03 juillet 2011

Qu'est ce qu'on déguste!

Il y en a sûrement qui voient notre vie de dégustateurs professionnels comme un lit de roses; une jolie promenade de verre en verre, sinon un orgasme vineux permanent. Qu'il me soit permis ici de leur dessiller les yeux.

Il y a de bons moments, de très bons moments, de superbes moments... et d'autres moments. Les séries de vins qui ne vous inspirent vraiment pas; les producteurs insupportables de suffisance. Les heures de bus. Les repas où l'on ne cherche même plus à identifier le contenu de l'assiette. Les décalages horaires. Les décalages vineux. Je veux dire, quand on se demande si c'est nous, le problème, ou si c'est la chose dans le verre.

Il y a aussi des coups de pompe. J'en veux pour preuve cette photo de quelqu'un qui, avant même qu'on ait rempli les verres, n'a déjà plus soif.

IMG_5702.JPGLa solitude du dégustateur de fond (avant l'effort)

A ce moment, en début de matinée (je vous en parle en connaissance de cause), le type se dit: "mais qu'est ce que je viens faire ici? Rendez-moi mon lit". Il sourit,  mais c'est le pauvre sourire du condamné. Rassurez-vous, il a dégusté quand même, et religieusement. Il a même donné ses notes aux producteurs, et les a commentées. Pas question de décevoir ces gens qui sont venus pour ça. Si c'est pas de la conscience professionnelle...

Il y a aussi les moments où l'on boirait de tout, la mer et les poissons, d'improbables liqueurs valaches ou des bières de Patagonie, tout, sauf du vin, histoire de changer un peu. C'est ce qu'exprime la deuxième photo, dont vous remarquerez que le sujet n'a pas une tête à plaisanter.

Rassurez-vous, quelques minutes plus tard, il était à nouveau d'attaque et repartait à l'assaut des vignes du Seigneur.

L1030425.JPGAprès l'effort, une bière...

Bon, n'allez pas croire qu'on crache dans la soupe, ou plutôt dans le verre de vin. Ce métier, on l'adore, on l'a choisi, c'est le plus beau du monde, on rencontre des gens épatants, on voit des paysages somptueux, on découvre le monde, et on a en plus la chance de pouvoir en vivre un petit peu. Sans compter qu'on a le plaisir de pouvoir donner notre avis, d'aider ceux des vignerons qu'on juge méritants, et puis aussi de charger quelques moulins.

Alors, de quoi se plaint-on? Mais de rien. Si on "déguste", dans tous les sens du terme, c'est parce qu'on le veut bien, parce qu'on aime ça, la plupart du temps. Mais pour nos amis dégustateurs amateurs, ce petit avertissement: la dégustation au long cours, ça demande un sacré entraînement.

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : dégustation, vin, vignoble |

Écrire un commentaire