09 août 2012

Mildiou fait de la résistance

Je vous préviens, amis vignerons, cette chronique est de très mauvais goût, puisqu'elle joue de la dérision à propos de deux fléaux majeurs de votre métier: l'oidium et le mildiou.

Pourquoi en parler? D'abord, parce qu'avec la météo très capricieuse dans bon nombre de régions - un coup chaud, un coup humide, on note la recrudescence de ces deux problèmes, cette année.

Mais aussi, parce qu'une étude réalisée l'an dernier par un groupe d'experts, dont ceux de l'INRA, confirme la résistance du mildiou à deux groupes de produits chimiques (CAA et QIL). Et ça, ce n'est pas bon pour le business.

Downy_and_Powdery_mildew_on_grape_leaf.JPG

Le Mildiou, vrai et faux (David B. Langston, University of Georgia)

Voila en effet qui a de quoi inquiéter, non seulement les fabricants de produits phyto, mais aussi leurs clients. Ce qui était jusqu'à présent surtout un énorme problème pour les viticulteurs bio pourrait le devenir pour les autres viticulteurs.

Depuis que le vin bio est codifié en Europe, c'est à dire tout récemment, et cette réglementation fait débat car d'aucuns la jugent trop laxiste, on s'interroge sur la véritable différence entre les deux catégories de viticulture; essentiellement, la distinction tient au refus des traitements chimiques dans le bio. Mais si les produits chimiques perdent leur efficacité, il se pourrait que toute la viticulture devienne bio... par défaut.

Je vous l'avais dit, c'est de mauvais goût.

Mais pas autant que ce qui suit.

Nos gouvernements successifs nous ont démontré leur pugnacité dans plusieurs domaines touchant au vin, et notamment, leur opposition à la libéralisation des droits de plantation en Europe. Je ne suis pas d'accord avec leur analyse, que je juge à la fois conservatrice et corporatiste, mais je dois au moins reconnaître qu'ils ont de la suite dans les idées - enfin, au moins depuis que la France est revenue sur sa signature apposée en bas de la réforme de l'OCM vin, en 2008.

J'ai déjà maintes fois évoqué cette question ici - j'ai même été jusqu'à parler de ligne Maginot du vin français. En effet, interdire le développement du vignoble compétitif, voulir réguler la production en la limitant aux seuls nantis du système, sans s'occuper de la chute de la consommation, voila qui est aussi rassurant qu'une bonne vieille casemate. Peu importe si on s'y fait enfumer par l'ennemi, qui tourne nos défenses en exportant ses produits à bas prix sur les marchés tiers. Car ca se passe ailleurs. L'important, c'est que nos frontières aient l'air bien défendues. Pour le moral, je veux dire. Car dans le même temps, le marché français s'effondre avec la fin de la consommation de vin boisson - on ne parle pas ici du Montrachet, on parle ici des vins à moins de 3 euros le litre.

La solution au problème de la résistance du mildiou est donc là, évidente, il suffisait d'y penser.

Notre Ministère de l'Agriculture, dans son immense sagesse, et avec toute sa capacité d'impulsion et d'entrainement, qui est insondable, peut régler ce problème; en un seul petit décret, que voici:

Art 1/ Le milidiou est interdit de séjour sur tout le territoire français

Art 2/ Les souches actuellement présentes sur le territoire pourront continuer à être exportées à titre transitoire jusqu'au 31 décembre 2015.

00:08 Écrit par Hervé Lalau dans Europe, France | Lien permanent | Commentaires (4) | | | |

Commentaires

Allez, à la grosse brosse.
Même un excellent vigneron peut se voir victime du mildiou, en quelques heures, alors qu’il « avait tout bon » jusqu’alors.
Ce n’est pas vrai de l’oïdium : quand on en a, c’est qu’on s’est trompé quelque part. J’en ai souffert par inexpérience en 2005 sur toute la partie sensible de mon vignoble, et par inadvertence sur une parcelle « négligée » en 2009. Sinon : dégâts zéro en 8 millésimes.
Cette saloperie de mildiou, qu’on le veuille ou non, doit bien sûr beaucoup au climat, mais aussi aux voisins et .... à la charge des vignes, à la fumure et à l’aération du plant.
On connaît mon opposition au caractère ésotérique, magique et sectaire des adeptes de Steiner mais eux au moins ont compris, comme l’immense majorité des vignerons tout simplement « bio », que tout est affaire d’équilibre entre le cep et son environnement.
Il ne s’agit pas de « combattre » le mildiou. Il faut favoriser les conditions qui l’empêchent de s’implanter et réduire sa prolifération une fois qu’il est là. Et ce n’est pas la chimie qui le permet. Le pire ennemi de l’efficacité des produits phyto-sanitaires, c’est .... la lutte raisonnée ! Mais c’est le meilleur ami des actionnaires de l’industrie chimique.

