19 novembre 2011

Valoriser les bons Cahors

Voici une version réduite d'un article sur Cahors publiée sur le blog des 5 du Vin, que je vous offre, non par paresse, mais dans le but de toucher un maximum de lecteurs. Avec un blog comme celui-ci, je ne gagne rien à faire monter l'audience; mais par contre, quand il me semble important de pouvoir faire entendre certaines idées, notamment concernant la valorisation des vins d'appellation, je me dois de me servir de tous les vecteurs possibles. Maintenant, en route!

Jeudi et vendredi dernier, j'ai pris mes quartiers à la Villa Cahors, le nouvel espace de dégustation des Cahors situé place Mitterrand, en plein centre de la ville. Je suis là à l'invitation de l'Union interprofessionnelle des vins de Cahors, pour déguster quelque 150 Cahors de deux millésimes, 2008 et 2009.

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La Villa Cahors occupe le rez de chaussée d'un belle immeuble de la grande place de Cahors, à l'ombre de Gambetta.

En moyenne, j'ai été rassuré de la qualité des Cahors, de leur personnalité, de leur aptitude à vieillir. 

Plus important que ce qui précède, il y a mon impression très forte que Cahors a un avenir, un grand avenir, qu'il peut se glisser à nouveau parmi les grands noms du vin de France et du Monde... à condition de savoir trier le bon grain de l'ivraie.

Au risque de ne pas me faire que des amis, je suggère à ceux qui vinifient du "Cahors de supermarché", à boire vite et à oublier encore plus vite, et à ceux qui le vendent à des prix trop bas, de sortir de l'appellation. Bien sûr, comme le démontre David, on trouve parfois des vins à 9 euros qui en valent d'autres, proposés à 60. Le prix ne dit pas grand chose de la qualité. Sauf qu'en dessous d'un certain seuil, on peut être sûr de ne pas avoir grand chose dans la bouteille. Pour Cahors, et pour le marché français, 4 euros me paraît vraiment un minimum, compte tenu des rendements autorisés. A moins de vendre à perte, pour écouler d'autres cuvées. Mais qui ferait ce calcul-là? Au delà de la question, importante, de la rentabilité de ces ventes, il y a celle de la crédibilité de l'appellation sur l'étiquette.

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Les dégustateurs à l'oeuvre à la Villa Cahors

Le problème ne touche pas que le marché français, hélas!

L'exemple belge est édifiant: chez Carrefour Market, actuellement, les prix des 3 Cahors présents (un 2008 et deux 2009) vont de 3,69 à 5,25 euros (enlevez les taxes et accises, vous n'êtes pas loin du plancher). Et surtout, la comparaison avec d'autres AOC de la région, tourne nettement à l'avantage de ces dernières: le Madiran (un 2006, s'il vous plaît) est à 6,54 euros et le Saint Mont (2009) est à 4,19. Expliquez moi donc pourquoi on brade le Cahors et pas le Madiran? Et pourquoi on ne laisse pas au premier le temps de se faire afin de le mettre en rayon.

 

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 La tradition à 3,69 euros, accises comprises, c'est pas cher...

Le prix le plus bas est proposé par la Cave de Parnac; c'est sa cuvée Tradition, que l'étiquette électronique de Carrefour persiste à désigner comme "Carte Noire", c'est vous dire comme la GD fait grand cas des désignations commerciales de ses fournisseurs. "Bon sang, Momo, t'as 'cor pas changé le sticker sur l'étiquette électronique!? - Pas grave, chef, c'est la même boîte".

Cette Cave de Parnac, ne l'oublions jamais, a été à l'origine de la résurrection de Cahors dans les années 60 -  grâce ne lui en sera jamais assez rendu. Demandons-nous quand même pour quelle raison bizarre elle continue à vendre ses cuvées d'entrée de gamme à si bas prix, pesant sur les cours de toute l'appellation, alors qu'elle pourrait les vendre aussi bien sous un nom d'IGP. Ou même en Vin de France, vu la notoriété de la marque Carte Noire. Sans compter qu'elle pourrait même au passage alléger les contraintes de ses coopérateurs: leurs plafonds de rendements seraient considérablement augmentés.

Tout le monde en profiterait.

Les petits apporteurs de la coopérative, qui, à 80-90 hectos à l'hectare, amortiraient mieux leur frais qu'à 50.

Les vignerons vendant en vrac au négoce, qui verraient le cours du Cahors remonter.

Les caves particulières, qui se situent dans une autre logique, plus qualitative, mais qui peinent à affirmer leur différence quand au sein d'une même appellation, avec la même "garantie objective de l'AOC" les prix varient de 1,2 à 60 euros. Imaginons que le prix le plus bas de l'appellation remonte, ne serait-ce qu'à 5-6 euros. C'est toute l'image de Cahors qui en serait améliorée.

