26 décembre 2012

Faut-il une loi pour protéger le vin?

J'ai pris bonne note de la pétition lancée par mon confrère blogger Alain Fourgeot en faveur de la proposition de loi visant à protéger le vin au titre du patrimoine français.

J'y suis personnellement favorable - surtout si cela a pour effet d'arracher un tant soit peu le vin à la vindicte de la loi Evin; et même si cette nouvelle loi enfonce des portes ouvertes. Mais je me permets tout de même de faire deux remarques:

-Primo, une loi similaire, si ce n'est dans ses termes, ou moins dans son objet, existe en Espagne depuis 2003.  Je vous en rappelle l'introduction "El vino y la viña son inseparables de nuestra cultura". Je pense inutile de les traduire.

Ley del vino.jpg

Ley 24/2003



Ces belles et fortes paroles n'ont pourtant pas empêché la consommation de vin en Espagne de continuer à s'effondrer depuis. Le problème majeur étant, d'une part, la transmission de la culture du vin aux nouvelles générations de consommateurs potentiels, et de l'autre, la transition entre une consommation de vin boisson, vin alimentaire, de vin de masse, journalière et peu qualitative, vers une consommation de vin plaisir, moins fréquente, mais plus qualitative.

Logiquement, cette consommation devrait donc encore baisser en France; ce qui n'est peut-être pas un mal, si l'on raisonne en termes qualitatifs. Et en termes de patrimoine. Car une loi doit-elle protéger le pinard d'entrée de gamme? Faut-il sauver le soldat Préfontaines (ou le Vieux Papes)?

Certes, militer pour une production plus restreinte, mais de qualité, n'est pas de nature à rendre les parlementaires très populaires auprès des masses vigneronnes, mais c'est le seul discours honnête.

-Secundo, je remarque que parmi les soutiens à cette proposition de loi, se trouve l'ancien ministre de l'Agriculture, Bruno Le Maire. Et je me demande bien pourquoi celui-ci n'a pas déposé, lorsqu'il était "en charge", un projet de loi similaire, au nom de son gouvernement.

Un petit point de droit constitutionnel: les projets de loi (d'initiative gouvernementale) ont beaucoup plus de chances d'arriver à bon port que les propositions de loi (qui émanent des parlementaires). En effet, le gouvernement a une meilleure maîtrise de l'ordre du jour des assemblées: depuis la réforme de 2008, il se voit réserver deux semaines sur quatre de l'agenda parlementaire; mais une des deux autres semaines attribuées aux assemblées est consacrée au contrôle de l'action gouvernementale, ce qui ne laisse, in fine, qu'une semaine pour les propositions de nouvelles lois d'initiative parlementaire...

Alors, faut-il parler de bal des hypocrites? Et qui se soucie donc vraiment du vin et de sa qualité en France, en termes politiques? La droite, la gauche, le centre, les verts? Le vin a-t-il une couleur? Quels sont ses relais? Ses adversaires? Son influence? Pour plagier Staline: "Le vin? Combien de divisions?".

En tout cas, voici mon programme, mes bonnes résolutions pour 2013:

Delenda est mediocritas vini.

Redonnons du sens à ce que nous produisons.

Buvons moins, mais meilleur.

00:11 Écrit par Hervé Lalau dans Europe, France | Tags : une loi pour le vin? vigne, vignoble, france, qualité | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

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