08 août 2012

"Anything but Braucol"

Gaillac tient une place particulière dans mon affectif vineux.

À l'ère du marketing utile et de l'hyperspécialisation, de l'image forte... des gens qui se donnent la peine de produire à la fois du blanc sec, du blanc liquoreux, du rouge et même de l'effervescent ne peuvent être foncièrement mauvais. Surtout quand ils s'obstinent à utiliser pour ce faire des cépages autochtones aussi peu connus que le braucol ou l'ondenc.

Ce n'est pas demain, à New York et à Pékin, qu'on entendra dans les salons une phrase du genre: "anything but braucol, my dear".

Mais qu'est-ce qui fait le succès d'un cépage au plan international, au fait?

L'effet d'imitation, surtout. Si le chardonnay est tellement planté dans le nouveau monde, c'est que tous les producteurs rêvent de faire aussi bien, voire mieux, que les Bourguignons, quitte à utiliser les mêmes barriques, et parfois même, les mêmes oenologues. Si le cabernet et le merlot sont aujourd'hui présents depuis Adélaïde jusqu'à Modesto en passant par Meknès, Talca ou Stellenbosch, c'est que chaque vigneron croit pouvoir faire aussi bien qu'un grand cru de Bordeaux, et pour moins cher. Ce en quoi ils n'ont pas toujiurs tort, mais c'est un autre débat.

Mon Braucol (alias fer servadou) n'a pas cette attractivité, parce que Gaillac manque de notoriété. Aucun banquier international n'y fait faire son vin, aucun artiste de renom n'en décore les étiquettes. Aucun classement de 1855 ne vient justifier des écarts de prix injustifiables. Aucune de ses parcelles ne se réclame du nom de cru, qu'il soit bourgeois, premier, grand ou classé.

Clément Termes.jpg

Château Clément Termes 2010 (Photo H. Lalau)

C'est bien dommage. Quoique.

Pour les vrais amoureux du vin, les vrais curieux, ceux qui vont au delà de l'étiquette, voilà le vrai Eldorado, la vraie terre de mission. A Gaillac, les prix sont tout petits, les produits variés, ils fleurent l'authenticité comme les grands crus classés fleurent la haute finance ou la fin de carrière, même les Chinois n'ont pas encore songé à les singer, c'est vous dire!

Seul bémol, à mes yeux: l'aire d'appellation est trop vaste, les sols trop divers, il y a à Gaillac de quoi faire 3 ou 4 belles appellations, au sens du lien au terroir. Cette aire a d'ailleurs été considérablement agrandie en 1970, par rapport au décret initial des années 30, un exemple parmi bien d'autres de dévoiement de la notion d'appellation.

C'est d'autant plus dommage que Gaillac à l'histoire pour elle: comme le rappelle Pierre Casamayor, Gaillac est la zone viticole la plus ancienne de France après celles de la Narbonnaise. Plus ancienne que Bordeaux.
Et du côté des effervescents, n'en déplaise à Limoux et à Die, Gaillac pourrait bien aussi prétendre au titre de plus vieille bulle de France...

Je n'ai visité la région qu'une fois, au début de ma carrière, et encore n'était-ce qu'une étape au cours d'un périple qui me menait de Cahors à Fronton en passant par Buzet - invité par l'Association des Vins du Sud Ouest.

Je me rappelle tout de même très bien de deux producteurs: la Cave Coopérative de Labastide de Lévis, et le Château Clément Termes.
Voici peu, j'ai eu l'occasion de déguster deux vins de ces producteurs; le Gaillac Perlé de la première, et le Gaillac rouge du deuxième.
Ils me confirment dans ma bonne opinion. Le rouge de Clément Termes 2010 est parfait à boire aujourd'hui, mais peut encore attendre. J'ai adoré ses petites notes de mûre et de violette, sa structure ferme et suave à la fois.  Sa longueur, aussi. C'est racé, et c'est bien élevé. C'est typé, mais pas rustre. Que demander de plus?

Alors vous aussi, profitez-en! Un jour, peut-être, Clément Termes sera Grand Cru Classé. Hors de prix. Contingenté. Vous devrez supplier pour obtenir votre allocation.

Et puis un jour, encore, il sera has been.

Puis-je ne jamais voir ces jours-là!

00:23 Écrit par Hervé Lalau dans France, Sud-Ouest | Tags : gaillac, clément termes, braucol | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

Commentaires

Salut Hervé,

En effet les sols sont très divers, l'appellation extrêmement vaste, sans compter les cépages aussi divers et peu connus. N'oublions pas non plus des vignerons aussi diversifiés en terme de signatures, de style concourant là encore à la difficulté d'appréhender cette terre décidément exigeante. Entre des domaines résolument tournés vers la production de masse, et ceux qui au contraire révèlent des vins à forte identité. Tantôt techniques, tantôt approche résolument biologique tantôt "naturiste", tantôt jusqu'au boutiste. Entre vins blancs secs, perlés, effervescents, demi-sec, moelleux, vins rouges souples et plus fermes...
J'ai pu déguster une bonne soixantaine de vins émanant d'une douzaine de propriétés plus ou moins reconnus, chacun dans leur style. Pas facile de tout comprendre. En tout cas des prix souvent angéliques, à qualité souvent irréprochable. Plus personnellement la découverte d'un jeun pétri de talent, de convictions et d'une ouverture à l'autre simplement remarquable. A suivre fin Septembre sur le blog ,-)

Gaillac c'est très bon! A ce sujet un petit post écrit voilà quelques petites semaines, si je peux me permettre: "3 hommes de Gaillac" :
http://www.sommelier-vins.com/article-un-peu-de-gaillac-106812552.html

Écrit par : Emmanuel Delmas | 08 août 2012

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Il est affligeant de constater combien ce vignoble est méconnu et probablement mal soutenu par les instances locales...il est urgent de remédier à cette lacune! A moins que ce ne soit aussi le problème de la presse, qui je ne sais pour quelles raisons,les ignore.....????

Écrit par : JN Gosselin | 09 août 2012

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