Il y a bien sûr d'autres perspectives, comme la mise sur pied d'une hiérarchie de crus. On en parle depuis longtemps, même si cela n'avance pas trop. Pourquoi pas? C'est une piste.

 

Madiran.JPG

Bien rares seraient les consommateurs belges qui citeraient Madiran dans une liste des grands vins de France. Bien moins nombreux que pour Cahors, en tout cas. Et pourtant, c'est Cahors le moins cher, chez Carrefour Belgium...

Mais ne trouvez-vous pas qu'avant de se demander où sont les meilleurs terroirs, il conviendrait d'abord d'élaguer de l'arbre AOC les vins de ceux qui, bon terroir ou pas, s'inscrivent de toute façon dans une logique de volume, produisent des vins passe-partout et pour lesquels énoncer le concept de lien au terroir est plus qu'un abus de langage: une cahade - pardon, une cagade.

 

Je ne sais pas s'il se trouvera un jour une majorité à Cahors, parmi les vignerons, pour voter des mesures de production plus restrictives de nature à écarter des vins visiblement, buvablement non typés. J'ai mes doutes.

Alors je pense que cela devrait venir des gros opérateurs eux-mêmes, de la Cave de Parnac, d'Advini, de Vigouroux et consorts. Ils se grandiraient s'ils renonçaient d'eux-mêmes à utiliser le nom de Cahors pour des cuvées pas chères qui, je le répète, qui se vendraient tout aussi bien sans la mention. Il leur resterait bien assez de vins de domaines pour continuer à se réclamer de l'ancrage cadurcien!

Si la réforme européenne de d'OCM vin a un seul mérite, avec la mise en place des IGP et des vins sans indication d'origine, aux contraintes abaissées,

- primo, de faciliter l'élaboration de vins pouvant concurrencer les premiers prix du Nouveau Monde sur les marchés tiers;

- et secundo, de pouvoir éliminer ces mêmes vins des appellations.

Encore faut-il, bien sûr, que ceux qui ont pris (à tort) l'AOC comme un levier commercial et rien de plus, acceptent cette nouvelle voie.

Cette réflexion, je me la suis faite il y a bien longtemps. Mais nulle part, peut-être, autant qu'à Cahors, je n'en ai ressenti l'urgence. Il est grand temps qu'un nouveau jour se lève sur Cahors. La réappropriation du malbec par la région qui l'a vu naître, la mise en avant du Black Wine, tout cela était bien vu et bienvenu, car cela a refait sortir Cahors de l'oubli. Mais il s'agit à présent de préserver le contenu de la mention.

Messieurs les gros faiseurs, laissez vivre les producteurs de Cahors, laissez les faire fructifier leur appellation, laisser les profiter de leurs efforts de qualité! Pensez collectif! En plein Sud-Ouest, pays de Rugby, c'est bien le moins que vous puissiez faire, non?

 


00:05 Écrit par Hervé Lalau | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : cahors, aoc, valorisation |

Commentaires

Ce genre de pratiques de la GD me fait vomir !
J'ai rencontré récemment un producteur de l'Hérault qui m'a conseillé d'aller acheter son vin en GD car ils le vendait à 5.50€ au lieu de 9.00€ au domaine !
Qu'on vienne encore me dire que des producteurs ont besoin de la GD pour vendre ! Oui sans doute mais ce n'est qu'une vision à court terme du commerce !

Écrit par : Vinodis | 19 novembre 2011

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Tout à fait.

Écrit par : Hervé LALAU | 19 novembre 2011

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C’est la faute à Leclaire, c’est la faute à Hippeau

N’y allez PAS, dans la GD, au lieu de vous lamenter.
Le fromage n’est souvent pas fameux, et bien plus cher que chez l’affineur.
La charcut. (pleine de SO2 et de nitrites) coûte la peau des couilles dans ses emballages en plastique. Les fruits et légumes sont rarement mûrs et le bio n’est pas bio.
Le vin est à chier !
N’y allez pas, camarade ! N’y allez pas, bourgeois !
N’y allez pas, mes amis et toi, ma mère !

Oui, je sais, j’y vais une fois par semaine au moins : la HONTE.
Pourquoi ? Pâtes, PQ, lessive et .... le poisson, car il est frais le vendredi (parfois même le jeudi soir).

N’y va pas, Luc ! Mais ce n’est pas facile d’être vertueux.

Écrit par : Luc Charlier | 22 novembre 2011

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