30 avril 2011

Deux Bordeaux pour l'été: le Blanc et le Rosé de Jabastas

Parfois, Bordeaux m'ennuie. Un peu comme un monument classique qu'on aurait trop visité.

Je conçois à quel point ce jugement est injuste, à l'emporte-pièce. Après tout, nous autres journaleux de la treille dégustons souvent les mêmes crus, les grands, les classés, et avec tout le respect qu'on leur doit (il y en a de très bons), ce n'est pas d'eux que la surprise vient le plus facilement.

Mais quid de tous les autres, les plus obscurs? De tous ceux qui cherchent leur voie vers la notoriété?  De tous ceux qui, sans renier leur région, ce nom de Bordeaux qui les porte et qui les banalise à la fois, cherchent simplement à exister par et pour eux-mêmes?

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Maintenant, l'été peut arriver!

J'ai un exemple.

Je vous emmène dans un petit coin tranquille au bord de la Dordogne. En dehors des grands axes. Entre Bordeaux et Libourne, mais par les petites routes, alors. Cela s'appelle Jabastas. C'est le nom du lieu-dit, sur la commune d'Izon, et c'est le nom du château. L'appellation, c'est "Bordeaux Supérieur". Ce qui veut tout et rien dire, on est bien d'accord, mais attendez voir.

Le domaine a été racheté voici quelques années par des Belges. Ils y ont mis un peu d'argent, mais surtout beaucoup de passion et d'huile de coude. Je connais un de ces passionnés, Alain Vercouter. Pas pour ça, mais pour son activité principale: il dirige Bleuzé Wines, l'importateur de grandes maisons comme Niepoort, Gosset ou Lustau.

Jabastas, pour lui, c'est plus qu'un investissement, c'est sa passion, il y file dès que le temps le lui permet, il troque son costard-cravate contre un jean et des bottes. Oh, il n'est pas le seul à le faire, c'est sûr, mais avouez qu'entretenir une telle "danseuse" à 900 km de chez soi, ce n'est pas toujours pratique.

Jusqu'ici, Jabastas, ce n'était que du rouge. Plusieurs, d'ailleurs, car Alain joue sur les assemblages et sur l'élevage. Outre sa cuvée de base du château, il propose donc Audace (dominante de cabernet, 12 mois de barrique) et L'As, sa grande cuvée, qui a eu les honneurs du Guide Hachette en 2008. Sans oublier une édition limitée pour aller encore plus loin dans la sélection.

Mais aujourd'hui, Jabastas se lance dans le blanc et dans le rosé.

Alain m'a donné deux bouteilles. J'ai dit "merci, c'est gentil"; et puis hier, j'ai débouché. Comme je me doute que vous vous fichez comme d'une guigne que je connaisse le proprio, et qu'il soit Belge ou Patagon, le mieux est de vous dire sans plus tarder ce que je pense des vins, en faisant abstraction du relationnel. En toute objectivité, comme qui dirait (pour autant que cela ait un sens dans ce métier, mais c'est un autre débat).

Et bien pour un premier millésime, c'est un coup de maître! Voila deux vins qu'on devrait prescrire sur ordonnance, surtout en perspective des beaux jours à venir. Perso, je ne veut pas faire de tort au labo, mais je préfère nettement au Déanxit.

Le Blanc de Jabastas 2010 (sauvignon blanc, sauvignon gris, sémillon) est étonnant de fraîcheur; le nez, sans être explosif, est super séduisant avec ses notes d'agrumes - pas le citron vert, mais plutôt le pamplemousse rose bien mûr. En bouche, il y a un peu de gras derrière l'acidité, cela donne de l'équilibre, et puis c'est tellement rafraîchissant. J'ai aussi trouvé quelques petites senteurs anisées. La structure n'est pas énorme, on ne vise pas la grande garde, ni à singer Pessac-Léognan, mais Dieu que ça coule bien en bouche!

Il y a deux sortes de vins (je schématise, évidemment): ceux dont on boit un verre, ça va, deux verres, bon, on verra plus tard. Et puis les vins dont on a envie de finir la bouteille (avec modération, bien sûr, mais je parle de l'envie, et elle ne souffre pas la modération). Bref, ce vin là se range définitivement dans la deuxième catégiorie. La finale, sur des petites notes d'écorce d'orange et de pêche blanche, est très plaisante.

Et le rosé? Et bien le rosé est un peu dans le même style. Vous n'avez pas de terrasse? Vous avez déjà le vin pour aller avec. Au nez, c'est fin, petits fruits rouges et blancs, groseille, groseille à maquereau, et puis en bouche, ça vire vers des fruits un peu plus charnus, genre cerise, mûre, pêche blanche, et un poil de réglisse. C'est gourmand, mais tendu; l'acidité soutient bien le vin mais ne l'emporte pas. Ca reste souple. C'est élégant, aérien. Le mot "fluide" a parfois une mauvaise connotation, genre dilué. Ici, c'est fluide, mais ce n'est pas dilué.

Et je ne vous dis pas les possibilités gourmandes. Si vous n'avez ni terrasse ni balcon, restez dans votre cuisine et balancez une viande blanche, un poisson en sauce ou des gambas grillés, ce vin là, "ça le fait", comme on dit quand on a perdu l'usage des adjectifs; ce qui risque bien de m'arriver si je continuer à siroter ce rosé.

Bon, j'avais dit que je serais objectif, je voulais éviter les épanchements, des fois que vous me soupçonnassiez de collusion avec le propriétaire, d'agenda secret, de délit d'inititié, que sais-je encore? Non, je ne suis pas payé pour vous écire cette chronique. C'est que je vous connais, mes gaillards, méfiants comme vous l'êtes... Et là je vous réponds, d'un mot, d'un seul: "goûtez!"

Maintenant, l'été peut arriver. Pour votre terrasse, je ne peux rien faire, mais pour les vins, j'ai ce qu'il vous faut. Bordeaux, c'est ça aussi. Alors, merci qui? Merci Alain!

Plus d'info: www.jabastas.com

 

 

00:00 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux | Tags : vin, vignoble, bordeaux, été, rosé, dordogne | Lien permanent | Commentaires (2) | | | | |

Commentaires

Bonjour Mr Lalau,
N'ayant pas le verbe haut comme vous, je ne sais plus que dire mais vous avez grandement raison, Alain est un magicien de talent sans trop grande étiquette et pour un premier coup de baguette magique, ce n'est que du bonheur.
Nous les avons goûtés, c'est merveilleux.
A vous lire encore souvent, car c'est purement agréable de se laisser aller au fil de vos paroles, nous les buvons, c'est le cas de le dire.
Jacques Marit
Restaurateur Belge

Écrit par : Jacques Marit | 30 avril 2011

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Merci de votre commentaire, M. Marit, et ravi que cela vous ait plu. Ayant apprécié votre table, sa créativité et ses accords de goûts, il n'en prend que plus de valeur.

Écrit par : Hervé Lalau | 01 mai 2011

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