05 avril 2013

La cave du Mont Tauch en redressement judiciaire

C'est le journal L'Indépendant qui nous l'apprend: la Cave du Mont Tauch, à Tuchan, vient finalement d'être placée en redressement judiciaire.

Le plan de trésorerie lancé en 2011 n'aura donc pas permis au Mont Tauch de "sauver sa peau", comme l'espérait ce même Indépendant, à l'époque.

La cave ne pouvait plus à la fois assumer la charge de sa dette (un trou de 7 millions hérité d'une période d'investissements démesurés et d'une politique de diversification de la coopération vers le négoce) et le paiement des indemnités de licenciement (39 salariés remerciés). Parallèlement, la stratégie de développement de l'exportation, en collaboration avec Grands Chais de France, n'a pas encore porté ses fruits.

Le Mont Tauch, ce sont 220 coopérateurs répartis sur le bassin des Hautes Corbières.

Et un outil de production largement surdimensionné.

Mais le redressement judiciaire, qui fige la dette, pourrait permettre la mise au point d'un nouveau plan de... redressement, économique, celui-là.

08:42 Écrit par Hervé Lalau | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

Commentaires

Hervé,

L’aspect financier, comptable, chiffré, je ne le connais pas et n’ai pas qualification pour en juger. Les journalistes de l’Indép non plus, d’ailleurs. Ils ne font que reproduire ce que la direction de la cave ou le Conseil Général leur a dit.
Il est toujours plus facile de critiquer que de faire et si tant de coopératives ont du mal, voire doivent fermer, c’est que sans doute il n’est pas aisé de les faire tourner. Tous les dirigeants et tous les commerciaux ne sont pas forcément des incapables et ils ont tous intérêt à ce que cela aille bien.
Sentimentalement, je suis attaché à l’action salutaire des coopératives vigneronnes du Languedoc-Roussillon de la première partie du XXème siècle. J’aurais sans doute été à Narbonne moi-même en 1906-1907.
Commercialement, par contre, je suis évidemment intéressé à ce que toutes les coopératives disparaissent dans cette même région (concurrence, image, politique de prix).
Mais laissons-là ces divagations partisanes et bien entendu diamétralement antagonistes.
Il y a l’aspect « vin » en lui-même : « LE » Fitou n’existe pas, en tant que concept.
Dans sa partie haute (sur le rocher), il s’agit d’un Corbière très spécialisé (comme La Clape d’ailleurs) : il peut prétendre à l’excellence – je pèse mes mots - et certains y accèdent sans aucun doute. Dans sa partie « maritime », argilo-calcaire pour partie sablo-limoneuse, c’est une espèce de Listel, en simplifiant un peu.
Le climat et la pédologie entraînent un rendement forcément faible en haut, difficilement compatible avec des options commerciales GD et négoce, ainsi d’ailleurs qu’avec le souhait de la majorité des coopérateurs : un peu de tracteur, un peu de taille, aucun autre travail manuel, palissage et vendange mécanique chaque fois que la pente le permet.
En bas, c’est l’option de forte personnalité et de cru à part entière qui n’est pas tenable.
Le Fitou (rouge uniquement) existe depuis longtemps (milieu XIXème en tant que tel). Dans l’esprit de ses adeptes – dont je suis depuis plus de 30 ans – il s’agit d’un vin dense, foncé, fort en alcool, de garde, basé surtout sur le carignan et le grenache (+ mourvèdre et syrah). On sait que beaucoup y utilisaient traditionnellement pour partie la macération carbonique, une erreur à mon avis.
Cette image est incompatible avec l’esprit même de la coopération et avec ses structures de coût et de prix. Il a donc fallu essayer d’inventer un « Fitou nouveau » et de lui trouver un public. Et cela ne marche pas. Des Alpes Maritimes jusqu’à Port Bou, les campeurs et caravaniers scandinaves, allemands, hollandais, belges et du 9-3 viennent engloutir leur BIB à 0,95 € le litre. Et dans toute l’Europe, les mêmes achètent dans le linéaire de leur carouf’ une bt de 75 cl pour 2,75 €, avec un beau bouchon en polymère fluo.
Par contre, va voir à Nouvelles, chez Meynadier, Abelanet, Bertrand-Bergé, Lepaumier, à la Rochelière et sûrement d’autres que je ne connais pas : voilà de vrais vins de caractère.
Tu as compris que je suis un fervent défenseur du Fitou « costaud » mais ce genre de vin de niche, et surtout sa production et sa commercialisation, ont des exigences implacables.
Reste la question : que faire des innombrables coopérateurs ? Il est impensable qu’ils se reconvertissent tous en indépendants. Ce n’est pas leur souhait ni leur tempérament. Ils n’en ont pas le financement et surtout pas les armes éducatives.
Mais aucun gouvernement, aucune gouvernance ne peut se permettre de dire en France : on va supprimer des centaines (milliers) d’hectares de vigne et les emplois de viticulteurs qui les travaillent. On fusionne, on associe, on subventionne ... pour arriver in fine à brader à vil prix un océan de vin certes marchand mais pas enthousiasmant et on casse ainsi progressivement le marché de ceux qui survivent. En parallèle, le seul interlocuteur que l’on découvre c’est ... la GD. Bonjour les dégâts.

Écrit par : Luc Charlier | 05 avril 2013

Répondre à ce commentaire

Les commentaires sont fermés.