26 septembre 2011

Au Nord, c'était le Szauwerwy

Nous ne nous étions pas revus depuis Vinea. Laurent Probst (Vins Confédérés), Olivier Grosjean (Le Blog d'Olif) et moi nous sommes retrouvés par le plus grand des hasards, la semaine dernière, lors d'un voyage de presse au Szauwerli. Une première pour tous les trois.

Un peu d'histoire

Vous avez dit "Szauwerli"? Cette ancienne république autonome de l'URSS, indépendante depuis peu, se trouve sur les contreforts de l'Oural, au niveau du 72ème parallèle, et son vignoble est donc un des plus septentrionaux du Monde. Autre particularité: elle est essentiellement peuplée d'Allemands de la Volga, les Tartriks (déportés là du temps de Staline). Plus étonnant encore: on y trouve également une petite communauté de Jurassiens français, venus à l'instigation de Louis Pasteur, qui s'est rendu plusieurs fois au Szauwerli à la fin du 19ème siècle pour un cycle de conférences sur la fertilité. Malgré leur petit nombre, l'influence de ces "Zhurassniks" est réelle, surtout dans le secteur du vin. Ils occupent également des places importantes dans l'administration et la politique locale. Les deux communautés cohabitent assez harmonieusement, malgré (ou à cause de) la barrière de la langue.

carte_Russie_Oural2.jpg

Les contours du Szauwerli ne figurent pas encore sur cette carte datant d'avant l'indépendance

 

La petite république, grande comme le Costa-Rica et le Luxembourg réunis, ne produit qu'un seul vin. Mais quel vin! Le fameux Szauwerwy est en effet le vin le plus acide au monde. Cette acidité est d'ailleurs à la base de sa longévité.

Une question de maturité

Pour assurer la sousmaturité propice à l'obtention de vin à fort potentiel de garde, les vignes sont plantées au revers des coteaux, dans des zones à l'abri du soleil. La région bénéficiant par ailleurs  d'un déficit d'ensoleillement naturel (812 heures de soleil par an relevées à la capitale, Skorb), ces vignes d'adret présentent des conditions idéales pour un cycle court de la plante, qui puise dans le sol à forte teneur en micaschistes la lumière réfléchie des étoiles. le vignoble compte actuellement 1120 ha, répartis entre 41 vignerons. 40 d'entre eux, représentant 12 ha, sont affiliés à la coopérative de Grössny, la petite capitale du vignoble szauwer.

L'autre domaine appartient au Docteur Gröss, le Maire de Grössny, également Président de l'Office National  de la Vigne et du Vin, et fondateur de l'Amicale Trans-jurassienne, qui avait organisé le voyage. J'en profite pour remercier le Docteur et toute sa famille pour leur excellent accueil.

Deux qualités

Un peu de technique viticole : le mode opératoire est ici assez original. Le vigneron szauwer vendange vert au sens strict du terme, en fonction de la dureté des baies. Pour estimer le degré de sous-maturité,  on utilise ici, non pas un réfractomètre, mais un casse-noix en cuivre, le Nuuskrëk. Dans les années exceptionnellement chaudes, l'ajout d'acidité est autorisé, à concurrence de 50g par litre. Cet ajout se fait traditionnellement par l'incorporation au moût de la Szauwerlikor, un concentré de jus de citron où ont été préalablement macérés des feuilles d'artichaut et des zestes de kaki, additionnés d'un peu de lait de chèvre rance. 

Une qualité spéciale, le Gruh-Spehtszauwerli, est réalisée à partir de raisins exceptionnellement récoltés à maturité, avec un pourcentage de 30% minimum de raisins gris-nobles (Gruh-Edältruhbe), touchés par la pourriture grise.

Le pourcentage des baies grises (30%, 50%, 80%) détermine la catégorie du vin: 3 Pourynios, 5 Pourynios, 8 Pourynios.

Mais cette spécialité est relativement rare, et assez peu appréciée des locaux, qui raillent son côté "roubyniolos" ("efféminé"). On l'utilise plutôt dans les moutardes, à l'instar de notre verjus.

acidité,vin,vignobleLaurent Probst et Olivier Grossjean au Fesztival des vins de Grössny

 

La dégustation

Laurent, Olif et moi avons pu participer à une verticale de deux millénaires de la maison Gröss, de Zsüra (à  trois kiomètres à l'Est de Grössny - terroir argilo-volcanique). 

