09 juin 2011
Amicales internationales des cépages
Vous avez remarqué? L'heure est à la coopération. Cahors et l'Argentine organisent régulièrement des opérations communes autour de leur dénominateur commun, le malbec (alias côt ou auxerrois). Plus récemment, Madiran et l'Uruguay ont fait de même, autour du tannat. Je reçois à l'instant deux invitations (une en français, l'autre en anglais) me conviant à une conférence-dégustation sur ce thème, le 22 juin à Vinexpo.

Et vous, vous irez?
Tout cela est éminemment sympathique. Que des vignerons séparés par l'océan et l'histoire se retrouvent ainsi, apprennent à se connaître et à partager leur héritage, c'est presque émouvant.
Sauf que si l'on y regarde de plus près, c'est le mariage de la carpe et du lapin.
Prenons l'exemple du tannat. D'un côté, vous avez une AOC, Madiran, avec ses règles, son aire de production sur les contreforts pyrénéens, en altitude, ses assemblages (le tannat n'étant qu'un élément parmi d'autres), ses limites de rendement; et de l'autre, un pays entier, l'Uruguay, qui ne s'est pas doté d'appellations; un pays dont la zone de production, plate comme ma main, se situe le long de l'Atlantique, et qui n'a pas de plafonds de rendement. Vous parlez d'un attelage! Pas étonnant que lors des dégustations de tannats uruguayains, les aficionados du Madiran ne retrouvent pas leurs petits.
Passons au Malbec: à Mendoza (j'en reviens), tout est permis au presque, y compris l'irrigation. La surface cultivée en malbec est plus de 5 fois celle de Cahors. Les rendements ne sont pas limités. On peut aussi ajouter d'autres cépages, à concurrence de 15%, et des vins d'autres origines (San Juan, La Rioja argentina, etc...) dans les même proportions.
Je sais bien que l'époque glorifie les différences, le multiculturel, etc. D'ailleurs, c'est l'exergue de la conférence tannat: "Diversité des expressions de terroir". On peut avoir des doutes sur la conception d'un terroir à l'échelle d'un pays (sauf peut être au Luxembourg), mais là, je cherche sans doute la petite bête. Parce que l'essentiel est ailleurs: organiser à deux une conférence permet de diviser les coûts. Et puis, ça fait parler d'autre chose que du chardonnay, du cabernet, du çauvignon... ABC. Anything but C...
Mais plus sérieusement, n'est-il pas déconcertant pour les responsables d'une AOC de présenter leurs vins aux côtés de produits qui ne respectent aucune des règles qu'ils imposent à leurs ouailles? Voire dangereux?
Moi, si j'étais de Cahors et que je voie le type de Malbec qu'on fait à Mendoza, en quelle quantité, avec quel rendement et avec quelle rentabilité à l'hectare, je crois que je me lancerais dans le Vin de France. Je pourrais toujours déclarer le cépage et le millésime, et avec un rendement double de celui de l'AOC Cahors, je pourrais espérer concurrencer mes amis argentins sur les marchés étrangers... cqfd (côt erat demonstrandum)
00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Argentine, France, Sud-Ouest, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
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Commentaires
Oui, Hervé, mais toi tu as le tort de te poser des questions, et des questions d’amateur. Tu veux savoir si Copernic avait raison.
La seule vraie raison – et j’ai eu un jour presque une prise de bec avec Bernard Arnould à ce sujet, alors que nous nous entendons bien et qu’il est d’un naturel paisible – se loge dans le financement. Le grand capital international est UN. Les mêmes personnes qui souhaitent gagner beaucoup d’argent dans le Quercy souhaitent en amasser en Argentine, idem pour le Gers et l’Urugay. Et si ce n’est pas elles, ce sont leurs cousins. Canton, Bilissi ou Jouy-en-Josasse : twee handen op één buik ! Donc, la terre est bien plate.
Regarde tout le tam-tam autour de 1855.com et regarde comme ses dirigeants sont puants.
Pourtant, cela tourne encore toujours ! (Eppur, sempre ancora se muove).
Écrit par : Luc Charlier | 09 juin 2011
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