23 janvier 2012

Générations perdues

C'est un vigneron du Beaujolais, Paul Henri Thillardon, qui le dit à mes confrèresde Vitisphère:

"En deux générations, le Beaujolais a réussi à passer d'une vignoble menacé par son succès (qui l'avait mené à la surproduction) à la reconquête d'une image positive par des vignerons qui se sont posé les bonnes questions de fond au bon moment et qui ont produit moins pour gagner en qualité."

Acceptons-en l'augure, M. Thillardon, mais poussons un soupir sur les deux générations perdues qui ont acheté leur Beaujolais pour ce qu'il n'était plus, malgré la pseudo-garantie des AOC, des crus...

Tiens, peut-on retirer l'AOC à tire rétroactif (et rembourser le trop perçu)?

Ce serait rigolo, non?

08:15 Écrit par Hervé Lalau dans Beaujolais | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note | Tags : beaujolais, aoc, rembourser |

Commentaires

Les AOC n'ont jamais garanti une qualité. Historiquement, elles sont nées de la nécessité de lutter contre la fraude et les vins "fabriqués" après les ravages du phylloxéra et la replantation du vignoble français. Toutes choses égales, les AOC garantissent une origine. Ensuite, chaque producteur fait ce qu'il veut. Le vignoble beaujolais dans son ensemble, l' Interprofession, sont largement responsables de la situation actuelle. Malheureusement pour une poignée de producteurs intègres.

Écrit par : Alain Leygnier | 23 janvier 2012

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Les AOC ont bien été conçues pour défendre une qualité liée à l'origine. C'est bien pour défendre une qualité traditionnelle contre les évolutions de la viticulture (hybrides, plantations dans des "palus", etc..) que l'on a défini les cépages et les parcelles, et les méthodes.
La question des vins fabriqués ou "sophistiqués" est une autre histoire.

Écrit par : Norbert | 23 janvier 2012

D'accord, Alain, tu as raison sur le but initial des AOC (même si aujourd'hui, l'INAO-Q se veut le défenseur des signes de qualité, ce qui change la donne):

Mais dans le cas du Beaujolais, c'est autre chose: l'AOC, par son cahier des charges, devait permettre d'éviter des dérives comme la sur-chaptalisation: ce n'a pas été le cas, et je ne sache pas qu'on ait déclassé les récoltes incriminées...
De plus, je crois me souvenir qu'Interbeaujolais, loin d'accabler les fraudeurs, les a plaints.

Écrit par : Hervé Lalau | 23 janvier 2012

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C'est bien pourquoi je note la responsabilité de l' Interprofession.

Écrit par : Alain Leygnier | 23 janvier 2012

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Oublions le passé. Participons aux efforts des meilleurs et c'est simple : achetons leur un peu de vin !

Écrit par : mauss | 23 janvier 2012

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Vous avez sans doute raison, M. Mauss.

Écrit par : Hervé Lalau | 23 janvier 2012

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J'attends, avec un certain intérêt, que l'on définisse en quoi consiste la qualité.

Écrit par : Alain Leygnier | 23 janvier 2012

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Alain : c'est hyper simple !

Va chez Janin, Burgaud, Bouland, Parrinet. Cela devrait te suffire :-)

Écrit par : mauss | 23 janvier 2012

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Voici ce qui figure sur le site de l'INAO, qui gère les signes de qualité et d'origine (noter le distingo)

L'appellation d'Origine Contrôlée est un signe français qui désigne un produit qui tire son authenticité et sa typicité de son origine géographique. Elle est l'expression d'un lien intime entre le produit et son terroir :
•une zone géographique : caractéristiques géologiques, agronomiques, climatiques et historiques...
•des disciplines humaines, conditions de production spécifiques pour tirer le meilleur parti de la nature.

Facteurs naturels et humains sont liés. Le produit qui en est issu ne peut être reproduit hors de son terroir.

