01 juillet 2012

Verticale du Clos du Mont-Olivet, avec Thierry Sabon

"La tradition, c'est bien, à condition que ça ne soit pas figé", a coutume de dire Thierry Sabon, au Clos du Mont-Olivet. Il sait de quoi il parle, lui qui représente la nouvelle génération de ce domaine de Châteauneuf du Pape, fondé en 1932.

Je retrouve Thierry, que j'ai connu en Afrique du Sud, à la faveur d'un voyage de l'APV.

Il n'a pas changé, il est toujours ausssi précis, posé, pas exhubérant pour deux sous - si c'est l'image que vous avez des vignerons du Rhône Sud, alors venez vous faire une vraie opinion sur place. Un verre de Châteauneuf (blanc ou rouge) à la main.

Pour nous, il ouvre une série impressionnante de millésimes, remontant jusqu'en 1964. Alors, que voulez-vous, moi, je bois du petit lait (façon de parler)...

châteauneuf du pape

Les oliviers du Mont Olivet (photo H. Lalau)


Clos du Mont-Olivet Châteauneuf du Pape blanc 2011
Très fruit blanc. Amertume sympa, un peu de miel  fraîcheur, un peu de gras, tilleul. La puissance tempérée par la finesse.  15/20 

Cépages: clairette, bourboulenc, roussane, grenache blanc, piquepoul et picardan (excusez du peu!). Pas de malo sauf pour quelques roussanes.

Clos du Mont-Olivet Châteauneuf du Pape blanc 2000
Miel d'acacia, léger roti au nez; en bouche, une acidité correcte, des notes de cire, un petit côté lactique; assez long. Très bien conservé. 13/20

Clos du Mont-Olivet Châteauneuf du Pape rouge 2010 (brut de foudre)
Fraise écrasée, guignolet. Suave, salin. Vinifié en cuve béton, élevé en foudre.

Cuvée du Papet 2010
Fruit dense, très mûr mais pas confituré, tannins déjà suaves, vont se fondre encore. Déjà superbe. 16/20. Cette cuvée est une sélection de parcelles du domaine.

châteauneuf du papeThierry Sabon (Photo H. Lalau)

Clos du Mont-Olivet 2009
Girofle, eau de rose, litchi, balsamique au nez. En bouche, relativement puissant, les tannins ressortent; ce vin est aujourd'hui en situation intermédiaire, il faut encore l'attendre. 14/20

Cuvée du Papet 2009
Encore assez floral, un peu de griotte, bouche plus veloutée, tannins très fins élevé en foudre, beaucoup d'élégance. "Un peu plus de mourvèdre dans l'assemblage", nous dit Thierry. 16/20

Clos du Mont-Olivet 2005
Au nez, du fruit cuit, de la prune, un peu de cuir; en bouche, c'est complexe, thé fumé, rooibos, de la matière mais dans un style assez austère aujourd'hui; bois très bien intégré. A attendre... si on peut. 14/20

Clos du Mont-Olivet 2004
Bien, griottines, alcool, notes fumées, étonnament frais. Le genre de millésimes dont on se dit "C'est bien qu'ils existanet pour pouvoir les boire en attendant les autres". Aérer un peu (ou boire lentement).  14,5/20

Clos du Mont-Olivet 2003
Au nez, de la confiture aux 4 fruits rouges, c'est assez gourmand. Mais la bouche est assez alcooleuse; il y a du jus, et même une certaine fraîcheur, mais c'est sec en finale, dommage. 13/20

châteauneuf du papeUn nom à retenir

Clos du Mont-Olivet 1983
Un vin tout en équilibre; pas hyper concentré, pas trop mûr non plus. Pinote un peu au premier nez, puis part vers des notes de viande fumée; en bouche, une bonne matière, assez étonnante vu la couleur légère; retour du fruit en finale (fraise), on termine sur des pétales de rose 15/20. Non éraflé (au domaine, on n'érafle que depuis 1997 et encore, pas tous les cépages).

