24 juillet 2012

No foie gras, no Californian wine

Voici quelques jours, ici même, j'ai commis un petit billet au sujet de l'interdiction du foie gras par l'Etat de Californie. Pour votre information, j'ai mis en pratique le programme que j'évoquais alors. Je mange plus de foie gras qu'avant - du fermier, du gascon, ces temps-ci. Et j'ai tourné la page de Gallo - un livre que je n'avais jamais ouvert.

Depuis, j'ai appris que des élus du Sud Ouest appelaient carrément au boycott des vins californiens. Quelle belle idée! Enfin, elle serait belle si les Français importaient du vin californien.

L'inconvénient du protectionnisme tel que nous le pratiquons déjà, en matière de vin, c'est qu'on ne peut guère l'accroître ou le renforcer: il est presque total - les rares exceptions qui confirment la règle sont les portos de bas de gamme, les petits chiantis pour pizzerias, les madères de cuisine, le boulaouane ou le sidi brahim pour l'épicier maghrebin ou la restauration à thème. Et plus important, mais aussi plus anonyme: les vins espagnols qui entrent depuis quelques années dans la composition de ce chef d'oeuvre du bon goût et du patrimoine gastronomique français qu'est le Vieux Papes. Ou encore, la jolie gamme de vins en bouteilles d'un litre (verre ou plastique, au choix) des Chais Beaucarois, comme Le Jouvenceau.  Le plus drôle, c'est que les consommateurs de ce type de vins sont sans doute parmi les plus franchouillards!

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Juvenzo, olé!


Alors, pour revenir au boycott des vins Californiens, je suis partagé.

D'une part, je répugne à faire porter sur les producteurs de vins  la responsabilité de cette loi ridicule. Qui sait ce qu'ils en pensent?

Plus fondamentalement, je suis assez opposé au concept de boycott, qui touche rarement ceux qu'il vise.

Malgré tout, dans le cas du foie gras, je me demande si ce n'est pas la seule arme qui reste aux producteurs pour faire parler d'eux, de leur combat, et éviter que cette interdiction ne s'étende à d'autres États américains, voire à d'autres pays. Il me revient que des activistes la réclament en Belgique et en Grande-Bretagne, notamment. Pour contrer ces activistes, qui ont bien sûr le droit de s'exprimer, mais qui sont ultra minoritaires, nous autres mangeurs de foie gras n'avons d'autre moyen pour rappeler nos droits que d'affirmer nos goûts majoritaires, de devenir activistes à notre tour.

Ne vous y trompez pas: ce qui se passe avec le foie gras aujourd'hui pourrait se passer avec bien d'autres produits pour autant que les groupuscules qui se désignent de telles cibles soient aidés financièrement pour faire avancer leur cause. Ils ont besoin d'argent pour communiquer, ils ont besoin de soutiens politiques et économiques. Je ne peux m'empêcher de faire un lien avec les soutiens dont bénéficient en France les anti-vins, activistes aujourd'hui institutionnalisés, hélas.

On peut donc sourire du contre-boycott de nos amis gascons, mais à la réflexion, c'est plus qu'un produit qui est en jeu, c'est une liberté. Et il n'y a pas de petite ou de grande liberté, quand on touche à une liberté, on touche à la Liberté.

Sur ce, avec votre permission, je vais ouvrir une bonne bouteille de Jurançon pour accompagner mon foie gras.

A la santé des oies, grises ou blanches!

00:59 Écrit par Hervé Lalau dans Etats-Unis, France, Sud-Ouest, Vins de tous pays | Tags : foie gras, calfornie | Lien permanent | Commentaires (5) | | | |

Commentaires

Plus facile d'acheter une mitraillette que du foie gras aux USA.

Écrit par : Marc André Gagnom | 24 juillet 2012

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Gagnon a raison, mais le foie gras tue beaucoup plus lentement que des armes automatiques et ceux qui achètent des mitraillettes sont pressés. Jadis, en Tchécoslo, on recevait une boîte de caviar (pas du béluga ni de l’osciètre, hélas) pour chaque douzaine de Kalaschnikovs achetée.
Peut-être J-Y Le Drian doit-il proposer un « deal » aux yankees : il offre un Rafale pour chaque palette de foie gras du Sud-Ouest et une croisière sur le Charles de Gaulle pour le rachat de toutes les coopératives gersoises en difficulté. Pas con, ça.
Plus sérieusement, le « boycott interne » existe aussi. Les « gens du Combalou », c à d le lobby du Roquefort, ont réussi à ruiner les « caves bâtardes », dans les années ’20. Et à présent, le « Bleu des Causses » est vendu en Europe sous la même marque que le Roquefort « Société » : ... Président ! Et oui, Besnier alias Lactalis (9 milliards d’euros de C.A.) a d’abord plumé les Aveyronnais et vend maintenant du bleu à base de lait de vache pasteurisé sous un emballage très comparable à son brebis au lait cru. C’est-y pas beau, ça ? Comme le chante Maxime le Forestier : « J’ai honte pour ce peuple-là ».
Et leur marketing d’expliquer que les Espagnols adorent ça (1er marché en volume) ....


NB : voir http://coumemajou.jimdo.com/2012/07/22/le-bleu-des-causses-une-insigne-révolte-contre-l-agro-alimentaire/

Écrit par : Luc Charlier | 24 juillet 2012

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Du carignan OGM aurait des effets hallucinogènes

Hervé,

J’ai posté mon billet sur le fois gras, et la machine m’a demandé plus de 10 x confirmation, avant de merder. J’ai quitté le blog, et éteint le modem.
A la reprise, aucun post sur ton blog.
J’ai alors recommencé, et il a été pris.
D’où la double publication en ligne.
Je ne suis pas gaga !

Écrit par : Luc Charlier | 24 juillet 2012

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Jusqu'où va aller la Californie? Après l'interdiction du foie gras, va-t-elle abolir la peine de mort?

Écrit par : Marc André Gagnon | 24 juillet 2012

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Plutôt que de boycotter du vin californien pas vendu en France, ils devraient essayer de boycotter des produits californiens très vendus en France, comme les iPhones et autres iTruc de chez Apple. Un poil plus efficace, mais sans doute moins populaire aussi...

Écrit par : Alexandre | 24 juillet 2012

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