Née d'un décret-loi du 30 juillet 1935 pour le secteur viticole consécutivement à de nombreuses crises viticoles (phylloxéra, contrefaçon des dénominations et révoltes de vignerons...) de la fin du XIXème siècle, l'Appellation d'Origine Contrôlée est conçue pour garantir l'origine d'un vin. Elle crée les conditions d'une concurrence loyale pour les producteurs et la garantie d'une origine certifiée pour les consommateurs.

Il n'y a donc pas de référence explicite au mot qualité, ni au départ, ni aujourd'hui, au sens de place dans une hiérarchie qualitative.

Écrit par : Hervé Lalau | 23 janvier 2012

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Sur le Site de l'INAO vous trouvez aussi une reproduction de l'ouvrage de Joseph CAPUS, fondateur des AOC avec le Baron Pierre Le Roy: "La genèse des AOC" publié en 1947. On y parle clairement de qualité dès les premières lignes, d'abord avec le concept de "vin fin" mais aussi plus explicitement:
"Aucune production de luxe en France n'est soumise aujourd'hui à un tel contrôle que celle des vins fins et des eaux-de-vie de marque. Chacun des éléments de la production (sol, cépages, méthodes de culture) a été défini et imposé aux producteurs en vue d'obtenir toute la qualité requise par l'appelIation".
La qualité est un élément fondateur du système des AOC.
Il y a eu il y a quelques années un discours absurde pour nier cette évidence.
Il s'agissait alors de répondre à des critiques d'organisations de consommateurs, mais aussi de justifier la démarche de René Renou en faveur d'une nouvelle catégorie d'AOC d'excellence qui elles garantiraient une qualité.
Mais c'était des arguties conjoncturelles qui, de façon tactique, faisaient semblant d'oublier l'oeuvre considérable de Capus et Le Roy!

Écrit par : Norbert | 24 janvier 2012

Mauss, ce n'est pas une définition de la qualité. Ton argument est : va chez Janin et les autres, tu pourras constater toi-même ce qu'est la qualité. Mais de définition, point. Hervé, tu confirmes ce que je disais : l'AOC (historiquement) signale une origine, non une qualité. Maintenant, l'INAO gère les signes de qualité. Loin de définir la qualité (bon courage) il la réfère à ses conditions de possibilité et d'effectivité. En gros, la qualité c'est le résultat de l'application du cahier des charges des AOC, de la mise en œuvre d'un ensemble de règles. On ne définit pas la qualité, on dit seulement que si lorsqu'on respecte certaines procédures, on obtient un ensemble d'effets que l'on désigne d'ordinaire du nom de "qualité". Ainsi, la qualité, selon l'INAO, c'est une sorte de chose en soi du vin : inconnaissable, mais perceptible par les sens. Ce qui procure tout de même de furieux moments de plaisir, surtout si l'on fréquente Janin, Burgaud, etc. et j'ajouterai : Brun. A votre santé.

Écrit par : Alain Leygnier | 23 janvier 2012

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Je n'ai aucune prétention à définir la qualité, tant le goût personnel de chacun peut être singulier. On peut plus facilement lister des défauts quoique là aussi, par exemple, certains sont plus sensibles que d'autres à la bret ou au bois neuf.
Et on peut parfaitement faire des vins suivant rigoureusement les règlements AOC, sans pour autant qu'ils donnent au consommateur des signes évidents d'allégresse :-)

Écrit par : mauss | 24 janvier 2012

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Il faudra que je consacre un billet plus fourni à cette notion de qualité, par opposition à l'origine.
Personne ne peut vraiment définir la qualité, ou les qualités, M. Mauss, et surtout pas un réglement. On en reparle ici bientôt...

Écrit par : Hervé Lalau | 24 janvier 2012

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Je ne voudrai par pinailler à l'excès, mais : est-ce que la qualité se réduit à l'absence de défauts ? C'était la conception œnologique dominante dans les années 50/70, des vins sans défauts.

