16 avril 2013

Vranken-Pommery ou les arcanes de la finance

Je ne suis pas ministre de François Hollande, alors je ne dois pas déclarer mon patrimoine.

C'est tant mieux, car je n'ai guère le sens de la finance. Mais celui du ridicule, oui.

Tiens, quand je lis le bilan 2012 de Vranken-Pommery, j'ai dû mal à comprendre comment ça marche.

Comment un groupe qui réalise 326 millions d'euros de chiffre d'affaires et 6,7 millions de résultat net peut-il avoit un endettement de 635 millions?

Moi, si j'avais 5000 euros de découvert, je ne suis pas sûr que mon banquier (que je salue au passage) m'avance de quoi manger jusqu'à la fin du mois. Et à Vranken-Pommery, il a prêté pour l'équivalent de deux ans de chiffre d'affaires!

 

09:08 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, Champagne, France | Lien permanent | Commentaires (6) | | | |

Commentaires

Cela peut se concevoir facilement si la valeur des terres en propriété est égale ou supérieure au montant prêté.
Car un tel financement bénéficie de garanties… ou alors… 

Écrit par : mauss | 16 avril 2013

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Bien vu, M. Mauss. D'ailleurs, je crois qu'ils sont en train de vendre des terrains et des installations de ListeL J'aurais dû y penser.

Écrit par : Hervé Lalau | 16 avril 2013

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Hervé,


Je ne suis pas un ami de Paul Vranken, loin s’en faut. Et ma formation en matière d’analyses financières remonte au CEPAC que j’ai fait en 1991-92.
Je comprends la rancoeur que la crise fait naître – chez moi aussi – en nous quand on se rend compte que les organismes financiers ont du mal à « lâcher la pièce » au moment où nous éprouvons des difficultés. Néanmoins, il faut faire attention aux analyses qu’on pratique car les mots ont leur signification propre et la « banque » (pour faire simple) est un métier qui a ses codes.
Par endettement, tu dois comprendre tout ce que le groupe doit à des tiers : institutionnels (dettes fiscales, sociales, TVA ....), fournisseurs, personnel mais bien évidemment aussi ses banquiers. Si le patrimoine a été acquis autrement qu’en fonds propres (ce que je suppose mais je ne connais rien de l’actionnariat de V-P), il y a forcément des emprunts financiers, par exemple un prêt hypothécaire avec la surface de vigne et/ou les bâtiments en garantie. J’imagine qu’on monte facilement à des centaines de millions d’euros en Champagne. En outre, le stock de vin peut aussi faire l’objet d’un warrant, qui fait évidemment partie des dettes.
Je viens de terminer mon dernier bilan et le montant de mes dettes, très modéré par rapport au total du bilan, est néanmoins sensiblement supérieur à mon C.A annuel, dans une proportion comparable à celle du groupe que tu cites. Bien sûr, l’ordre de grandeur est différent : moi, je parle en milliers d’euros, eux en millions d’euros.
En général, on estime le niveau d’endettement d’une entreprise en rapportant sa dette totale à ses capitaux propres (= le « Gross Gearing »). Tu ne nous donnes pas ces derniers mais cela figure forcément au bilan. En plus, on estime le potentiel d’une entreprise à rembourser ses dettes, enfin, leur intérêt je veux dire, en rapportant l’EBE au total de ses annuités, et les dettes en elles-même par un ratio qui rapporte la dette nette à ce même EBE. Il est fort possible que, même avec une « dette » (ligne « total des dettes » du bilan) de 600 millions d’euros l’entreprise se porte bien sur le plan de sa structure financière.
Si c’est la santé « commerciale » de Vranken qui t’inquiètes, calcule sa marge brute d’exploitation, sa marge opérationnelle, ou son ROE. Moi, je m’en fous, mais je ne pense pas que le « boss » laisse filer cela.
Et enfin, si tu es super-concerné par ce cas .... va voir un analyste financier.
Tu nous tiens au courant ?

Écrit par : Luc Charlier | 16 avril 2013

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Merci Luc.
Apparemment, moi ça m'étonne, mais plus important, ça inquiète le milieu. Financier.
Voir ici: http://business.lesechos.fr/directions-financieres/financement/vranken-se-donne-trois-ans-pour-reduire-sa-dette-d-un-tiers-5917.php

Écrit par : Hervé Lalau | 16 avril 2013

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Ah, tu vois, les AUTRES indicateurs semblent émouvoir le milieu ... et toi. Ce n’est pas tant la dette en elle-même (qui doit se comparer à plein d’autres paramètres) que son évolution, et surtout la détérioration des résultats, qui inquiètent (enfin, moi, je m’en tape). Sauf quand on procède à de gros investissements – or, ici, on parle de céder des actifs, ce qui est le contraire – normalement, une entreprise saine se désendette progressivement. Signe qui ne trompe pas : le nombre de bt à vendre est revu à la baisse. Or, c’est cela qui génère le cash. Dans le monde du vin (regarde également les coopératives), on incrimine souvent des frais élevés (?) alors que, le plus souvent, ce n’est pas le contrôle des coûts qui flanche (et donc la marge) mais bien le volume des ventes. J’ai souffert de cela aussi. Il y a bien sûr la crise, et la concurrence (mais pour le champagne, la protection est telle que les autres effervescents jouent sur un autre tableau), mais peut-être aussi ... la qualité intrinsèque – je rêve ou quoi ?

Écrit par : Luc Charlier | 16 avril 2013

Voilà un intéressant billet et une courte et belle leçon de finance appliquée de Luc Ch....!!!
Et oui, le tiroir-caisse en rappelle plus d'un à la réalité et peut dans certains cas s'apparenter à un cauchemar...!!!

Écrit par : Gosselin Jean-Noêl | 17 avril 2013

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