16 août 2011
Clos La Coutale
Souvenirs souvenirs. Au début des années 1990, la revue belge pour laquelle j'officiais alors (paix à ses cendres) m'envoyait dans le Sud-Ouest à la découverte de quelques appellations de la région. Fronton, Gaillac, Buzet, Brulhois, La Villedieu, Cahors. Comme Français, j'étais censé avoir une certaine culture du vin; mais je peux bien vous l'avouer à présent, si je connaissais un peu la Bourgogne et l'Alsace, par tradition familiale, j'ignorais à peu près tout du Sud Ouest, mis à part quelques flacons de Triguedina dégustés chez un oncle oenophile.
Mais c'est devant le mur qu'on voit le maçon, et je me mettais bravement à la tache.
Parmi les vins qui restent gravės dans ma mémoire, de ce mémorable voyage, il y a un Cahors, bu un midi avec M. Tranier: un Clos La Coutale 1982. Je me rappelle encore l'impression de plénitude que m'avait laissée ce vin. Ses tannins soyeux, son boisé noble - à l'époque, je ne sais trop pourquoi, le boisé avait encore quelque chose de noble. Peut-être parce que ça coutait assez cher; peut-être parce que c'était encore réservé à une certaine élite parmi les vins. M. Parker était bien loin de Cahors!
Mais qu'est-ce qui me pousse aujourd'hui à vous parler de ces temps révolus?
C'est que je viens d'acheter une bouteille de Clos La Coutale 2009, histoire de me rafraichir la mémoire (et accessoirement, le gosier).
Résultat de l'exercice? Contrasté.
Vous me direz que 2 ans, pour un beau Cahors, c'est un peu jeune. Oui, mais c'est tout ce qu'il y avait en rayon dans mon Casino local. La Coutale a sans doute des problèmes pour stocker ses vins.
Attention, ce n'est pas que j'ai été déçu du vin. Voila un Cahors soyeux, agréablement fruité, raisonnablement long en bouche, buvable, à défaut d'être très charpenté. Oui, mais j'ai été déçu de la comparaison avec le 1982. Dans mon souvenir, c'est un peu comme dans l'enfance, tout me semblait plus grand, plus beau, plus large.
Mais ce n'était pas que cet effet de recul, le souvenir enjolivé. Je ne crois pas, du moins. C'était un autre vin. Flatteur, certes, mais moins complexe.
Toutes choses étant égales par ailleurs (et elles ne le sont évidemment jamais, surtout que le merlot envahit les cuvées dites modernes à Cahors), pas mal de malbecs argentins m'ont laissé une plus forte impression à Mendoza en mai que ce Cahors-là. Et même des vins du même âge ou à peu près.
D'habitude, j'aime à dire que je préfère l'original à la copie, mais là, j'ai comme un doute. Cahors est-il toujours à la hauteur de sa réputation? Est-il toujours le temple du cot, de l'auxerrois, du malbec? Ou bien la tendance de faire des vins plus souples, plus faciles à boire et à vendre jeunes, aussi, a-t-elle changé la donne? Difficile à dire sur la foi d'une seule bouteille, aussi prendrai-je le temps d'en déguster d'autres, si possible, un peu plus âgées.
Dans cet espoir, veuillez agréer, mesdames, messieurs, mes cadurciennes salutations.
00:21 Écrit par Hervé Lalau dans Argentine, Fromages, Sud-Ouest | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note
| Tags : vin, vignoble, sud ouest, cahors, coutale |



Commentaires
Plus récemment :
La Coutale 2005 ne m'a pas laissé un grand souvenir (mais je ne suis en général pas très fan des vins de Cahors, souvent rugueux, parfois secs).
Sur ce millésime généreux (et dans le cadre d'une dégustation à l'aveugle de vins étrangers), on peut vraiment penser à un malbec argentin.
La Coutale 2006 n'est pas trop mal, évitant du moins, à l'instar du 2005, le piège des cuvées boisées et bodybuildées de l'appellation.
Je te recommande de goûter le traditionnel Clos Siguier, au prix angélique.
