30 octobre 2011

Robert Parker n'aime guère les blogueurs

Pour Wine Business International, mon excellente consoeur Suzanne Mustacich a interviewé Robert Parker himself.

Le grand Bob s'y montre assez expéditif. A croire qu'il avait une casserole sur le feu ou des cookies dans le four.

Une question de Suzanne en particulier retiendra l'attention des journalistes et blogueurs de vin: "Prévoyez-vous une évolution du rôle du critique vineux dans l'avenir?"

La réponse de Robert Parker tient presque de la parabole:

"Il y a deux écoles dans la critique ou la littérature vineuse:

1) Le professionnel payé qui est habituellement indépendant et bien formé;

2° Les blogueurs qui offrent leur avis gratuitement, et qui, pour la plupart, manquent de sérieux et de professionnalisme".

Le prophète américain oublie une troisième catégorie: les journalistes-blogueurs, comme moi. Mais ce n'est qu'un détail.

Le plus embêtant, c'est que toutes ses affirmations (ou dois-je parler de préceptes?) peuvent être contredites.

Indépendants, les journalistes professionnels payés? Qui choisit les sujets? Pourquoi a t-on plus de chance de pouvoir passer un papier sur les crus du Médoc que sur les Côtes du Brulhois ou sur Ribeiro?

Bien formés? Par qui? Comment? Suffit-il d'avoir la carte de presse? Faut-il être syndiqué? La meilleure formation, c'est de déguster souvent et longtemps, de se documenter... et accessoirement de savoir écrire.

Au fait, Robert Parker classe-t-il les sommeliers qui écrivent parmi les critiques professionnels? Et les consultants? parce que pour ce qui est de l'indépendance dans l'écriture...

Quant à dire des blogueurs qu'ils manquent de sérieux et de professionnalisme...

Primo, ils sont tellement nombreux qu'on ne peut pas les mettre tous dans le même sac. Essayez un peu, rien qu'avec Olif et Nicolas de Rouyn...

Secundo, ceux qui sont sérieux sont très sérieux, et le plus souvent plus indépendants que les professionnels.

Quant à regretter qu'ils ne soient pas professionnels... mais c'est justement la définition du blogueur, et tout l'intérêt de la chose.

En résumé, M. Parker, vous enfoncez des portes ouvertes. Et avec l'âge, il semble que vous devenez de plus en plus péremptoire. Ce n'est pas parce que vous dégustez plus vite que votre ombre (et plutôt bien, à ce qu'on dit) que ça vous donne le droit de juger de manière si manichéenne des gens que vous ne connaissez même pas. Vous lisez souvent ce blog? Celui d'Hervé Bizeul, alors? Votre français laisse à désirer? Vous lisez donc celui d'Andrew Jefford, peut-être? Ou celui de David Cobbold? Ou celui de Lincoln Siliakus? Non plus?

C'est dommage pour vous.

Et pour nous. Parce que pour le peu que j'ai lu de vous (je veux dire, de votre main), je pense que vous n'avez pas fait que du mal au vin. Il vous est certainement arrivé d'être sérieux et professionnel, voire indépendant.

Vous voyez, moi aussi, je peux écrire n'importe quoi.

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Etats-Unis, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : parker, blog |

Commentaires

Bonjour Hervé,

la dégustation du vin est, avant tout, une école de modestie (il arrive à tous les critiques - même à Robert PARKER - de se tromper) et de tolérance ( mon voisin a le droit d'aimer les vins que j'aime moins).

Hélas, il arrive souvent qu'à force d'être admirés ou lus certains critiques (professionnels ou blogeurs) finissent par manquer de l'une et/ou l'autre de ces qualités essentielles !.

Il reste qu'avant de pouvoir critiquer le vin , il faut s'y connaître et donc avoir beaucoup dégusté. ll faut aussi ne pas avoir de préjugés et garder une forme de curiosité intellectuelle. Sans avoir la pratique d'un vigneron, il faut au moins savoir comment on élabore du vin.

Si on déguste sur place, il faut essayer de rester objectif, même si la vigneronne est très jolie ou si le repas du vigneron était particulièrement réussi.

Hervé, toutes ces qualités vous me semblez les posséder. C'est pourquoi j'espère avoir encore longtemps le bonheur de vous lire.

Écrit par : philippe du Bois d'Enghien | 30 octobre 2011

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Le jour où le peuple a appris à lire et à écrire, les prêtres ont beaucoup perdu de leurs pouvoirs.
Néanmoins, comme en tout domaine, il faut des maîtres qui nous enseignent. Avec le temps, chacun acquiert alors les possibilités de relativiser cet enseignement et peut même commencer à écrire sans que cela passe pour des inepties.
Bref, de la mesure en tout.

Écrit par : mauss | 30 octobre 2011

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Qu’est-ce que « bien déguster » ?
Qu’est-ce que « bien écrire » ?