Voici mes notes:

-Gröss 1612 "Tarass-Bulba" (cépage Pamur): Notes kaki sous la robe brune. Mais quelle vivacité! Rrrh! Le vin du réveil par excellence. A attendre.

-Gröss 1066, Cuvée Wilhulm (cépage Touszour-Pamur, une mutation du précédent). Urgzh!, comme disent les Grössniks. Encore du fruit sous l'acidité, quand même. Citron jaune, citron blanc. Gros potentiel.

-Gröss 800 "Karlovy" (cépage inconnu): Un vin très franc, sans concessions, sans fioritures. Attention aux chaussures tout de même.

La dégustation s'est poursuivie dans les allées du Fesztival International des Vins de Grössny, en l'agréable compagnie des trois filles du Docteur Gröss.

En résumé, ce voyage a été pour nous comme un retour aux sources de la vivacité.

Et comme on dit à Skorb: "Szauwer stërk". Taducyion libre: "toute l'acidité qui ne te tue pas te rend plus fort".

Plus d'info: Office de Tourisme de la République Démocratique Acidique du Szauwerli, www.rdas.urgh

00:06 Écrit par Hervé Lalau dans Histoire, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (25) | Envoyer cette note | Tags : acidité, vin, vignoble |

Commentaires

Tu as oublié de mentionner l'autre grande spécialité du Szauwerli, le Vin jaune caca d'oie, qui séjourne dans un fût en vidange pendant 150 ans, jusqu'à prendre une magnifique couleur "caca d'oie", avant d'être embouteillé dans un contenant spécifique de 6,2cl. Les anges sont gourmands, à ce niveau de non ouillage!

Écrit par : olif | 26 septembre 2011

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C'est vrai, un oubli fâcheux. Le Szauwerwy a fait des trous dans ma mémoire.

Écrit par : Hervé LALAU | 26 septembre 2011

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On vous a berné, le Jhône séjourne en bidon de vidange, c'est ce qui lui donne sa belle couleur proche de l'ambre rechercher pour la fabrication des bouchons de bonde

Écrit par : Marc Vanhellemont | 26 septembre 2011

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Ah, le bouchon de bonde, un régal! J'en parle à mon proctologue.

Écrit par : Hervé LALAU | 26 septembre 2011

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merci pour cet excellent reportage Hervé.
Rentrer chez soit avec des souvenirs acides plein la tête et l'estomac est une nouveauté pour moi.

Dans ton texte j'ai relevé toute petite erreur :

la dégustation n'a pas eu lieu à pas la maison Gröss, mais dans la maison Khâm à Zsüra.
Un beau voyage, en bonne compagnie, mais de là à dire que tous ces vins étaient jouissifs ...je ne franchirais pas ce Rubicon-là.

Laurent

Écrit par : laurentp | 26 septembre 2011

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Khâm, c'est à Szütra, je pense. Ma maîtrise du Szauwersprök est approximative. Au plaisir de te revoir, l'ami!

Écrit par : Hervé Lalau | 26 septembre 2011

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Natacha, la fille du Dr Gröss, remercie Olif pour son petit cadeau et nous précise que son père vient d'être désigné comme ministre de la Santé du Szauwerli.

Écrit par : Hervé Lalau | 26 septembre 2011

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J'en profite pour demander ici aux ampélographes s'ils pourraient m'envoyer une monographie sur le cépage Tuszour-Pamur, que je n'ai pas trouvé dans le Galet. Pourtant, nos amis Szauwer m'affirment qu'il est d'origine française.

Écrit par : Hervé LALAU | 26 septembre 2011

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Pour une monographie je ne sais pas, mais il y a cette journaliste polonaise (qui prenait du Karlovy au ptit-dèj.) qui a fait plein de photos de la collection ampélographique :

Son mail : anna.serrsky@vitispherik.pl

Écrit par : laurentp | 26 septembre 2011

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Vitispherik, j'adore.

Écrit par : Hervé LALAU | 26 septembre 2011

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A quand une réele étude mammographique de cette région si peu explorée par nos sexperts ?

Écrit par : David Cobbold | 26 septembre 2011

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Je demande illico à Luc, qui connais bien Noël Mamère, je crois.