Tiens, je participerai au concours des vins de Fronton ce samedi (je préfère très largement les rouges de Fronton aux rouges de Cahors).
Écrit par : laurentg | 17 août 2011
Répondre à ce commentaireJe vais faire un commentaire qui paraît idot à première vue, Laurent. Certains continueront d’ailleurs à le trouver tel même après avoir lu tout mon billet : il faut vivre dangereusement !
Allez, on y va : « Et moi, c’est l’inverse, j’aime pas trop les Fronton et kiffe le Cahors ! ».
J’admets que cette information, comme la tienne d’ailleurs, ne doit pas passionner les foules.
Mais en fait, ce qui fait que tu écris des posts, et moi quelquefois aussi, et qu’on lit ceux des autres, c’est justement qu’il y a une confrontation d’avis divergents et que nous sommes des passionnés de vin. Les blogs où « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil » ne présentent aucun intérêt et sont pourtant la grosse majorité. Ils consistent à s’envoyer mutuellement des fleurs.
Je vais te dire ce qui ME gêne à Fronton et ce qui ME plaît chez les Cadurciens, en admettant que, comme toujours, on peut trouver des exceptions à ce que je décris.
A Fronton, le sol est de la terre agricole (maïs, céréales, tournesol, pâturages, vergers), plate comme la main, humide et les rendements sont spontanément énormes. Les cépages, sorti de la négrette qui n’est certainement pas dominante dans les rouges même si je sais que l’AOP prévoit 50 % minimum, font tous beaucoup mieux ailleurs. On y mélange d’ailleurs allègrement les cultivars « atlantiques » (cabernet p.e.) et les cultivars de soleil (syrah), ce qui n’est jamais « mon » truc (mais cela peut se discuter). Le bois améliore les vins qui s’en sortent le mieux, grâce à cet artifice. Et Toulouse boit tout ce que Fronton produit, ce qui est la raison d’être de ce vignoble. En plus, c’est moche. Bon, voici un constat sans modération, mais sincère.
A Cahors, il existe au moins deux types de sols différents, et les sommets de Causse sont formidables. Il ne pousse quasiment rien d’autre (sauf dans les zones un peu plus humides où les chênes se sentent bien, ainsi que d’autres essences intéressantes). La calcaire est une grandissime roche viticole (NB : je n’en possède absolument pas chez moi). Le malbec – côt si tu préfères – y reprend du terrain et c’est YOUPPIE. Je t’accorde que le tannat n’appartient pas réellement à la zone méditerranéenne, mais il est peu présent et le merlot diminue dans les bonnes cuvées. Il existe beaucoup de cuvées haut de gamme où le bois neuf ne prend aucune place. Il existe enfin au moins ... (je ne veux pas dire de chiffre) très bons vignerons, et même les « gros riches » (Seigneurs du Cahors et autres) qui – tu l’as compris – ne sont pas trop en odeur de sainteté chez Léon, proposent de très jolies choses (pas tout, on est d’accord). Pour finir, ce Quercy-là, qu’est-ce que c’est beau ! Ceci est un constat tout aussi sincère, et qui souffre de peu de contestation possible, ce me semble.
Allez, j’attends qu’on me démolisse ! A mi me gusta el vino de Cahors, hombre !
Écrit par : Luc Charlier | 17 août 2011
Répondre à ce commentaireTon enthousiasme est communicatif et tes arguments recevables.
Mais les textures et surtout les finales de ces vins de Cahors à base d'Auxerrois me gênent, souvent (exception notable avec le remarquable Triguedina 1967 bu avec Baldès).
Écrit par : laurentg | 17 août 2011
Répondre à ce commentaireMaintenant, pour te mettre tout-à-fait à l’aise, je connaissais très bien les Vigouroux de Campsas (mais un peu aussi la famille homonyme sur Cahors), et j’ai éclusé pas mal de Bellevue-la-Forêt à l’époque où n’existaient qu’eux, et de Montauriol (Tournez les hélicos !).
Quand même, vive le Clos de Gamot !
Tu sais, un jour, tu me feras goûter ton Fronton préféré, et je sortirai un bon Cahors : je pense qu’on se fera mutuellement plaisir. Et quand viens-tu déguster un peu de Côtes du Roussillon ou de Maury ? C’est encore tellement meilleur.
