31 juillet 2011
Morella, ou une wallaby dans les Pouilles
En réponse à ma question du mois dernier, "Qu'est-ce qui vous intéresse sur un blog?", quelques uns d'entre vous ont évoqué les portraits de vignerons ou de vigneronnes, les histoires d'hommes et de femmes. Qu'à cela ne tienne, je peux vous parler d'une belle recontre que j'ai faite dans les Pouilles, lors du concours Radici.
La dame (car c'est une vigneronne) s'appelle Lisa Gilbee. Elle est Australienne, et elle a d'abord exercé ses talents d'oenologue dans la Margaret River. Mais cela fait une bonne quinzaine d'années qu'elle traine ses guêtres en Italie, d'abord au Nord, puis dans les Pouilles, où elle a rencontré Gaetano Morella, son mari. C'est le nom de son domaine et de ses enfants.
Lisa Gilbee (Photo H. Lalau)
Lisa a une jolie tête bien pleine; elle parle en mots simples de sa carrière, de son parcours, de ses aspirations, de ses vins. On devine en elle le bouillonnement des sentiments, l'attachement à sa nouvelle terre, et le désir d'en tirer le meilleur. Il faut parfois venir d'ailleurs pour se rendre compte du potentiel, pour pouvoir passer outre les usages, les habitudes, les banalités. Lisa sait faire, car c'est est une fonceuse, une femme de caractère; aussi aime-t-elle les vins de caractère, si vous me permettez ce raccourci facile.
En tout cas, elle s'est mise en tête de réhabiliter les vieilles vignes de Primitivo, les "bush vines", comme elles les appelle - n'y voyez aucune allusion à son Australie natale, c'est comme ça que les Anglophones appellent les vignes en gobelet.
Avant de faire la conversation à ces vieilles signoras, j'ai dégusté le blanc du domaine, un fiano:
Morella Fiano 2010
De la poire, de l'aubépine et de jolies notes fumées au nez, une belle bouche très lisse, crémeuse, un boisé harmonieux, et en finale, une superbe amertume. Un vin puissant 14/20
J'ai poursuivi avec les rouges. D'abord un assemblage de jeunes vignes vinifiées en "open fermenters".
Morella Primitivo negroamaro 2008
On a bien le fruit noir du negroamaro au nez, les notes sauvages et épicées du primitivo arrivent plutôt en bouche; final un peu sur le bois, mais pas exagéré 14/20
J'ai aussi dégusté un assemblage inhabituel:
Morella Primitivo Malbek 2008
Au nez, c'est plus serré, on donne dans la cerise et la groseille à maquereau; en bouche, c'est frais, plus tannique, avec de belles notes fumées en finale. 13,5/20. Notez l'orthographe local de Malbek. Un cépage qu'on prend pour local, dans les Pouilles, depuis qu'il a été planté ici par les Bordelais à l'époque du phylloxéra.
Passons maintenant aux choses sérieuses... ou en tout cas, à ce qui passionne la belle Lisa; et notons que sa technique semble s'améliorer un peu avec chaque millésime. Je veux dire, on voit qu'elle sait vinifier, c'est sûr. Mias elle gagne en précision dans l'approche de ses vignes et de leur potentiel.
Enfin, pour autant qu'un quart d'heure avec elle et ses vins me permettent d'en juger. Un portrait, c'est chouette à faire, mais il faudrait vivre un peu avec les gens pour affiner le trait... Mais il y avait d'autres vins à déguster ce jour-là, c'était la présentation qui préludait au concours.
Morella Old vines primitivo 2007
Grenade, amande amère, moka au nez; en bouche, cacao, fumé, une belle interprétation du primitivo, de superbes tannins lisses, et aussi une très belle fraîcheur acide. La preuve qu'on peut être à la fois un vin sérieux et gourmand. 16/20
Morella La Signora 2007
Nez plus austère, fruit noir cuir, notes grillées; en bouche, une belle profondeur, les tannins sont plus rugueux, on note aussi pas mal de salinité. A attendre. 14,5/20. Il s'agit d'une parcelle de clones différents, les vignes ont 60 ans
Morella La Signora 2005
Fruit sauvage, cassis, réglisse au nez; en bouuche, du cacao, des épices, des herbes du maquis; un vin plus sauvage, le Primitivo reprend le dessus. 15/20
Morella Old vines Primitivo 2001
Plus poussiéreux au nez; en bouche, la texture est presque crayeuse; c'st plus strict, plus sévère. En finale déboule du fruit cuit, confituré amis c'est un peu court.13/20
00:00 Écrit par Hervé Lalau dans Australie, Italie, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
| Tags : vin, vignoble, pouilles, australie |



Commentaires
Plutôt que de mourir idiot, je m’initie à la technique du « lien ». En effet, le premier pc qu’on m’ait mis dans les pattes tournait en DOS.2, avait 564 Kb de mémoire ram et on devait déterminer les paramètres de l’écran à chaque mise sous tension. L’écran était cathodique noir et blanc avec un taux de rafraîchissement proche de .... zéro. Entretemps, la technique a évolué plus vite que moi. Donc, maintenant mon URL apparaît à chaque intervention : LEUK !
A propos d’intervention, il me semble que tu deviens adepte du chiaroscuro. Tu souhaites sans doute affiner le trait de tes portraits mais te présentes surtout comme notre Caravaggio (de la toile, forcément), notre Georges de La Tour. Il a fallu que j’exporte le cliché de la dame, l’éclaircisse (courtesy of Photosmart) et le considère attentivement pour me faire une idée de la meuf à Gaetano.
Écrit par : Luc Charlier | 31 juillet 2011
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