29 avril 2013

Le BIB et moi

Vous n'êtes pas sans savoir que pendant que la consommation moyenne de vin s'étiole en France, un format de vente de vin progresse toujours: le Bag in Box, alias BIB. Ou pour ne pas faire uniquement référence à une marque déposée, ni à un mot anglais, la "caisse-outre" (celui qui utilise régulièment ce vocable gagne un séjour à Chicoutimi-Nord)

Voila qui peut sembler contradictoire.

D'une part, "on" (les analystes, les interpros, la mouche du coche...) nous dit que la sortie de crise se fera par le haut, que le consommateur de vin est épris d'origine et de tradition, on nous parle terroir, cépages, ancrage local et accords gourmands.

D'autre part, ce buveur qu'on dit si rétif à tout ce qui peut bouleverser les codes bien huilés du marketing vin à la française (à la capsule à vis, par exemple), se met à boire dans des poches en "film multicouches" (aucun rapport avec les pubs de Pampers). Et avec robinet incorporé.

Qui plus est, ce soiffard boit du volume, puisque les BIB, c'est au minimum 2 litres, et jusque 5 (après, niveau soif, c'est plutôt BIG que BIB).

La preuve en chiffres: aujourd'hui, le BIB représente plus de 29% de la consommation de vin dans l'Hexagone, mesurée en litres.

Bien sûr, il y a les fêtes. Et pour ce type de consommation, le format est pratique.

Mais le reste du temps? Force est de constater que de plus en plus de Français achètent d'abord du prix, du la rapidité et de la régularité. Trois facteurs pour lesquels le BIB leur donne satisafaction. Et aucune prise de tête.

Personnellement, je n'achète jamais de BIB. C'est une question de volume.

Pour moi, boire trois litres du même vin dans la même semaine, c'est un peu comme devoir lire trois fois le même livre.

Je n'en dégoûte pas les autres - d'ailleurs, je constate que l'offre de BIB est de plus en plus sophistiquée - on trouve aujourd'hui presque autant d'AOC sous ce format que d'IGP ou de Vin de France. La preuve que cela ne choque en rien les producteurs.

J'ai même dégusté récemment un vin en BIB plus que correct: le Côtes du Rhône Villages 2011 de Noëmie Vernaux (Patriarche). Du fruit, du fruit, encore du fruit. 3 litres de fruit. Et une belle matière bien souple (le contenant ne fait rien à l'affaire).

photo copie 2.JPG

Mais à peine entamé, je l'ai donné. A des étudiants nécessiteux. Non que je sois bégueule. Mais j'ai choisi mon camp: celui de la diversité. La vie est trop courte pour boire toujours la même chose.

Si reconquête du marché français il doit y avoir, je la voudrais qualitative, éclectique et épicurienne. De tout, un peu. Je ne souhaite pas que la France retrouve les volumes de consommation des années 50. N'en déplaise aux producteurs de jaja.

Par contre, je voudrais que dans chaque famille de France, on apprenne à boire bon, à boire diversifié. Que chaque consommateur ose sortir des sentiers battus, ose se décoiffer les papilles, ose sortir de sa région, ose sortir de la France, aussi.

Le BIB ne me semble pas la solution.

 

00:36 Écrit par Hervé Lalau dans Beaujolais, France | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

Commentaires

Ajoute que, même chez d’excellents techniciens, les problèmes liés au BIB (fuite ou au contraire appel d’air etc ...) sont très fréquentes. Une petite rmq supplémentaire : dans ce volume, il faut inclure de plus en plus de « restaurateurs », enfin de vendeurs de bouffe, qui proposent du pichet issu de BIB (c’est leur droit) ou même de la bouteille « reconditionnée », ce qui l’est moins.
Quant à la BIBOdiversité, je partage ton avis. Chez moi, au moins 3 des 4 bouteilles que je bois à chaque repas – avec ma copine Moderaçion - ne provient pas de ma production personnelle !

Écrit par : Luc Charlier | 29 avril 2013

Répondre à ce commentaire

Y'espère qu'oune your tou voudras bien me présenter ta copina Moderacion, que me parece muy guapa. Pour info, el caballero Jim Budd tiene una gata que se llama Moderacion tambien. Nunca bebe sin ella.

Écrit par : Hervé Lalau | 29 avril 2013

Répondre à ce commentaire

Les commentaires sont fermés.