02 février 2013

Connaissez-vous Chrétien Oberlin?

Connaissez-vous Chrétien (ou Christian) Oberlin? Laissez-moi vous compter un peu de son histoire...

Enfant de Beblenheim, fils de viticulteur, Chrétien nait français, en 1831. Il devient d'abord ingénieur et participe à la construction de la ligne de chemin de fer Sélestat-Sainte Marie aux Mines.

Mais c'est à l’agriculture qu'il consacre l'essentiel de sa vie, et notamment à la vigne.

Chrétien_Oberlin_(1831-1916).jpg

Chrétien/Christian Oberlin (Image: Oenophil)

1875. L'Alsace-Lorraine est allemande. Mais quelque soit la nationalité de l'occupant, comme toute l’Europe viticole, la région est atteinte par le phylloxéra. Oberlin est un des premiers à s’intéresser scientifiquement au phénomène.

En 1881, il édite un mémoire à Colmar, présentant des solutions à la question phylloxérique.

Ayant remarqué que les vignes sauvages ne sont pas affectées, il sélectionne des plants résistants par hybridation. Il contribue grandement à sauver le vignoble alsacien en généralisant la greffe sur plants américains. On lui doit aussi l’Oberlin, un croisement entre riparia et gamay, toujours autorisé aujourd'hui dans l’Est de la France… et qu’on retrouve jusqu’au Paraguay!

Puis, en 1897, il fonde l’Institut du Vin d’Alsace, à Colmar. Infatigable chercheur, il sélectionne les plants utilisés aujourd’hui en Alsace, à partir d’un nombre beaucoup plus grand. C'est à lui qu'on doit notamment le pinot blanc d'Alsace, tel qu'on le connaît aujourd'hui.

Par ailleurs, il généralise les vignes palissées.

Le tout, sous administration allemande. Oberlin meurt en 1916 et ne verra donc jamais le retour de l'Alsace à la France.

Ne jetons donc pas le bébé alsacien avec l'eau du bain allemand: c'est à l'ombre des casques à pointes, en effet,  que renaît le vignoble alsacien. Que l'ampélographie connaît une des ses plus fastes périodes. Et qu'est fondée (en 1895) la première coopérative viticole de France, la “Rappoltsweiler Winzerverein" (Union des Vignerons de Ribeauvillé)...

Bilingue, Oberlin a servi les deux pays, mais il a surtout bien mérité de la viticulture.

A l'heure européenne, voila un bel exemple!

PS. Les vignes de l'Institut du Vin de Colmar ont été repris pas la ville, qui a fondé une société d'économie mixte.

Le plus gros des parts de cette société a été racheté en 2011 par Arthur Metz, qui vient de donner une solide coup de jeune a la gamme - qui reste indépendante au plan de la vinification comme des apports.

Je vous parlerai bientôt des vins de cette gamme, que j'ai pu déguster sur place, l'an dernier, et plus récemment, chez moi.

00:47 Écrit par Hervé Lalau dans Allemagne, Alsace, France | Tags : ampélographe | Lien permanent | Commentaires (6) | | | |

Commentaires

Bonjour,

Ne serait ce pas plutôt le Gewurztraminer que l'on doit à Oberlin ?

Philippe

Écrit par : Philippe B | 03 février 2013

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En fait, on pourrait dire qu'on lui doit la quasi totalité des cépages d'Alsace, puisque c'est lui qui a sélectionné les plants à greffer sur pieds américains, en bonne partie. Mais le pinot blanc en particulier, qui a connu avec lui une grande expansion - et qui diffère du pinot blanc bourguignon de Pulliat et Camuzet.

Écrit par : Hervé Lalau | 03 février 2013

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Pas exactement. Oberlin a réalisé l'hybridation alsacienne/américaine en 1892 ce qui aboutit à la création de 4631 espèces. Mais c'est Kulisch qui a proposé le greffage des cépages alsaciens sur portes greffes américains.

C'est cette option qui a été retenue après des débats animés.

Écrit par : Philippe B | 03 février 2013

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D'accord, mais la sélection du matériel à greffer par la suite a bel et bien été le fait de l'institut de Colmar, sous la direction d'Oberlin, si je ne m'abuse?
Et des 3 grandes obtentions de pinot blanc, le bourguignon, l'allemand et l'alsacien, la dernière est bien attribuée à Oberlin.

Écrit par : Hervé Lalau | 03 février 2013

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Très intéressant comme article. Maintenant, je ne sais pas si vous avez gouté du vin fait à partir d'Oberlin... C'est du solide ; tanins, couleur... etc... Du lourd
Merci continuez.

Alexandre

PS : je suppose que vous vouliez évoquer le village de Beblenheim

Écrit par : Alexandre | 04 février 2013

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Oui, désolé de cette inversion. C'est bien Beblenheim.

Écrit par : Hervé Lalau | 04 février 2013

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