02 décembre 2012

Cohortes et... manipulations

Les familiers de l'armée romaine goûteront tout le sel de ce titre.

Sous l'Empire romain, l'armée était divisée en légions, elles-mêmes divisées en centuries, cohortes et manipules.

Aujourd'hui, on emploie plus souvent le mot cohorte dans un sens très spécialisé: celui d'un grand échantillon ou panel de gens soumis à une étude statistique, notamment dans la sphère médicale.

La manipule, elle, est morte de sa belle mort. Mais pas la manipulation, semble-t-il.

C'est ainsi que les chercheurs britanniques viennent de mettre en pièces une étude du Docteur Messerli qui établit une forte corrélation entre consommation de chocolat et obtention d'un prix Nobel, au niveau d'un pays.

En utilisant exactement la même méthodologie, ils sont parvenus à prouver que les pays où l’on consomme le plus de chocolat (une belle cohorte, donc) sont aussi ceux qui engendrent le plus de tueurs en séries et d'accidents de la route.

Andy_Warhol_by_Jack_Mitchell.jpg

Andy Warhol... ah, s'il avait plutôt bu du vin! (Photo Jack Mitchell)

J'attends avec impatience que ces mêmes chercheurs s'attaquent aux études françaises sur les méfaits de l'alcool, et notamment du vin.

Qui sait si l'on n'apprendra pas que les consommateurs de vin vivent plus longtemps que les buveurs d'eau. Ou que la compagnie de Michel Bettane est plus amusante que celle d'Hervé Chabalier.

Une chose est sûre: les buveurs de vins ont beaucoup moins de risque de mourir comme Andy Warhol!

Le cher homme est décédé d'une overdose. Non, pas d'amphétamines, ni de LSD, ni de cocaïne. Et encore moins de pinard.  Ni même d'une indigestion de Campbell Soup. Non, le Pape du Pop Art est mort d'une overdose d'H2O, d'une intoxication à l'eau...

La morale de cette morale: sachons consommer les études statistiques avec modération.. ou plutôt, avec circonspection.

00:52 Écrit par Hervé Lalau dans Pour rire | Lien permanent | Commentaires (8) | | | |

Commentaires

Effectivement....2 remarques:
* Il y a d'abord, le fiabilité de l'étude statistique: comment l'enquête est menée, les questions posées qui peuvent être orientées, l'échantillonnage..
* Ensuite il y a l'interprétation, les conclusions après moulinage de toutes les données. On fait parfois dire aux chiffres ce que l'on a envie d'entendre. Les politiciens par ex, manipulent très bien les chiffres à leur avantage.

Écrit par : JN Gosselin | 02 décembre 2012

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Hervé, un vrai journaliste

Hervé, tu ressembles exactement à l’image que mon fils aîné – journaliste de formation – se fait du journalisme : vulgariser une notion à laquelle on ne connaît rien de manière à la rendre compréhensible au plus grand nombre, en allant glaner l’information ... chez ceux qui savent.
Cela comporte deux risques : que « ceux qui savent » te bernent ou bien que le message qui passe ne soit pas totalement exact, par approximation.
Tu vulgarises volontiers la « technologie » et on voit que tu ne l’aimes pas. Je ne suis pas loin de partager ton peu d’amour pour les « machines oenologiques », mais il ne faut pas jeter l’eau du bain avec le bébé .... et la puéricultrice. Je t’avoue que je me fous pas mal du bébé – aime pas les gosses, moi – mais que j’ai éprouvé quelquefois du sentiment pour quelques puéricultrices, quand j’étais petit.
En stat, c’est pareil. Une « cohorte » est bien sûr un échantillon (donc une population), souvent utilisé dans des études démographiques, et parfois en médecine, c’est vrai. Mais il ne doit pas nécessairement être important en nombre. Ses caractéristiques par contre sont d’être sélectionné au départ d’un critères précis (ou une série de critères) et commun, et à un moment donné, et d’être suivi dans le temps. On fait ce qu’on appelle un suivi « longitudinal », en vérifiant certains points à divers moments dans le temps. Tu auras compris que ceci permet pas mal de .... manipulations. On y est !
Pour être complet, et pédant, j’ajouterai que l’unité statistique des études de cohorte est l’individu-temps. Elle sont très utiles pour étudier les facteurs de risque et on peut facilement déterminer des intervalles de confiance statistique assez « robustes », comme on dit. Il faut toutefois se méfier des « confounding factors ». Enfin, des analyses multivariées – traficables à l’infini en fonction des paramètres retenus – et des analyses de type Mantel-Haenszel sont aussi réalisables.
Fais gaffe, peut-être que je ne dis pas toute la vérité et que je devrais être exécuté en premier, surtout que je préfère Emmanuelle (quand elle n’était pas siliconée) à Guy, le bêlant.