Écrit par : Hervé Lalau | 26 septembre 2011

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Voila donc où les nouveaux vinificateurs du Sud (ceux de Matassa ou de Terroir Al Limit entre autres…) ont fait leur apprentissage; grâce à eux, le Nuuskrëk a pu être adapté au grenache et au carignan!

Écrit par : Vincent Pousson | 26 septembre 2011

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c'est quoi la date de l'article au juste au guste ?

Écrit par : eric | 26 septembre 2011

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Ben on sait plus trop, avec tout ce tartrique

Écrit par : Hervé LALAU | 26 septembre 2011

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A propos, David, les Indous ont le sexe tantrique, au Szauwerli, on a le sexe tartrique.

Écrit par : Hervé LALAU | 26 septembre 2011

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Dans le genre "Szauwerli", nous avons eu la chance (!?!) cet été de goûter l'onéreux et branché LILLEØ, un blanc danois qui fleure bon le sauvignon bas de gamme, rehaussé d'une pointe de riesling levuré et c'est déjà une icône dans le mundillito des vrais snobs du vin; les sommeliers de pointe Copenhague, nouvelle Mecque de la gastronomie se régalent de ce "vin naturel".
( http://www.facebook.com/photo.php?fbid=2087385817150&l=119703e9ac )
Un des secrets de cette pure merveille, c'est son cépage principal un merveilleux hybride [Merzling × (Sapéravi Severny × Muscat ottonel] obtenu en 1975, le Solaris. C'est peut-être ce qui lui confère cette remarquable fin de bouche, une des plus courtes que j'ai jamais goûtées et ce délicieux côté aqueux (plus de renseignement ici sur le ou la Solaris FR 240-75: http://fr.wikipedia.org/wiki/Solaris_%28c%C3%A9page%29 ).
Le prix est évidemment à la hauteur d'une bouteille de ce niveau, on se l'arrache autour des 600/700 couronnes (+/- 90€) dans les restaurants bobo de Copenhague.

Écrit par : Vincent Pousson | 26 septembre 2011

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Ben quelle chance vous avez! J'espère qu'on le trouve dans le meilleur restaurant de Copenhague et du monde (dixit San Pellegrino), comment déjà, le Limona?

Écrit par : Hervé Lalau | 26 septembre 2011

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La personne qui nous l'a ramené nous a dit effectivement l'avoir goûté au Noma même si je ne l'ai pas moi-même vu sur la carte de ce nouveau temple du san-pellegrinisme electroluxien…

Écrit par : Vincent Pousson | 26 septembre 2011

Pour ce qui est d'ailleurs de ce classement tragi-comique des "meilleurs restaurants du Monde", il est d'ailleurs intéressant de consulter sa liste de "partenaires" : http://www.theworlds50best.com/partners

On remarquera par exemple que "Foods & Wines from Spain" y figure en bonne place; n'ayant pas mauvais esprit, je n'ose pas y voir de lien avec une éventuelle sur-représentations des tables espagnoles dans le classement…

Écrit par : Vincent Pousson | 26 septembre 2011

Merci Laurent, Hervé et Olif pour la vôtre mention et la vôtre présence à Szauwerli ! La Nantaise Lulu a acheté à moi collection d'ampélographiques estampes et fait tarif d'ami pour les amis de Lulu dont je crois vous êtes. Si difficile retrouver maison Lulu, suivrez les rouges volets après la halle de Cracovie...

Amicalement,
Anna

Écrit par : Anna Serrsky | 26 septembre 2011

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Délicieuse petite madame Anna, la beauté de vous a illuminaté séjour vôtre au Szauwerli comme aurore boréale sur sommets vertigineux de notre Oural. Au point que raisins cette année avance de 10 jours ont pris. Aussi avance moi je fais et ose dire à vous revenez et savoureusement très vite!

Respectueusement;

Prof. Dr. Gröss-Filoud

Écrit par : Prof Dr Gröss | 26 septembre 2011

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Et bien, Anna, vous avez un admirateur à Skorb. Hic.

Écrit par : Hervé Lalau | 26 septembre 2011

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@ David. A propos de Mamère, je me demande s'il n'y a pas un plant de ce nom?

Écrit par : Hervé LALAU | 26 septembre 2011

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ici en Suisse, nous avons le Plant Robert, mais il n'a rien de mammaire à ma connaissance.

bises à toutes les Anne du monde longiligne et spérik !

Laurent

Écrit par : laurentp | 26 septembre 2011

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