un domaine, ce qui est très différent, je suis certain de ce que j’affirme. Et le vigneron sait à quoi il s’expose lorsqu’il soumet son vin à l’agrément. C’est donc bien lui qui se place hors des règles de son propre syndicat… Après, dans le contexte du traitement du dossier de passage en cru Cairanne, certains points de vue créent des sujets de crispation, dont la portée s’étend au monde de la blogosphère en l’absence de toute pondération.

A force taper sur l’INAO et sur la notion d’AOC, le lecteur va se trouver de plus en plus déconcerté. Où est l’intérêt de casser de telles entités? Qui se souvient de l’histoire de notre vignoble rhodanien depuis 50 ans et pourrait trouver à redire à propos de la formidable évolution dont il a bénéficié ?

Même chose à Rasteau, avec un parmi les célèbres, qui ne revendique plus l’AOC cru Rasteau car il veut conserver de très vieux plants “accessoires” dans ses vignes au risque de ne plus répondre au cahier des charges, ce qui le met hors des clous. C’est vrai que la chose est un peu difficile à avaler, mais au moins le contexte est clair et les limites correctement fixées et connues. Le syndicat local peut toujours revendiquer une modification de son cahier des charges (avec peu de probabilité d’aboutir à cause du trop faible pourcentage d’un cépage donné dans l’espace d’une AOC – non significatif)".

06:47 Écrit par Hervé Lalau dans France, Rhône | Lien permanent | Commentaires (3) | | | |

Commentaires

Juste un détail à propos du riesling: l'article 3 du décret publié au J0 le 6 mai 2012 , interdit qu'on affiche le nom des cépages dits alsaciens sur les étiquettes des vins de France sans Indication géographique.

Écrit par : Hervé Lalau | 09 mai 2013

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Mok da ge weg zijt !

Autre souci : le syndicat d’un cru ne représente pas les vignerons. Il est à la solde de ceux qui ont l’occasion, l’entregent, les moyens etc ... d’y investir leur temps au lieu d’être à leur vraie place : la vigne, la cave et la vente. Oui, je sais, c’est le propre de tous les groupements humains où on trouve une « représentativité » officielle.
Pour le reste, que le grand Truc me troque, il a raison dans son argumentation. Corollaire : dès que vous faites « assez bon » pour vous passer de la protection (?), de la gloire (inconstante) ou simplement du renom d’une AOP, quittez-là.

Écrit par : Luc Charlier | 09 mai 2013

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Merci M. Truc. Précision: dans les IGP (ex Vins de Pays) certains cépages ne sont pas autorisés. On peut ainsi faire un pur Carignan en Pays de l'Hérault ou Côtes Catalanes, mais pas en Pays d'Oc. D'autre part, certains cahiers des charges d'AOP mentionnent la proportion des encépagements en vignes plantés, ce qui laisse heureusement libre interprétation dans les assemblages. Ce qui nous permet, par exemple, de voir des Corbières délicieux à 80 % grenache ou 80 % carignan... Du moins c'était le cas il n'y a pas si longtemps. Idem dans le Minervois, les Côtes du Rhône, etc.
Sinon, je suis d'accord pour dire que l'INAO ne sert qu'à enregistrer les règles fixées par les vignerons (négociants, coopérateurs) élus... En fait, elle ne servirait plus qu'à cela, non ?

Écrit par : Michel Smith | 09 mai 2013

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