03 août 2012

Droits de plantation: si les Français savaient...

Voici quelques jours, à l'Assemblée Nationale, le député de l'Aude Jean-Paul Dupré a dit "non à la libéralisation des droits de plantation, afin que notre viticulture ne subisse pas le triste sort de notre secteur industriel, soumis à la seule loi du marché."

C'est son droit le plus strict. Comme c'est le mien de ne pas être d'accord, au nom des consommateurs. Et de la logique: on ne délocalise pas une appellation d'origine comme une usine d'automobiles. Et puis, permettre à de nouvelles vignes de se planter en France, est-ce pire que de les voir se planter au Chili ou en Australie, et de voir les vins qui en sont issus nous concurrencer demain sur les marchés tiers?

Mais surtout, pourquoi M. André limiterait-il sa dénonciation des dérives de la loi du marché à la seule viticuture? Pourquoi ne préconise-t-il pas aussi le retour au monopole national pour les producteurs d'électricité et de gaz, pour les transports, les postes, les banques, les universités, etc?

Et pour rester dans l'agricole, où il est peut-être plus à l'aise, pourquoi ne propose-t-il pas d'instaurer des droits de plantation pour d'autres cultures (pommes, fruits, betteraves, pomme de terre...), assortis, bien sûr, de l'interdiction d'importation en France de ces mêmes denrées.

Quand on milite pour la régulation, pour l'encadrement, la planification, il faut aller jusqu'au bout. L'Europe n'a qu'à aller se faire voir. "Que les Européens boivent nos vins, c'est tout ce qu'on le demande!"

Je ne suis pas sûr que les Français, s'ils étaient vraiment informés des conséquences ultimes et pratiques de ce que proposent M. Dupré, M. Le Foll et leurs amis, approuvent ce repli sur soi. Et seraient-ils d'accord si on leur disait que pour acheter une maison ou une auto, par exemple, il faut posséder un "droit"?

Mais qui leur expliquera les vrais enjeux? Et à qui profite le système actuel. D'ailleurs, les Français, buveurs, ou non, savent-ils tout ce qu'ils paient déjà, par tête de contribuable, pour subventionner la viticulture et notamment la distillation des invendus...?

Il est un peu facile de mettre en avant nos glorieuses appellations d'origine, de monter sur nos grands chevaux, qualitatifs, d'arguer de notre spécificité viticole, quand les véritables problèmes sont la surproduction, la mévente, les cours trop bas, les vins non adaptés à la demande des marchés - et je ne parle pas du seul marché français, qui, lui s'effondre.

A l'extrême, il est indécent de maintenir les droits de ceux qui les détiennent aujourd'hui, alors que de toute évidence, une bonne partie d'entre eux n'ont pas su quoi en faire, quels vins produire avec, ou bien les ont produits sans savoir à qui ni comment les vendre!

Pour en revenir à la question de départ, et à la réalité, cette matière est communautaire; il faudra donc plus qu'un baroud électoraliste français pour modifier une réglementation adoptée en 2008 par l'Union européeenne dans son ensemble, et signée par la France.

Delenda sunt jura plantationi (ou quelque chose du genre, M'sieur Caton)

12:29 Écrit par Hervé Lalau dans Europe, France | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

Commentaires

Deux petites précisions sur les droits de plantations: - il y en a aussi pour la betterave selon le régime des 'quotas betteraviers" qui devrait disparaître dans le cadre de la réforme de la PAC, et n'oublions pas les quotas laitiers mais leur suppression est actée. - pour le contrôle des plantations, il ne faut pas oublier que le règlement 1493/99 avait prévu son existence jusqu'au 31 juillet 2010. En fait en 2008, la réforme de l'OCM vin n'a pas vraiment décidé la disparition des droits de plantation, déjà prévue pour 2010, mais leur ultime survie jusqu'en 2015 ou 2018. Ce qui explique peut-être une unanimité... certains se disant qu'il sera toujours temps d'en reparler! Bien cordialement,

Écrit par : Anonyme | 03 août 2012

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