Clos du Mont-Olivet 1978
Cacao, moka. rancio, rose fanée au nez. Le côté mentholé donne de la fraîcheur au nez et surtout en bouche, ce qui compense l'acidité assez faible; c'est charnu, puissant, très vivant. Le clou de la dégustation du jour. 17/20

Clos du Mont-Olivet 1964
Goudron, rose, assez vif, bien conservé. Paraît tout de même un peu fluet par rapport au précédent. Mais est-ce qu'on eput rendre justice à de tels vins, en quelques minutes de dégustation? C'est le type même du vin de conversation, qui demande de la patience. 13,5/20

En résumé: lors de votre prochain passage à Châteauneuf-du-Pape, si vous n'avez le temps que de visiter une seule  maison à visiter, choisissez celle-là. Pour les vins, bien sûr, et puis, un peu aussi, pour les gens. Pour la simplicité de la démarche. Entre tradition et modernité, entre respect de son terroir et ouverture sur le monde, entre héritage familial et affirmation de sa personnalité Thierry ne se prend pas pour un cador, c'est un artisan du vin, et c'est en cela aussi que Montolivet est grand.

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Rhône | Tags : châteauneuf du pape | Lien permanent | Commentaires (3) | | | |

Commentaires

A bon vin, packaging démodé

On confirme, Hervé, super vin et c’est un amateur de CNP qui parle.
Toutefois, allez aussi chez un « autre » Sabon (Christophe) à la Janasse et au Domaine Pierre André [fille(s) aux commandes], à Courthezon.
Enfin, pourquoi ne pas « amender » l’étiquette, si kitsch, et pourquoi garder la bouteille armoriée de l’AOC ? Je sais, les Français appellent cela la « tradition » et ensuite s’étonnent des méventes de leurs pinards (bon, sans doute pas au Mont Olivet).

Écrit par : Luc Charlier | 01 juillet 2012

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Luc,

Je comprends ta position mais je n'y souscris pas.
Pourquoi abandonner la bouteille armoriée alors qu'elle fait vendre et qu'elle nous offre une protection juridique?
Pour l'étiquette, je la fais évoluer lentement, par exemple en minimisant le gothique flamboyant, aussi discret que l'arrivée des Panzer sur les Champs-Elysées. Mais je tiens à ce qu'elle reste liée avec celle de Séraphin, mon arrière grand-père, qui a crée le domaine.
Ce n'est pas de la "tradition" mais de l'histoire (avec h, pas H).
Packaging démodé? Je ne sais mais c'est ce "packaging" que veulent la majeure partie de nos clients, surtout les anglo-saxons d'ailleurs.

" Etre dans l'air du temps est l'ambition des feuilles mortes" (Jean Guitton)

Écrit par : Thierry Sabon | 03 juillet 2012

Je me conforme à l’étiquette

Tout d’abord, les conseilleurs ne sont pas les payeurs et je n’ai pas écrit « il faut modifier... etc ». Ma formulation portait le « ? » à la fin. Et insistait sur le fait que, à ce que je sache, les – excellents par ailleurs – vins du Mont-Olivet ne semblaient pas souffrir commercialement de leur habillage à l’ancienne. En outre le lien avec le passé est un argument plus que recevable. Il me manque certainement, à moi, espèce de « rookie », j’en conviens.
Pour la bouteille, c’est une autre affaire. Si chaque appellation veut la sienne ...
Et l’argument d’antériorité qu’on pourrait m’opposer ne vaut rien à mes yeux : « J’étais le premier, nanana, heu .... ».
En fait, tout le monde (sommeliers en premier) fait des commentaires sur les étiquettes et nous nous posons tous des questions sur l’habillage. On ne peut plaire à tous les consommateurs en même temps et ce sont CES interrogations que je relaie.
La réponse de Thierry Sabon est très intéressante. Elle défend ses racines, elle montre qu’il s’est posé ce genre de questions aussi et qu’il y a apporté ses propres réponses. Et elle montre qu’il a intégré la seule vraie notion primordiale : sa clientèle est satisfaite ainsi. Rien à dire, Monsieur Sabon, on s’incline devant vos choix.

Ce n’est pas le baiser de Judas arrivant dans le ... Jardin du Mont-Olivet que mes écrits décrivent, en dépit de mon prénom. Ce n’est même pas, un peu en contrebas, le Jardin de Getshémané où les disciples prièrent. Non c’est le Golgotha lui-même, la véritable ... crucifixion que subit chaque vigneron au moment où on lui dit – cela m’est arrivé : « Il est bon ce vin, mais pourquoi avez-vous choisi une étiquette de film d’horreur ? ». Et j’y avais passé des heures, mis de l’enthousiasme et elle ne représentait nul autre que ma fille-chérie-adorée, mon papy Séraphin à moi en quelque sorte.

Hervé, où que tu passes tes vacances, salut à toi et bonne retraite calamique !

Écrit par : Luc Charlier | 08 juillet 2012

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