17 juillet 2011
Léon en Fenouillèdes
Pour plus de visibilité, je me permets de reproduire ici le commentaire de mon ami Luc "Léon" Charlier, vigneron flamando-catalan, qu'il a laissé ce soir sur le Blog des 5 du vin, en bas d'un article de Michel Smith (autre ami précieux), à propos d'une mémorable soirée en Fenouillèdes.
Ceci, afin que nul n'en ignore, Belges, Français, Terriens, présents et à venir, comme on dit dans le Moniteur Intergalactique.
Les yeux embués de larmes et de quelques vapeurs de Casot, il me semble en effet voir dans ce commentaire comme le manifeste du parti vinique international, le texte fondateur d'un nouveau désordre mondial, celui de la convialité. Luc mélange avec un brio qui n'appartient qu'à lui les musiques, les vins, des saveurs, les bons mots, les belles images, la bonne chair et la bonne chère, le goujat sacré et le sacrément profane. Il bat les cartes, et quand il les redistribue, on dirait qu'il y en a plus. C'est ce que j'appelle un homme de partage. Sa richesse n'est pas dans ses poches, elle est dans sa tête et dans son coeur grand comme l'internationale utopiste. Comprenne qui voudra.
Cher Michel,
Nous participions toi et moi hier à la «Foire aux Vieux Cépages» de Trilla, largement co-organisée par Mechthild, la femme de ton confrère et ami Andre Dominé. Elle joue avec brio le rôle d’ajointe au maire de cette petite commune de 60 habitants. Moi, j’avais amené un blanc sec de macabeu (vigne de 60 ans d’âge) et notre vieux carignan, en plus des assemblages traditionnels de la vallée de l’Agly. Sur place, outre quelques domaines «hors sujet» venus écouler leurs cubis (?????), le ton était clairement à «Carignan über alles», la colonie germanophone de ce coin de Fenouillèdes (occitan) étant la plus active.
L’après-midi – après avoir terminé le module dont tu m’as aimablement fait cadeau, modeste contribution au bien-être du peuple cubain – nous avons pu nous régaler aux accents combinés du duo composé par la délicieuse «Mademoiselle Hortensia» et de son «one-man band» (tuba + balalaïka, inédit je crois) de compagnon: le CATASTROPHONE. Ils me font irrémédiablement penser à la paire (semi-défunte hélas) de l’irrésistible Catherine Ringer et Fred Chinchin.
La fête populaire (180 personnes) qui dura jusqu’à passé une heure du matin, sous les étoiles et sans un pet de vent, vit un amalgame étonnant d’alternatifs, de pseudo-punks, d’intermittents du spectacle, d’agriculteurs, de «djeuns», de vignerons, d’un conseiller régional, d’ex-soixante-huitards allemands ou anglais, d’un dessinateur américain, de minettes en quête de quéquette ou de cougars en quête de braquemart et, plaisir ultime, une ravissante danseuse pseudo-brésilienne sur le podium. «Oui, mais t’as vu la hauteur de ses talons?» me dit bêtement mon Héraultaise de compagne.
Enfin, incongruité majeure, la table où nous engloutîmes la paëlla (fort bonne d’ailleurs, bravo au traiteur !) rassembla une compagnie polyculturelle et polyglotte (oui, même des Français maniant espagnol, allemand, portugais et trois mots d’anglais!).
Comme, suite à une incompréhension au sein de l’organisation, le vin manqua vite à table, ne reculant devant aucun sacrifice, nous avons bradé les invendus du jour de la Coume Majou à un tarif très démocratique et toute cette joyeuse assemblée se régala des arômes mûrs de la garrigue du «Fenolheda».
Et là, mes petits amours, les capsules à vis volèrent: personne pour se plaindre de ne pas devoir sacrifier à la cérémonie du tire-bouchon, cette grande tradition hexagonale. Et Lavilliers de me chanter : «Genta fina – outra coisa...». Mais quelle ambiance !
Luc Charlier
PS (de moi, pas de Luc): Amis de l'espace, saluez Paulot de ma part. Car dans capsule, il y a Paulot.
23:05 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, France, Roussillon | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
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Commentaires
Puisque tu goûtes les anecdotes, Hervé, voici le récit véridique de mon arrivée à Trilla.
Je me gare devant la salle de la Mairie, mais on m’indique aimablement une autre entrée, plus pratique pour décharger le matériel et les cartons. Une petite machine arrière jusqu’à presque toucher la Peugeot 307 garée – nonchalamment, je le précise – à quelque distance d’une façade de l’autre côté du chemin et .... patatra, un bruit de plastique en pleine souffrance ! Pourtant, mon rétroviseur me donne encore un bon 10 cm et d’ailleurs, personne n’a rien vu ni entendu.
Extrait à grand peine du siège défoncé (315.000 km au compteur) de la Partner, je contourne la caisse et aperçois ... le coupable et son méfait. La boule d’attelage, faisant saillie – c’est comme cela qu’on dit – a effectivement embouti (et bien enfoncé) le bouclier de bas de caisse en PVC gris argenté alors que pourtant mon pare-chocs reste encore à bonne distance.
Un instant de doute : ni vu ni connu, on déguerpit et on déballe sa camelote ? Mais n’est pas Léon qui veut et je demeure, perplexe et interdit. « Dites-moi, Monsieur, à qui appartient-elle, cette jolie petite voiture grise ? ». J’appris ainsi que son malheureux propriétaire n’est autre qu’un certain Christian et qu’il habite ... juste là, à 1 m du lieu du sinistre !
Je sonne à la porte indiquée et apparaît alors une espèce de géant à la peau cuivrée, rieur, enfin, jusqu’à ce que je lui explique la raison du coup de sonnette. « Non, s’écrie-t-il, catastrophé, on vient de me faire la même chose il y a un mois et la voiture revient tout juste de chez le carrossier ! ». Je le rassure quant à mes intentions : je manoeuvrais, je suis en tort (ce que son emplacement de parking aurait pu rendre discutable), mon assurance est en ordre ; et je lui donne ma carte de visite pour que nous fassions le constat amiable dès que j’aurais déchargé.
Une fois mon stand en place, je retourne chez mon interlocuteur – son accent est plus chantant que le mien mais il n’est ni catalan, ni occitan – et il me montre la caisse de sa voiture, méconnaissable: à peine une petite griffe. Il a entretemps débosselé la zone et l’élasticité du polymère a fait le reste. « Cela ne fait rien, me dit-il, un coup de polish et on ne verra plus rien ». « Two présé pa ka fè jou ouvè », en quelque sorte. J’apprendrai en effet que ce gentil habitant du Fenouillèdes est guadeloupéen.
Dans l’après-midi, je lui portai une caisse d’échantillons en lui demandant s’il aimait le vin.
Il venait de faire un périple vers le nord avec un parent, ancien « chauffeur de maître », qui avait gardé un bon carnet d’adresses. Il s’étaient arrêtés « en montant » à Bordeaux, à Pomerol et dans les Charentes, et « en redescendant » à Mâcon, à Chiroubles et à Gigondas.
« Et dans ma cave, j’ai du Mouton-Rothschild, me précisa-t- il, pas beaucoup ».
Je suis sûr que mon carton ne pouvait pas mieux tomber ! Et merci encore, Christian.
Écrit par : Luc Charlier | 18 juillet 2011
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