Écrit par : Luc Charlier | 17 août 2011
J'ai prévu de participer à un repas dégustation au CLos de Gamot bientôt (verticale complète).
Écrit par : laurentg | 18 août 2011
Répondre à ce commentaireNon, vraiment, j'ai un peu de mal avec ce goût vespéral, sylvestre, automnal de l'auxerrois.
Écrit par : laurentg | 19 août 2011
Répondre à ce commentaireL'Union Interprofessionnelle du Vin de Cahors vous invite à venir déguster 80 à 120 vins de Cahors quand vous le souhaiterez, et ce dans nos nouveaux locaux :
- Centre de recherche et d'expérimentation d'Anglars Juillac
- ou Villa Cahors Malbec
Car il est bien sûr impossible de généraliser ou d'extrapoler au sujet
d'une appellation toute entière à partir d'un seul vin dégusté.
Au plaisir de vous accueillir, car Cahors n'a jamais fait aussi bon depuis
sa renaissance en 1971, et ce en renouant justement avec sa vraie
identité, liée à sa couleur noire, au malbec et au terroir !
A très bientôt,
Cordialement,
J. ARNAUD, UIVC
Ps 1 : Le 1970 du Clos la Coutale est actuellement exceptionnel. 1 magnum encore disponible au restaurant le Balandre à Cahors.
Ps 2 : Jacques Tranier n'a jamais été directeur de l'Interprofession
cadurcienne, mais a dirigé le Comité Interprofessionnel des Vins du
Sud-ouest, dont l'UIVC n'a jamais fait partie mais avec laquelle nous
collaborons parfois.
Écrit par : ARNAUD | 20 août 2011
Répondre à ce commentaireTu verras, notre Hervé va se pointer.
Euh, si c’est après mes vinifs – j’habite à 300 km – est-ce que je peux venir aussi, et un ami journaliste qui vit en Lomagne ?
Ici, on vinifie surtout du grenache et du carignan, mais l’auxerrois me plaît aussi bcp.
Écrit par : Luc Charlier | 21 août 2011
Il vaut mieux éviter (les tannins le plus souvent, la sécheresse, parfois).
Prévoyez une bonne semaine sur place.
Écrit par : laurentg | 23 août 2011
Répondre à ce commentaireCertains s’y essaient, on l’a tous fait un jour ou l’autre. Mais je te concède que ce n’est pas une bonne idée, physiologiquement et psychologiquement.
Le jour – unique ! – du « Vintage of the Century » dans le splendide bâtiment de la Bourse de Porto (il y a une dizaine d’années, 1999 sans doute), plus de 100 Porto Vintage étaient disponibles. J’en ai dégusté une soixantaine, et c’était déjà trop. On dit que Suckling n’en a pas passé un !
Et R. Parker goûte parfois 80 échantillons en une session. J’en ai été le témoin direct – et co-victime – au Ch. Gazin (Pomerol) à la fin des années ’80.
Mais si « 80 à 120 » est une figure de style, « 40 sélectionnés » pourrait se concevoir.
Écrit par : Luc Charlier | 23 août 2011
Répondre à ce commentaireNotre invitation s entend bien sur 2-3 jours, ce qui vous permettra de visiter les vignerons dont vous aurez apprécies les vins.
Bien cordialement,
J. Arnaud
Écrit par : Arnaud | 23 août 2011
Répondre à ce commentaireFaisant honneur à votre Vin Noir , j’ai « torché » hier soir avec un plaisir indécrottable une bouteille de Clos de Gamot 1990, légèrement rafaîchie, sur une Côte de boeuf avec des frites « à la belge ». On en fera mention sur notre blog d’ici quelques jours.
Faut dire que j’avais eu le plaisir de visiter le Clos pour la première fois avec feu M. Jouffreau père. Sans cacher les quelques pieds d’Herbemont qui subsistaient à l’époque par ci par là dans ses vignes, il défendait déjà avec bec et ongles votre malbec – et avec raison, ce qui est un argument de plus de poids pour moi que les accessoires cornés.