Écrit par : Luc Charlier | 02 décembre 2012

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Autre commentaire éclairé

Vivant à Corneilla, à l’origine une villa offerte au vétéran Cornelius au moment de son départ en retraite, l’organisation de l’armée romaine m’est familière. On me traite parfois de « tête de veau », en tortue évidemment, armée romaine oblige. Et je déguste – terme propre ? – actuellement le magnifique roman historico-politique de Gamal Ghitany, « Zayni Barakat », dans lequel le vieux Caire de l’an 922 (de l’hégire, donc vers 1500 de l’ère chrétienne) voit de nombreuses perturbations liées à l’augmentation de la gabelle, entre autres. Tu comprends que je goûte donc le sel de ton histoire.

Écrit par : Luc Charlier | 02 décembre 2012

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Oui, Luc, qui trop embrasse mal étron. Il y a forcément du déchet dans tout cette diarrhée de billets. D'un autre côté, l'autre jour, une copine RP m'a dit qu'elle appréciait de se réveiller en lisant mes conneries et en buvant son café.
Alors d'avance merci de votre indulgence.

Écrit par : Hervé Lalau | 02 décembre 2012

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Luc Ch, l'ex biostatisticien a mis les points sur les i....!!
Quant à Hervé...la question est: doit on être plus indulgent vis-à-vis d'un blogueur que vis-à-vis d'un journaliste ??

Écrit par : JN Gosselin | 02 décembre 2012

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A Jean-Noël,

Quand, comme dans mon cas, le journaliste et le blogueur sont la même personne, sans doute pas. Je suppose que j'ai les mêmes devoirs déontologiques où que j'écrive, parce que le métier que j'ai choisi est celui de journaliste. Mais c'est vrai que je ne mets pas toujours autant de temps dans un billet de ce blog, qui est fait pour l'instantanéité, que dans un article pour une revue papier qui est fait pour durer.
D'un autre côté, est-ce qu'un journaliste n'a pas le droit d'être con, parfois?
D'ailleurs, n'est-ce pas un droit imprescriptible de l'homme (et de la femme)?

Écrit par : Hervé Lalau | 02 décembre 2012

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"Jouer le petit con" peut en effet nous amuser ou nous distraire quand tu écris un billet sur ce blog...pour autant que ça soit au moins implicite dans la forme du message.
Quant à un contenu journalistique, la rigueur s'impose car l'approximation peut causer des dégats...!
Perso, même dans mon blog, je m'oblige l'objectivité, la sincérité, l'honnêteté et le respect vis-à-vis des acteurs de la filière. Par exemple, j'évite de poster des avis négatifs sur un vin car statistiquement, une bouteille n'est pas nécessairement représentative d'un lot ou d'un millésime. Je suis donc prudent à ne pas jeter en pâture sur la toile des avis qui peuvent s'avérer destructeurs pour le domaine. Si ce n'est vraiment pas bon, je ne poste rien.. dans ce cas, j'envoye un mail pour autant que cela soit possible à la propriété.

Écrit par : JN Gosselin | 02 décembre 2012

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Eh, oh, ne vous méprenez pas, il n’y a aucune critique dans mes petits commentaires à ce billet. S’intéresser à tout et essayer de comprendre ce qui ne fait pas partie de notre premier univers, cela s’appelle de la curiosité intellectuelle et c’est une des qualités majeures de l’être humain, à mes yeux. La preuve, Hervé, on te lit avec délice. Quant à ta copine, j’espère que son café est aussi bon que tes interventions : tu es l’arabica de nos cerveaux, le maragogype de l’intelligence, le Blue Mountain de nos sens.
@ JNG : j’étais – TRÈS – mauvais en maths. Ce n’est qu’une fois obligé d’analyser de manière personnelle des données brutes issues d’études cliniques que j’ai commencé à potasser sérieusement la partie des statistiques qui s’applique aux sciences biomédicales. Pour cette petite partie-là, j’avais acquis une expérience pratique utile : quel test sert à quoi, quelles sont ses limites, quelle confiance lui accorder etc ? Moi, qui était déjà un sceptique avant cela, j’ai multiplié cette vision par 10.000. On peut faire dire n’importe quoi aux chiffres, sans avoir besoin de les trafiquer. Aussi, le seul message est : un protocole d’étude doit expliquer clairement, avant même le début de celle-ci, comment l’analyse sera faite, avec quels tests, sur quelles classes et pour quels paramètres. Sinon c’est la porte ouverte à tous les bidouillages ... et ils ont lieu, en permanence.

Écrit par : Luc Charlier | 02 décembre 2012

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