13 septembre 2012

Le cru, un concept à géométrie variable

Ami lecteur, je vous fais juge. Qu'est-ce qui est le plus critiquable?

-Dépasser la proportion maximum de carignan ou de grenache dans un Pic Saint Loup dont le cahier des charges réclame un minimum de syrah?

-Mentionner 14,5° sur l'étiquette de son Gigondas quand il en fait 16°?

-Mettre un peu de Menetou dans son Sancerre, là où les vignes se touchent?

-Ou bien étendre son "Cru" en rachetant des parcelles au voisin, pour augmenter son potentiel d'exportation, par exemple?

Rien à voir, me direz-vous : les trois premiers cas sont dans l'illégalité, ce sont des fraudeurs.

Tandis que le quatrième ne fait que profiter d'une législation incompréhensible par le commun des mortels.

Car si le terme de cru, en Bourgogne, désigne un ensemble parcellaire immuable depuis le Moyen-Age, à Bordeaux, il ne désigne que des exploitations, des marques, des raisons sociales. Pour les étendre, il suffit de racheter le voisin, on n'en reste pas moins cru, et parfois grand, et même classé, par dessus le marché.

Bref, on a d'un côté le droit du sol, et de l'autre, le droit des sous.

Ce n'est pas demain que cela changera, il y a bien trop d'argent derrière les mots. Mais je ne suis pas obligé d'aimer ça. Alors, sachez que les "Crus" Bordelais de demain ne seront pas forcément issus des mêmes vignes que ceux d'aujourd'hui.

J'ai cru utile de vous le faire remarquer, parce que derrière les mots, pour moi, il y a surtout des principes. Et quand nous, pauvres journalistes, devons expliquer ces principes, notamment à des étrangers ahuris devant tant de subtilité, nous aimons bien que les concepts soient justes, qu'il n'y ait pas deux poids deux mesures. Là, en l'occurrence, c'est raté.

Bon, le vin n'en sera sans doute pas moins bon pour autant, mais ce n'est pas le problème. Ou vous croyez dans la validité du système des AOC ou vous n'y croyez pas.

00:20 Écrit par Hervé Lalau dans Alsace, Bordeaux, Bourgogne | Tags : grand cru, bordeaux | Lien permanent | Commentaires (7) | | | | |

Commentaires

Hervé lave plus blanc

Et il a raison, mais ainsi va la vie.
Pour répondre à sa dernière phrase : au panier, le système dès AOC. Il ne représente plus rien.
Mais par quoi le remplacer, car il faut qaund même, au moment de l’achat, que le consommateur sache à quel « type » de vin s’attendre ? Je n’ai pas de réponse.
Il existe en plus un risque énorme de passer de vins d’appellations – qu’elles soient contrôlées ou non – à des vins de marque. C’est d’ailleurs ce que souhaite l’agro-alimentaire.
On boit du Gérard Bertrand, du Magrez, du Mouton-Cadet, du Chapoutier, du Jadot, du Cave de Pfaffenheim, du Vranken, du Mondavi ....
Enfin, les gens ont autre chose à faire – enfin j’espère – que de devenir des MW’s, connaissant par coeur toutes les finesses de tel et tel cru, sachant que la sixième parcelle du sauvignon de Tasmanie de chez Blackberry Hill a été grêlée le 12 décembre etc ..... Il veulent boire un bon sauvignon, typé comme ceci ou comme cela, point barre. Il n’y a pas de différence entre un Sancerre, un Menetou, un Reuilly ou un Quincy, sauf le prix, mais ils sont distincts d’un Graves blanc, d’un fief vendéen, d’un St Bris, d’un St Pourçain etc ....

Écrit par : Luc Charlier | 13 septembre 2012

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Autre supercherie que j'ai vécu récemment:
Un château bordelais (un Côte de ....)a commercialisé en mai 2012 son millésime 2011 alors qu'il proclame haut et fort sur son site que ses vins séjournent en fûts de chêne durant 15 à 18 mois.
Renseignement pris: le propriétaire me répond sans sourciller que sous la pression de ses revendeurs , il a du faire une pré-mise 2011 de façon à pallier à l'épuisement de ses 2010....!!!!
...Hé hé...vive les copeaux!

Écrit par : JN Gosselin | 13 septembre 2012

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Pochtron qui s’en dédit

Une fois n’est pas coutume, Léon va défendre les Bordelais.
On est d’accord que la pratique ne correspond pas à la légende.
Mais, est-ce que « pour être bon » un vin DOIT passer si longtemps dans le bois ?
Quant aux copeaux, moi j’aime bien ceux de ... Parmesan !

Écrit par : Luc Charlier | 13 septembre 2012

Si on pouvait fournir à tous les juges implacables et définitifs un instrument pour les assurer de le demeurer... nous serions différents

Écrit par : candie | 13 septembre 2012

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Et si tous les anonymes et pseudonymes (c’est la même chose) avaient le courage de « poster » à visage découvert, ils passeraient moins pour des lâches et on s’intéresserait à leur avis !

Écrit par : Luc Charlier | 14 septembre 2012

>Vendue !

Écrit par : candie | 14 septembre 2012

Je ne suis pas contre les copeaux + la microoxygénation....mais:
* que l'on aie le courage de le dire! (ou en tout cas, que l'on passe sous silence la phase d'élevage)
* et que l'on adapte les prix de revient à la baisse...!

Écrit par : JN Gosselin | 13 septembre 2012

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