30 mars 2013

White Album, Blue Nun - "tout juste bon pour un blog"!

Dans le dernier numéro d'In Vino Veritas, j'ai publié un article intitulé "White Album, Blue Nun", inaugurant au passage une nouvelle rubrique sur l'art et le vin.

L'article (une petite page) traitait du vin des Beatles - le seul vin, à ma connaissance, qu'on puisse vraiment "entendre" sur un disque!

Dans le courrier des lecteurs de la revue, j'ai vu un commentaire assez défavorable d'une dame de Bruxelles; je cite: "j'ai lu "White album, Blue Nun": ouais, c'est "amusant" mais qu'est-ce que cela apporte ?… je cherche encore, cela aurait plus sa place sur un blog".

Pourtant, j'ai la faiblesse de croire que ce genre de papier, loin d'être inutile, peut susciter l'intérêt de certains lecteurs, voire renouveler le lectorat.

Je n'ai pas d'étude récente pour étayer cette idée, mais je suis convaincu que nos magazines risquent bien de mourir avec leurs plus fidèles lecteurs s'ils se contentent de continuer à publier des commentaires de dégustation, des  "Spécial Primeurs", des "Quoi de neuf à Pessac?"  ou  des "Retour à Valpolicella".

Mais ce qui m'a fait le plus "tiquer", c'est l'allusion aux blogs. Je pense en effet que les blogs (du moins, certains) valent mieux que l'idée que s'en fait cette lectrice - une sorte de dépotoir des revues papier, de terrain de jeu pour les articles qui n'auraient pas le niveau requis pour être imprimés - comme si seule l'encre pouvait sacraliser ce que nous écrivons...

En plus, je ne vous apprendrai rien en vous disant que de plus en plus de magazines songent à arrêter leur diffusion papier au profit du numérique... Ca n'en fera pas des blogs pour autant, la structure est différente, mais la frontière entre réel et virtuel s'estompe de plus en plus... L'important, pour moi, c'est le contenu, plus que le support.

Mais c'est à vous de juger, voici l'article  en question.

 

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White Album, Blue Nun

De nombreux vins sont liés à la création artistique sous toutes ses formes. C’est l’objet de cette rubrique. Pour cette première livraison, nous nous intéressons au vin des Beatles…

Octobre 1968. Les Fab Four enregistrent le White Album. Non sans efforts. Le groupe vient de perdre son manager, Brian Epstein, et des conflits larvés apparaissent au grand jour entre les membres du groupe. John Lennon insiste pour que sa nouvelle compagne, Yoko, soit présente à tous les enregistrements. Paul Mc Cartney intervient de plus en plus dans les choix de production. George Harrison est frustré que si peu de ses chansons soient retenues sur chaque album. Ringo Starr supporte de moins en moins les luttes d’égo entre ses partenaires et se replie sur sa famille. L’album, très disparate, entre rock, blues, balades, folk et expérimentions, illustre assez bien cette dispersion, cet éclatement.

Un petit coup de blanc…

L'ambiance lors des sessions est assez délétère. Alors, un petit coup de blanc, cela peut aider. À l'époque, en Angleterre, un vin rencontre un succès digne de la Beatlemania: le Liebfraumilch de Blue Nun. Bouteille bleue, saveur acidulée, doucereuse, c'est le genre de chose que les enfants de la guerre sirotent sans y penser ; avec d'autant plus de plaisir qu'ils ont été sevrés de sucre dans leur enfance.

«Synesthésie»

Et c'est donc ce que les Beatles boivent au studio d'Abbey Road pendant l’enregistrement de Long Long Long – un morceau lent signé Harrison. Lennon est absent. Mc Cartney est à l’orgue; une note de l’instrument secoue l’ampli sur lequel a été posé la bouteille de Blue Nun. Celle-ci se met à vibrer, émettant une sorte de cliquetis bizarre. Les Beatles, qui aiment les sons improbables, le gardent à l’enregistrement, on entend donc distinctement ce bruit de verre à la fin du morceau (à partir de 2’39’’).

A l’époque, dans les milieux artistiques, on parle beaucoup de «synesthésie» ; on mélange les sensations: «tangerine trees and marmalade skies»… Est-ce la consommation de drogues, ou bien seulement l’air du temps? Les poèmes, les chansons mettent des couleurs sur les sons, des odeurs sur les mots; incidemment, cette mode sera reprise plus tard par de nombreux critiques vineux: ne dit-on pas d’un vin qu’il a la bouche cristalline, par exemple? Ou qu’il est solaire?

Et puis, dans Glass Onion, toujours sur le White Album, John Lennon évoque une réalité déformée, le monde vu au travers d’un cul de bouteille…

Mais sur Long Long Long, la synesthésie est réelle: on peut vraiment entendre un vin!

Bien sûr, pour les œnophiles, l’histoire aurait été encore plus belle si les Beatles avaient carburé à l’Egon Mueller. Mais on ne peut pas changer l’histoire…

Blue Nun, la métamorphose

A peine un an après cet enregistrement, le groupe se sépare.

