31 mai 2011

L'exception française (2): cépages, héritage, etc...

Je suis fier de faire partie de la nation élue. Celle aux frontières de laquelle s'arrêtent les nuages radioactifs et les concombres contaminés, mais aussi, et on en parle moins, les hectos de vins espagnols.

La France a bien d'autres titres de gloire, heureusement. N'est-elle pas le pays du Professeur Benvéniste, le théoricien de la mémoire de l'eau?

Moi, je milite plutôt pour la mémoire du vin. Et notamment, la mémoire des cépages. De plus en plus de nos amis étrangers sont persuadés que le malbec est argentin, que le chenin est sud-africain, et que le sauvignon est néo-zélandais. Que pèse la vérité historique face aux réalités commerciales?

Le choix des AOC françaises de ne pas afficher leurs cépages (à de rares exceptions près comme en Alsace) était motivé par la volonté de privilégier le terroir, comme l'expose très bien mon confrère David Cobbold (c'est ici).

vin,vignoble,france,aocOcio, où quand le Chili s'éprend de la Bourgogne Cono Sur, co-starring Martin Prieur)

Le résultat: ces cépages (qui sont pourtant un élément du terroir) ne leur appartiennent plus. Aujourd’hui, Cahors revendique bien son malbec, mais il est bien tard: le malbec couvre 25.000 ha en Argentine, contre à peine 6.000 en France. La locomotive se trouve à Mendoza, aujourd’hui.
On pourrait multiplier les exemples: le merlot, le cabernet sauvignon, le chardonnay, la syrah. Sans oublier un des cépages les plus connus au monde: le fût de chêne.

Bref, à lire la presse étrangère (et même française, parfois), la France du vin est on ne peut plus «has been».
C’est vrai qu’elle s’est endormie sur ses lauriers. C’est vrai que sa réglementation est souvent bien opaque. C'est vrai que ses responsables cultivent l'exception française sur un mode intensif. Quand ce n'est pas l'exception berrichonne, l'exception alsacienne, l'exception bretonne ou savoyarde...

Mais à quelle région les gens de Cono Sur, au Chili, se comparent-ils quand ils cherchent à faire un grand pinot, (comme leur superbe Ocio) si ce n’est à la Bourgogne? Et à quel système le Chili, ce pays de la libre-entreprise, se réfère-t-il pour mettre sur pied ses premières véritables appellations?

Pendant que la France se dote du Vin de France, le blend absolu, l’arme marketing suprême, les pays du «on produira ce que vous voulez» songent à se compliquer la vie avec des idées aussi éculées que le zonage, les limitations de rendement, etc…

Je trouve ça marrant.

La morale de l'histoire? Nous ne sommes peut-être pas aussi ringards qu'il y paraît. Et si l'on commençait par redonner un contenu aux AOC que le monde nous envie? En arrêtant à leurs frontières les vins qui n'ont rien à y faire, par exemple?

Facile à dire. Mais comment faire? On en reparle un jour?

00:24 Écrit par Hervé Lalau dans France | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : vin, vignoble, france, aoc |

Commentaires

Excellent billet, once again, Votre Excellence.


D’accord avec tout.
D’ailleurs, mon dernier petit bébé, une toute jeune syrah sur le fruit, est né en bouteille fin mars. Il s’appelle ... SYRAH (en VDF 2010) et la maman (Alt de Coume Majou) va bien.
Quant à l’AOC Quercus ruber, je suis allé la tester en logeant à l’Hôtel « Le Tronçais », à côté de l’étang éponyme. L’endroit est magnifique, l’accueil adorable et la salle à manger très spacieuse et claire. Nous avons eu le tort de commander des poissons comme plat consistant, trop cuits et aux sauces approximatives. Ce n’est certainement pas la spécialité du lieu, avec le Bourbonnais pas loin, car tout le reste ne souffre aucun reproche, avec une carte des vins intelligente dans son choix et dans ses prix.
Si j’osais ....
Allez, j’ose : « Il faut y Allier, espèce de pédonculé ».

Écrit par : Luc Charlier | 31 mai 2011

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