Il est certain que pour apprendre à déguster, il faut deux choses : (i) beaucoup déguster – au moins pendant quelques années, après, on a ses « repères » - (ii) le faire avec des gens pour vous guider, vous montrer. Apprendre, donc. Je ne pense pas qu’il faille un talent spécial, sinon une faculté de concentration, d’attention.
Pour apprendre à écrire, il faut d’abord un talent, ensuite avoir eu la chance de naître à un moment où cela se pratiquait encore ... à l’école. Enfin, il faut des gens qui vous critiquent, vous corrigent, donc au minimum vous lisent. Il faut aussi ... aimer le faire.
Moi, les gens qui m’ont donné mes premières « leçons », alors que je dégustais déjà depuis longtemps, ce fut Robert Goffart, Herwig Van Hove, Willy Bizet, Eric Boschman (sisi, sans le savoir), François Peyraud (Tempier), Robert Michel (à Cornas), Jean-Pierre Gilg (à Mittelbergheim), João Almeida (Ramos Pinto) et Dirk van der Niepoort, Egon Müller, Carl von Schubert, et ce fut Achille Pascal (Le Galantin), en silence ! Maintenant c’est ... tout le monde : j’aime écouter les avis des gens sur le vin.
Mes premières leçons d’écriture, vraiment, ce fut mon père – qui critiquait tout et toujours, à l’excès - et surtout mon grand-père, helléniste distingué avec qui je « répétais ». Ce fut Monsieur Orloff, un prof. de français que je n’aimais pourtant pas, et surtout Jean Rummens, mon regretté professeur de grec. Lui, je l’ai toujours adoré.
Bon, certains diront que je ne sais ni déguster ni écrire.

Et il abandonna aux chiens l’exploit de le juger ..............

Écrit par : Luc Charlier | 30 octobre 2011

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Oui, Luc, c'est la bonne question. J'y reviendrai.

Écrit par : Hervé LALAU | 30 octobre 2011

Robert a-t-il oublié qu'il a été lui aussi amateur ?

Écrit par : Michel Smith | 30 octobre 2011

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Les expressions "habituellement" en ce qui concerne les pros et "pour la plupart" en rapport aux blogueurs sont cléfs. Le reste me semble de la masturbation mentale sur ce qu'il n'a pas dit.

Écrit par : 1ppy | 31 octobre 2011

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Pour ma part, qu'il aime ou pas les blogers ne me fait ni chaud ni froid.
Ses avis sur les vins....je m'en tape tout aussi allègrement.
La raison est bien claire: "Quelle est la valeur statistique du résultat d'une dégustation sur une bouteille or sur une barrique par rapport à un millésime, sur tout un domaine....? ...RIEN GRAND CHOSE!
Je préfère une évaluation sur un domaine, basée sur une suite de millésimes, comme le fait par ex Bettane.

Écrit par : Gosselin Jean Noël | 01 novembre 2011

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Poudre aux yeux

Un domaine qui se respecte homogénéise sa mise. Cela veut dire qu’à UNE étiquette correspond un seul produit. On comprendra que c’est impossible quand il y a des centaines de milliers de bout. du même vin. Si en plus on a opté pour des capsules à vis, et que le vin a été entreposé dans un seul et même endroit, il me semble qu’UNE SEULE bouteille doit pouvoir être représentative du cru en question. C’est en tout cas MA conception du respect du client/amateur.
Quant à l’appréciation « sur une suite de millésime » - et l’exemple cité va dans le sens de ma démonstration, n’est-ce pas, Hervé ? – il est le plus susceptible d’être soumis à l’influence du copinage, des préjugés et a priori du dégustateur, de bakchihs .....
Pour la dégustation « à la barrique », elle ne sert qu’à une chose : se concilier les faveurs de celui qu’on invite à le faire. Il se sent « important » - qu’il soit professionnel ou amateur cajolé – puisqu’il a pu déguster avec le patron (ou le maître de chai, ou le responsable export), à l’inverse du commun des mortels. Que du bluff, que du pipeau ! La plupart des gens sérieux veulent goûter un vin fini, de préférence une mise définitive.

Écrit par : Luc Charlier | 01 novembre 2011

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@ Léon (Luc): d'accord avec toi ! La prochaine fois que je me pointe chez toi, tu as intérêt à me faire goûter ta tambouille "à la casserole", histoire que je me sente "important".

Écrit par : Michel Smith | 01 novembre 2011

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La représentativité d'une bouteille versus une production...je dois avouer que ça m'a tjs interpellé ?
...comme tu dis Luc,sur une petite parcelle, une production limitée OK mais sur les 15Ha d'un Chateauneuf ou les 40 Ha d'un Cru classé du Médoc ...là l'homogénité, je n'y crois plus de trop...!!

Écrit par : Gosselin Jean Noël | 01 novembre 2011

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