Écrit par : Alain Leygnier | 24 janvier 2012

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Non, ou alors on parle de "minimum de qualité", ou de "qualité minimale".
De plus, comme tu le sais, certains défauts comme les bretts ont longtemps été perçus comme des éléments exprimant la qualité d'un terroir!

Écrit par : Hervé Lalau | 24 janvier 2012

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Temps perdu, surtout

Léon va vous surprendre par sa modération conciliante, pour une fois.
Nous savons tous, sur ce blog, ce qu’est un « BON » vin. Après, c’est affaire de goût personnel. Mais quant à le définir ....
C’est un peu comme la foi – et c’est un athée qui vous parle – je pense que ceux qui la ressente croient l’avoir touchée et les autres ne comprennent pas ce sentiment. Impossible d’en parler. J’ai plus d’amis qui croient en quelque chose que d’amis comme moi et nous n’en parlons JAMAIS. Nous sommes amis néanmoins.
Et puis Léon y va de son in cauda venenum : on n’a pas besoin des AOC. Et surtout pas les consommateurs. Mais il faudrait de vrais contrôles sanitaires : pas des vérifications de la paperasse, pas sur la « traçabilité » des bouteilles, de l’inoxydable des cuves, de la date de péremption du peroxide. Quant un vigneron de l’Hérault – car là c’est criant – rentre en fait sur le quart de sa propriété la totalité de la vendange déclarée, laissant le reste à l’abandon, c’est là qu’il faut faire quelque chose. Quand un viticulteur indélicat ne traite pas, ou quasiment ses vignes, infectant tout le voisinage, c’est là qu’il faut faire qqchose. Quant on arrache toutes les belles vignes de coteau – comme dans mon Roussillon chéri – et tous les vieux carignans, pour laisser en production les bas-fonds fertiles et récoltés à la machine, c’est là qu’il y a problème. Quand la plus grosse coopérative d’un département, endettée jusqu’au cou et soutenue par les fonds publics, dépense des fortunes pour informatiser la cave et mettre des capteurs partout, mais continue à accepter au conquet de réception, au vu et au su de tout le monde, tous les raisins avariés, pourris, oïdiés, eudémisés .... c’est là que cela ne va pas.
La France n’a pas besoin d’encore plus de règlements, d’encore plus d’organismes de gestion. Elle n’a besoin que d’une chose : que la qualité de ses vins, qui est patente, puisse s’exprimer.
Et des centaines de vignerons y contribuent, tous les jours et dans toutes les régions.
Après, l’erreur est humaine et donc excusable. Et la malhonnêteté est humaine aussi, et il faut la traquer. Foutez la paix à Olivier Cousin – que je ne connais pas personnellement – mais empêchez de nuire ceux qui vendent à Gallo (ou à d’autres) pour du pinot ce qui n’en est pas.

Écrit par : Luc Charlier | 24 janvier 2012

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Lorsque qu’on achète des beaujolais et des crus, on ne le fait pas pour avoir un nom sur une étiquette, on achète un terroir, une typicité. L’inao ne peut pas être garant à 100% de celle-ci, ne soyons pas rêveurs...
Ce sont nous les vignerons les garants de la qualité et moi je ne suis pas pour une dictature du goût et je ne suis pas pour non plus la recherche systématique d’un pseudo mauvais goût.
Je pense qu’il y a des grands principes de bases pour la viticulture qui ne sont parfois pas respectés par les opérateurs mais il ne faut pas ce rappelé uniquement d’eux.
Quand on revendique un terroir, il faut le respecter à la vigne et en cave. Je me suis installé il y 4 ans dans le Beaujolais, aujourd’hui on ne peut pas juger le Beaujolais pour ce qu’il à été mais plutôt pour ce qu’il est aujourd’hui et ce qu’il va devenir.

Écrit par : Paul-Henri THILLARDON | 02 février 2012

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