12 décembre 2011
Pancho Campo, Master of Wine et dégustateur discuté
J'ai lu avec attention le compte rendu très argumenté d'Antonio Casado sur sa brève expérience de conférencier au sein de l'équipe de la Wine Academy of Spain, ainsi que ses descriptions des deux principaux personnages en cause dans l'affaire du Jumillagate, à savoir Pancho Campo et Jay Miller.
C'est ICI
Deux choses me choquent, qui dépassent le strict cadre de l'affaire, et qui me semblent mériter ce nouveau billet.
Tout d'abord, il y a la présentation des méthodes de dégustation appliquées par M. Miller, qui ne tiendrait pas compte des températures de service des vins (blancs ou rouges de tous types): voila qui incite à la méfiance quant aux résultats des dégustations; et puis, sa méconnaissance totale des vins espagnols: au point qu'on se demande pourquoi diable Robert Parker n'appointe pas pour chaque pays ou région des gens passionnés par ce pays ou cette région - et même, pourquoi pas, lâchons le mot, des autochtones, des non-Américains.
Ensuite, et c'est au moins aussi interpellant, il y a les appréciations d'Antonio sur les capacités de dégustateur de Pancho Campo, qu'il qualifie carrément de "médiocres".

The proof of the pudding...
Ayant pu déguster à maintes reprises avec Antonio, d'abord dans le cadre d'un concours à Bordeaux, puis dans celui d'un voyage de presse en Toscane, deux occasions où il a démontré sa connaissance des vins du monde, et la précision de son palais (n'a-t-il pas été à l'école de Peñin?), je peux confirmer que ce dernier a le niveau pour en juger. Je lui fais donc confiance a priori.
Ce qui pose une autre question, assez grave, au moins pour ceux qui attachent une importance aux titres et aux formations officielles: comment Pancho Campo peut-il porter le titre de Master of Wine si ses compétences de dégustateur sont aussi peu évidentes?
Si on ajoute la désormais sulfureuse réputation de M. Campo comme homme d'affaires, voila deux bonnes raisons pour le prestigieux Institut de Londres de remettre en cause son appartenance au club si fermé des MW.
Je n'ai évidemment aucune autorité pour trancher le débat et je n'ai jamais rencontré M. Campo - auquel je me dois donc de laisser le bénéfice du doute. J'aimerais tout de même que ce débat ait lieu, non sur la place publique, au café du commerce ou sur des blogs, mais au sein de l'Institute of Masters of Wine.
Or, jusqu'à présent, l'Institut n'a fait aucune communication en la matière, et aucun de ses membres, pas même les plus prestigieux, ne s'est exprimé officiellement, ès qualités, sur le sujet.
Ils devraient pourtant être gênés que l'ombre même d'un doute puisse planer sur la validité de leur diplôme, et l'honorabilité des membres de l'institution.
De deux choses l'une, ou M. Campo a effectivement le niveau requis d'un bon dégustateur et ses activités sont exemptes de toute irrégularité et de tout mensonge - ou bien non. Une enquête diligentée par l'Institut et menée par les pairs de M. Campo permettrait rapidement de le déterminer. Et rappelons que la propriété du titre reste toujours à l'institut, qui peut le suspendre ou le retirer à sa guise.
A défaut d'une telle démarche, on peut craindre que demain, les deux fameuses lettres "MW" accolées à un nom ne suscitent plus le respect, mais la méfiance.
Plus le temps passe, plus les révélations s'accumulent, et plus je me dis que le cas de M. Campo (qui mérite bien sûr qu'on lui donne l'occasion de se défendre) pose des questions bien plus larges et bien plus fondamentales sur le fonctionnement de notre petit monde de la critique vineuse.
10:53 Écrit par Hervé Lalau dans Espagne | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note
| Tags : master of wine, vin, vignoble |



Commentaires
Écrit par : Hervé Lalau | 12 décembre 2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Vincent Pousson | 12 décembre 2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : David Cobbold | 12 décembre 2011
Répondre à ce commentaireil m'est arrivé d'assister à une présentation de vins par une personne qui était Master of wine...J'avoue que je n'ai pas du tout été impressionné par les compétences en vin de cette personne, dont je ne me souviens même pas le nom. Il m'a semblé qu'elle avait une connaissance du vin assez superficielle, en tout cas pas vraiment de ressenti à communiquer. J'avais plutôt l'impression d'être en face d'un bon vendeur qui tentait de fourguer un produit qu'il ne comprend ou ne connaît pas vraiment...J'évite de généraliser abusivement, mais ayant parlé de cette expérience à d'autres personnes travaillant "dans" le vin, j'ai compris que mon expérience n'était pas isolée...Une personne m'a même dit que pour elle, le titre MW était surtout un bon passeport pour des gens qui viennent d'autres métiers, et qui cherchent à vite retrouver une bonne place dans le monde du vin, grâce à un diplôme prestigieux...Encore une fois je ne veux pas généraliser, mais j'ai été surpris par le décalage entre la réputation excellente de ce titre, et ces quelques expériences...Peut-être serait-il utile que d'autres commentateurs donnent leur opinion sur l'impression professionnelle que leur ont laissé des détenteurs de ce titre qu'ils ont pu rencontrer?
Écrit par : Egmont Labadie | 12 décembre 2011
Répondre à ce commentaireOui, c'est d'autant plus étonnant que dans le cas précis de M. Campo, il ne s'agissait pas à l'époque de vagues rumeurs, mais d'une condamnation, qui a été prononcée à Dubai. L'alerte rouge d'Interpol à son endroit a bien été levée quelques mois plus tard, mais sa condamnation, elle, n'a jamais été levée. Quoi qu'il en soit l'IMW n'a pas cru bon de suspendre M. Campo.
Certains de ses membres parmi les plus éminents se sont ensuite rendus à des événements organisés par M. Campo, auxquels ils ont, qu'il le veulent ou non, apportés leur caution morale.
Et aujourd'hui, son comportement (au sujet duquel il peut évidemment se défendre, car il doit bénéficier d'un 'fair hearing') n'est l'objet d'aucune critique ni examen officiel de la part de l'Institut. C'est incompréhensible.
Écrit par : Hervé LALAU | 12 décembre 2011
Répondre à ce commentaireMoi, je n'ai jamais dégusté qu'avec deux MW, je crois, à savoir Jancis Robinson et John Salvi. Deux styles très différents, mais côté compétence et passion du vin, vraiment rien à redire.
Je ne peux pas généraliser non plus, bien sûr.
Écrit par : Hervé LALAU | 12 décembre 2011
Répondre à ce commentaireEt puis avec Arne Ronold, en Italie. Peu expansif (même pour un Norvégien), mais compétent pour autant que je puisse en juger de ses coups de sourcils quand arrivait un beau vin...
Écrit par : hervé Lalau | 12 décembre 2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Vincent Pousson | 12 décembre 2011
Répondre à ce commentaireDecember 12, 2011 at 10:47 pm
Pancho Campo lacks ethics and integrity. If the Institute of the Masters of wine is sincere in its vision as “one of knowledge and integrity”, he should be stripped of his award. He has used his position and title to exploit and misinform.
Écrit par : Hervé LALAU | 13 décembre 2011
Répondre à ce commentairehttp://www.decanter.com/news/wine-news/529599/institute-of-masters-of-wine-investigates-campo
A ce stade, l'institut ne prend pas position, bien entendu, mais note que les allégations sont assez sérieuses pour justifier des investigations. A suivre, donc...
Écrit par : hervé Lalau | 17 décembre 2011
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