02 janvier 2013

Pourquoi je n'aime toujours pas la Fiche OIV

Dans les dégustations professionnelles, et notamment les concours, qu'ils soient ou non patronnés par l'OIV, nous est souvent imposée la Fiche OIV.

FICHE OIV.jpg

Quitte à passer pour un ronchon, ou pire, pour un radoteur, je me dois de renfoncer le clou, puisqu'apparemment, il n'entre toujours pas dans le bois: cette fiche me déplait toujours aussi souverainement. Parce ce qu'elle occasionne toujours autant de malentendus. Voyons les plus évidents...

D'un part, les notes concernant le visuel ne servent pas à grand chose - de nos jours, tous les vins méritent le maximum pour la couleur, d'autant plus que le dégustatateur ne connaît généralement pas le cépage (un pinot noir n'aura jamais l'intensité d'un malbec). Idem pour la limpidité: d'une part, la filtration ou le traitement par le froid permettent d'obtenir facilement des vins limpides; de l'autre, pourquoi devrais-je pénaliser un vin délibérément non filtré?

Mais certains dégustateurs font quand même la fine bouche, et baissent la note de couleur des vins évolués, par exemple - quoi de plus normal, pourtant, pour un vin de plus de 5 ans, que de présenter quelques nuances brunes...

Pour moi, on pourrait donc tout aussi bien supprimer les notes de vue (15 points sur 100, tout de même).

Et en attribuer la plus grosse partie attribuer au nez: seulement 30 points sur 100, c'est top peu à mon goût (la  bouche, elle, compte pour 44).

Autre pomme de discorde: les notes de "franchise", aussi bien pour le nez que pour la bouche.

Par franchise, il faut entendre "absence de défaut". Mais bon nombre de dégustateurs ne l'entendent pas ainsi, manifestement. Suivant en cela la fiche, qui prévoit 5 positions sur le curseur, ils introduisent des nuances qualitatives là ou il faudrait se limiter à deux positions. Comme on ne peut pas être "un petit peu enceinte", on ne peut pas avoir "un peu de défaut", on en a ou on n'en a pas. En toute justice, la présence d'un défaut de franchise devrait même amener à une discussion de l'ensemble de la table, pour trouver un consensus et s'assurer que le défaut est avéré -rappelons que l'unité de compte, dans les concours, n'est pas le juré, mais le jury dans son ensemble. En pratique, une telle concertation est impossible, cependant, car cela reviendrait à discuter de tous les vins ou presque; on voit donc bien que les mots sont mal choisis.

On pourrait aussi discuter de la notion d'harmonie/jugement global; si c'est le jugement global, pourquoi demander aux dégustateurs de remplir les autres cases? Et le nombre de points attribués dépend au moins autant du dégustateur que du vin: pour moi, par exemple, un 14/20 est déjà une belle note; alors que d'autres donnent couramment 18/20...

Enfin, cette fiche incite à surcoter les vins: en mettant le curseur au minimum dans toutes les rubriques, on en arrive quand même à un total de 38/100. Impossible de donner moins. Si l'on monte le curseur d'un cran dans toutes les rubriques,  ce qui correspond à un vin moins que moyen, médiocre, on obtient 56! Et si, comme expliqué plus haut,  le dégustateur attribue au vin le maximum pour la couleur (pas vraiment difficile), on monte même à 65!

Montons encore d'un cran, on arrive au milieu du tableau (vin moyen, donc): le total est alors de 72. Et dans l'éventualisté - probable - où il aurait tous ls poinst de couleur, on arrive même à 78.

Bref, si le dégustateur ne se fait pas violence, ne modère pas l'enthousiasme des concepteurs de la fiche, même un vin sans intérêt peut facilement obtenir 82/100 (le seuil de la médaille d'argent, dans de nombreux concours).

Alors, à quoi rime cette fiche qui lisse les écarts de qualité et fait passer des tocards pour des pur-sangs, quand elle ne défavorise pas de bons vins?

Etonnez-vous après ça que bon nombre de dégustateurs trichent avec la fiche pour poouvoir attibuer les points qui correspondent vraiment à ce qu'ils pensent? Etonnez-vous après ça que si peu de magazines l'utilisent...

J'en vois déjà parmi vous qui rigolent: "Encore de l'enculage de mouches, une querelle de pseudo-experts; de toute façon, ces types ne dégustent pas comme nous, ils se font tout un cinéma".

Pourtant, ne l'oubliez pas, cette méthodologie est celle qu'utilisent bon nombre de guides, de concours, de sélections régionales ou nationales; elle influence peu ou prou l'attribution des médailles et autres macarons que vous retrouvez sur les bouteilles.

Vous êtes un esprit fort, vous vous moquez de ces colifichets? Fort bien. Mais tout le monde n'est pas comme vous. Et puis, les producteurs qui paient pour présenter leurs vins à ces "bancs d'essai" ont le droit de savoir, je pense...

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Tags : oiv, fiche oiv, vin, dégustation | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

Commentaires

Excellent papier encore.

Mais bon, cette grande collusion est faire par qui, et pour qui ?
La puissance de ces systèmes fausse réellement la notation. Si un vin est moyen, pourquoi ne pas le dire ? ... pour ne pas plomber les ventes ! eh oui ! et puis ensuite, l'année suivante, le concours recevra toujours plus de vins, accroissant son audience etc... les médailles, ça ne vaut strictement rien, en effet....

Les grilles de dégustation...il y aurait autant de grilles que de dégustateurs, car chacun a ses méthodes.

Le mot "franchise" est visiblement une grosse erreur, je comprends qu'on veut dire "netteté", non ?

Ensuite "intensité positive" ça veut dire quoi ? on est chez les électriciens ? s'agirait-il d'une intensité agréable ou justement sans défaut ?

"Persistance harmonieuse" : là aussi on ne note pas une observation, mais un jugement...

Enfin, le mot "qualité" ne veut strictement rien dire sans qu'on ne pose les critères de cette qualité...

J'observe que cette grille est d'un très très grand amateurisme : lorsque je note un vin, j'observe des faits, je définis les aromes, le type d'attaque, le milieu de bouche et la fin de bouche, l'acidité ou encore l'équilibre, la persistance courte ou longue, l'amertume etc...
ensuite, je définis si tout ça est harmonieux.

A la fin seulement je fais un commentaire sur l'appréciation.

je pense que juger un vin c'est d'abord le définir, pour pouvoir dire s'il est bon ou moins bon, ensuite seulement, éventuellement, dire si ça plait un peu ou beaucoup. Si l'on ne sait pas définir un vin, on doit s'abstenir de le juger.

Cordialement
eric

Écrit par : eric riesling | 05 janvier 2013

Répondre à ce commentaire

Les commentaires sont fermés.