Écrit par : Luc Charlier | 09 août 2012

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Un vigneron que j'apprécie beaucoup, Franck Pascal, a déjà écrit un article avec un titre très proche, voici plusieurs années.
Je précise que ne l'ai pas plagié, je viens seulement de m'en rendre compte en faisant une recherche Google.
Les grands esprits...

Voici le lien vers sa chronique: http://blogfranckpascal.over-blog.com/article-1927181.html

Écrit par : Hervé Lalau | 09 août 2012

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Luc,tu dis: "tout est affaire d’équilibre entre le cep et son environnement"
Ouais,et ça devait être aussi le cas pour les vignes de la fin des années 1800 (tu sais,les vraies vignes bio celles qui donnaient les vrais vins nature ) juste avant que le mildiou n'arrive.Et pourtant,c'est par la chimie (la bouillie bordelaise c'est de la chimie non ?) que nos anciens ont trouvé la parade...
"question d'équilibre"...et de bizness aussi !
Je traite avec du cuivre,avec du soufre mais je ne me réclamerai JAMAIS bio:par honnêteté pour mes clients . Et comme tu t'abstiens de tout commentaire sur le Cu,je subodore que tu n'es pas loin de penser ainsi...
Pour ce qui est de l'industrie chimique ,elle s'adapte très vite en se rabattant sur le cuivre pour nous proposer de nouvelles formulations encore plus performantes.Ils en sont même à des formulations liquides.Quid du cocktail d'adjuvants chimiques pour maintenir cela en suspension ,résister au lessivage,s'étaler bien sur la feuille etc ???
Mais cela ne nous regarde pas...pour le moment !
Bonne aprèm.

Écrit par : gus | 09 août 2012

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Tu as raison, Gus, sur toute la ligne.
Deux petites remarques toutefois :
. les maladies cryptogamiques que tu cites sont des « accidents » d’importation. Made in US. Elles sont arrivées en Europe dans du matériel végétal venant d’Outre-Atlantique, ce qui n’est pas un phénomène « naturel ». Le mildiou fut décrit en France par Planchon en 1878, sous la forme de Plasmaspora viticola .... dit la légende en tout cas. Il est distinct du « mildiou de la pomme de terre » (Phytophtora infestans) qui décima l’Irlande et l’Ecosse, mais aussi la Belgique et la Prusse 40 ans auparavant. On dit même que l’oïdium n’a touché la Ribera del Duero de manière significative qu’en 1988, il y a 25 ans. Je ne peux garantir que c’est vrai. Il faut dire que les densités de plantation y étaient très basses, que le rendement y était très limité, que le climat y est moins favorable à l’oïdium et que le tempranillo ou ses variétés n’est pas le plus sensible au champignon. Il est curieux de constater que c’est depuis que ce vignoble jouit d’une certaine notoriété qu’il .... pâtit de la maladie comme les autres !!!!
. pour ne pas « faire le malin », j’ai oublié de mentionner que je ne sais pas ce qu’est le mildiou sur mes vignes. Je n’utilise pas de bouillie bordelaise et dispose encore des premiers sacs que mon « fournisseur » m’avait fait acheter – par précaution – lors de mon installation en 2005. Au début, j’ai fait deux « tours » par an avec du mancozèbe aussi, mais à présent : nada depuis 2007. Je n’ai jamais vu une seule « tache d’huile » et, bien qu’ayant bien entendu eu quelques vignes « apoplexées », comme tout le monde, je n’ai jamais vu de contamination par le milidou sur les ceps voisins. Chez nous, c’est presqu’exclusivement les vignes de plaine qui sont atteintes, très rarement le coteau. A moins que je ne sache pas le reconnaître, ce qui est possible vu que je suis un gosse de la ville, à l’origine.
NB : on ramasse tous les sarments, chez moi, et on essaie de les brûler, quand on n’oublie pas, qu’on a le temps et que le vent le permet. Ce n’est pas toujours le cas.

Moi non plus, je ne revendique pas le « bio », alors que j’adhère totalement à l’idée et que je ne désherbe pas chimiquement et utilise très peu d’insecticides (lutte anti-flavescence obligatoire dans les P.O et impossibilité technique de phéromones dans mon cas, car vol systématique des plaquettes et morcellement des parcelles). C’est bouillie nantaise à haute dose en hiver, un tour de protection « chimique » à trois feuilles (machine à dos) et puis soufre (mouillable d’abord, micronisé après). Mais les coteaux du Roussillon sont un rêve pour le vigneron, sauf que j’ai récolté 122 hl de vin sur 10 ha de vigne en moyenne entre 2005 et 2011 (extrêmes : 82 hl en 2005 et 170 hl en 2007, grêle sur 40 % en 2010 ). Ils sont donc aussi un cauchemar lors de mes visites chez le banquier ou la comptable, ces coteaux et leurs rendements de poule.

Écrit par : Luc Charlier | 09 août 2012

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