Mais la marque Blue Nun, elle, existe toujours. Rachetée à Sichel par le groupe Langguth, elle vend aujourd’hui plus de 5 millions de bouteilles par an – plus que dans sa période de gloire des années 70. Il faut dire que son offre ne se limite plus au Liebfraumilch. C’est aujourd’hui une marque ombrelle pour ses blancs secs du Palatinat, du merlot de Provence, du rosé espagnol…

Hervé Lalau


Article paru dans IVV158, (c) février 2013

00:12 Écrit par Hervé Lalau dans Allemagne, Grande-Bretagne | Lien permanent | Commentaires (10) | | | |

Commentaires

Hervé, une réflexion vite fait – je pars vers le marché annuel des producteurs de Prades (en spectateur) – ne serait-ce pas plutôt le statut de « journaliste » qui est en cause, plutôt que le media qui reçoit la prose? Suffit-il d’avoir un diplôme – au rabais, tout le monde est d’accord – et une carte de journaliste (accordée sur base mercantile et corporatiste) pour avoir droit à ce titre ? A l’inverse, un gars qui écrit très bien et sait surfer sur la vague, en dehors de toute qualification officielle, est-ce une garantie suffisante d’objectivité ? Je n’apporte pas de réponse, je pose la question. Pour rappel : j’ai été chroniqueur oenologique de 1984 à 2004, sans aucune qualification officielle. Mon fils aîné a un diplôme de « sciences de la communication » comme on dit maintenant, et n’a jamais publié une seule ligne.

Écrit par : Luc Charlier | 30 mars 2013

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Bon marché!

Moi, la qualité de journalisme, le diplôme, la carte, je ne m'en gargarise guère. Parfois, c'est presque un handicap. Ce devrait être un gage de sérieux, d'info recoupée, de recherche de l'objectivité, mais ça ne l'est pas toujours; et puis en effet, ça n'empêche pas d'autres plumitifs de pondre de très beaux articles.

Mais je ne suis pas sûr que ce soit ça qui soit en jeu ici.
Un peu trop précis, un peu trop personnel.

PS. Ma carte, je ne l'ai pas eu sur base corporatiste, j'ai juste dû prouver que j'exerçais déjà, fournir des copies d'articles, un mot du rédac'chef.. C'était il y a 25 ans, il faut dire, je ne sais pas comment ça marche aujourd'hui.

Écrit par : Hervé Lalau | 30 mars 2013

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"De nombreux vins sont liés à la création artistique sous toutes ses formes"....J'ai une certaine difficulté avec cette pseudo-intellectualisation un rien citadine du vin et je ne crois pas que cela aide à l'amateur à mieux comprendre le noble breuvage, ni de"rebooster"la lecture des magazines. Par contre, je trouve qu'il manque cruellement d'articles relatant l'histoire des vignobles et des cépages, et aussi d'articles sur les techniques oenologiques, sur la viticulture, sur les recherches et même sur la compréhension des terroirs.

Écrit par : Gosselin Jean-Noêl | 30 mars 2013

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Je n'en prendrai pas ombrage...
Il y a un vrai rythme dans cette publication.
On ne peut pas plaire à tout le monde.
De plus pour le blog, le discours est convenu. Mieux vaut il un article motivé écrit par un passionné d'une thématique, ou un compte rendu sec dans la charte éditoriale d'un magazine, ou d'un journal.
Nous le savons tous, la culture du magazine colore pour beaucoup l'approche des papiers qui s'y trouvent... Du coup leur objectivité surtout dans le domaine qui nous intéresse...

Écrit par : Tang | 30 mars 2013

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Je suis : amateur de vin (en fait j'en ai fait mon métier : oenologue), grand fan des Beatles et bloggeur. Je me sens un peu concerné...
Votre article "White Album, Blue Nun" est un petit bijou. Précis dans sa vérité historique, il part d'une anecdote musicale pour nous informer sur le vin. Il est une parfaite illustration de votre propos : la rencontre du vin et de l'art. J'adore. Et tant pis pour les grincheux. Je crois pour ma part, que le métier d'écrire consiste à raconter ce que l'on a envie de dire et pas ce que nos lecteurs ont envie d'entendre. Et cela, quelque soit le support...

Écrit par : Pascal Hénot | 31 mars 2013

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Moi aussi j'aime cette idée...

Écrit par : michel Smith | 18 avril 2013

Ah, je l'avais vu passé sur le compte Twitter de Libération Food en Mars.
Je viens de le retrouver : https://twitter.com/Liberation_food/status/317920649521799168

Écrit par : | 17 avril 2013

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oops, petit problème avec l'url de mon site. Désolé

Écrit par : | 17 avril 2013

J'ai toujours cru que le Blue Nun était une drogue : une simple cuite avec et on avait du mal à se relever... Et puis un de ces mal au cheveu !

Écrit par : michel Smith | 18 avril 2013

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C'est comme la musique des Beatles. Une simple écoute peut vous mettre une de ces claques...
La musique des Beatles peut être une drogue, comme le Blue Nun... le mal de tête en moins :-)

Écrit par : Pascal Hénot | 23 avril 2013

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