Allez, vas-y, Tonton Hervé et dis-nous après comme c’est bon.
PS : normal que j’aie essayé de torcher de l’indécrottable
Écrit par : Luc Charlier | 23 août 2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : laurentg | 23 août 2011
Répondre à ce commentaire« Amanda Barnes, journaliste et bloggeuse britannique, basée a Mendoza, a visité les vignobles la semaine derniere et est également passée a la Villa Cahors Malbec. Une visite qui l’a enthousiasmée «Cahors est une destination irrésistible avec des paysages luxuriants, une architecture exceptionnelle chargée d’histoire, et une cuisine contemporaine et excitante. Les gens sont également charmants. Venant d’Argentine, j’ai trouvé le Malbec de Cahors assez surprenant. II a une couleur foncée exquise par rapport aux teintes pourpres d’Argentine. Il a une belle acidité qui en fait un vin au profil aromatique intrigant. Je pense que plutôt que de le mettre en concurrence avec les Malbec argentins, il en est le complement. Cela prouve la grande variété que propose ce raisin dans des conditions très differentes. II ya quelques projets assez excitants à Cahors, quelques magnifiques vignobles bio, une grande énergie des décideurs et j’espère que le vin blanc va aussi se developper dans la région. Je comprends pourquoi il était le vin des rois, et nous espérons que cette ère va inaugurer une renaissance pour le Cahors Malbec».
Écrit par : ARNAUD | 25 août 2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Hervé Lalau | 25 août 2011
Répondre à ce commentaireSi vos honorables éminences, MM. Arnaud et Lalau, voulaient se donner la peine de consulter le lien suivant http://coumemajou.jimdo.com/2011/08/24/kimaplu/ - c’est vrai, pour le second cité c’est déjà fait – ils constateraient que certains adeptes de ce blog le sont aussi du fameux « Vin Noir », même quand c’est d’autres cépages qui leur fournissent leur jus, à eux !
A plus tard, Messeigneurs (du Cahors, bien entendu).
Écrit par : Luc Charlier | 25 août 2011
Répondre à ce commentaireC’était à un jet de cornet de frites (ce délice se vend en cornet de papier à BXL) de la « Friture Antoine » (comme on disait à l’époque). Tu penses si cette addresse – et son odeur – m’est chevillée au corps. Ajoute que le « Lycée pour Jeunes Filles » (le secondaire n’était pas mixte en Belgique), Emile Jacqmain, se trouvait en plein centre du « Parc Léopold », sur une éminence, de l’autre côté de la Place Jourdan. Ma mob y pétaradait plus que de raison, au printemps boutonneux. Et pour te livrer TOUS les petits secrets, la boulangerie Le Vatel, juste en face, cuisait les meilleurs « pains français » (lire : baguettes) de la capitale flamande.
Actuellement, un théâtre + salle de spectacle a vu le jour, baptisée Léopold Sénar Senghor en l’honneur du grand écrivain, dans ce quartier. Quand un ou une artiste portugaise s’y produit, l’ambiance y est indescriptible car « un bon peu » de la colonie portugaise habite par là. Chaque fois que Maria João s’y pointe, par exemple, c’est du délire. Enfin, si tu pousses plus loin vers l’avenue de la Couronne, tu trouveras la pâtisserie Garcia, où les Pastéis de nata sont succulents, presque comme à Belém ! Gourmand, moi ?
Écrit par : Luc Charlier | 25 août 2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : laurentg | 25 août 2011
Répondre à ce commentaireMaar ik heb geen heimwee naar België.
La vie en France serait douce s’il n’y avait pas ... l’état français, cette machine à empoisonner la vie de la majorité des gens pour donner une raison d’être (et un salaire) à quelques centaines de milliers de branleurs incapables de produire, réaliser ou créer quelque chose par eux-mêmes. Je ne vise pas la fonction publique dans son ensemble, même si elle nous gêne quelquefois, mais bien l’importance démesurée qu’elle a prise en France depuis qu’elle constitue la base de l’électorat, que la droite ou la gauche soit au pouvoir d’ailleurs.
Écrit par : Luc Charlier | 25 août 2011
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