13 février 2013

Jusqu'où peut aller le journaliste?

Dans l'affaire du Quarts de Chaume 2012 du Domaine des Baumards, que j'évoquais lundi ici même, il y a la forme et il y a le fond.

Hier, mon excellent confrère Alain Leygnier évoquait les relents nauséeux que provoque chez lui un tel étalage en place publique; et sa crainte que le journaliste fasse office de procureur alors que ce n'est pas son rôle.

La question mérite d'être posée. L'inquiétude est justifiée. Je me suis donc permis de lui répondre dans les commentaires - moins pour convaincre que pour débattre.

Pour plus de visibilité, et parce que je pense que le débat que soulève Alain est d'importance, je publie ici cette réponse.

Que peut ou que doit faire le journaliste, où s'arrête l'information et ou commence la délation? Je n'ai pas la réponse. C'est peut-être une question de morale personnelle.

Dans le cas qui nous occupe, il n'y a pas mort d'homme, personne ne demande le lynchage de M. Baumard, ni même son arrestation, juste qu'il respecte un décret d'ordre administratif. C'est assez bénin. Et puis, c'est le vigneron et l'entrepreneur qui est en cause, pas l'homme, qui, jusqu'à plus ample informé, est sans doute un bon père de famille, une personne respectable avec laquelle on aurait plaisir à prendre un verre et à discuter champignons.

Mais pourquoi donc les vignerons du cru - que dis-je, du Grand Cru, qui vivent du raisin et le connaissent bien mieux que nous, et qui ont vu les grappes des Baumard, ne réagissent-ils pas eux-mêmes, pourquoi faut-il que ce soient des journalistes qui fassent le sale boulot de tenter de faire appliquer des règles qu'eux-mêmes se sont données? Et pourquoi, comme dit Jim, semble-t-il y avoir deux poids deux mesures dans notre belle démocratie, entre un Olivier Cousin et un Florent Baumard? Cette injustice-là ne mérite-t-elle pas d'être dénoncée?

Même si nous nous trompons (ce qui est toujours possible), n'est-ce pas notre rôle de demander des explications, pour pouvoir expliquer nous-mêmes.

Ce papier n'est pas tombé du ciel, il fait suite à de nombreuses démarches, des demandes d'explications, depuis plusieurs années. Sans guère de résultat. Et je rappelle que c'est Florent Baumard qui s'est mis sur le devant de la scène en déposant un recours contre le décret; et donc, contre tous ses confrères qui, à juste titre, à mon avis, estiment que grand cru veut dire terroir exceptionnel, et donc conditions naturelles exceptionnelles, qu'on n'a pas à "booster" les mauvaises années par la cryoextraction ou l'osmose inverse... On aurait donc pu s'attendre de sa part à une sorte d'exemplarité, pour appuyer sa démarche. Les documents fournis par Jim semblent montrer le contraire.

La nausée, chacun peut l'avoir à plusieurs titres dans cette histoire. Mais je pense qu'il est sain qu'il y ait des gens comme Jim, des bulldogs qui ne lâchent jamais tant qu'ils n'ont pas la réponse. Cela finit parfois par faire bouger les lignes. Je n'ai pas cette obstination, mais je peux l'apprécier chez d'autres.

PS. J'espère aussi qu'on réfléchit à Sauternes à l'interdiction de la cryoextraction.

Commentaires

Il est évident qu'un journaliste d'investigation se doit de dire ce qu'il trouve, que cela plaise ou non.
Mais il est alors impératif qu'il prenne un soin méticuleux à bien vérifier les faits qu'il relate, en prenant soin d'exposer les points de vue opposés, le cas échéant.
En la matière, l'exemple récent de Mediapart sur Cahuzac est frappant. Il eût fallu attendre d'avoir une autre confirmation de l'existence éventuelle de ce compte bancaire avant de lancer ce qui restera toujours collé à son nom.
L'affaire n'est pas fini, j'en conviens. Mais cela montre à quel point il faut faire gaffe avant de lancer des accusations.
Et bien sûr, je suis le premier à faire les mea culpa nécessaires pour des infos mises en ligne qui ne se révèlent pas toujours exactes. Savoir se freiner : dure tâche !

Écrit par : mauss | 13 février 2013

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finie

sorry

Écrit par : mauss | 13 février 2013

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Comme l'a dit Hervé, il s'agit là de défendre le consommateur. C'est aussi notre devoir et ce n'est pas toujours facile face à ceux qui trichent trop souvent comme on le voit avec l'affaire Spanghero. Tout cela est à suive - avec d'autres sujets - dans l'excellent blog pour lequel j'ai l'honneur de travailler, j'ai nomme www.Les5duVin.wordpress.com que je vous invite à lire.

Écrit par : michel Smith | 14 février 2013

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