12 mai 2011

Tous les chemins mènent à Stellenbosch

Fin avril, au Chalet de la Forêt, à Bruxelles, j'ai fait une belle rencontre. Une grande dame du vin, l'ancienne propriétaire de Pichon Longueville Comtesse de Lalande, May-Eliane de Lencquesaing, présentait ses vins... sud-africains. Le domaine s'appelle Glenelly, il est situé à Stellenbosch.

"Mais qu'allait-elle faire dans cette pirogue?", vous demandez vous, goguenards que vous êtes... Quitter les fastes de Bordeaux pour le continent noir?  Vous frémissez déjà pour elle. C'est mal la connaître.

IMG_0323.JPG

May-Eliane de Lencquesaing

Pour elle, la vie est faite pour créer, pour semer, pas pour engranger, ni pour regarder les trains passer.

L'Afrique du Sud? Ce n'est pas une passade. Elle la fréquente depuis des années. Elle y a noué des amitiés, elle a cherché à comprendre. Elle aime ce pays, ses habitants, elle veut apporter sa pierre à son développement.

Mme de Lencquesaing a une personnalité attachante. L'âge n'a rien enlevé à son dynamisme, à la malice dans son regard. Elle est contente de vous surprendre, de vous prendre à contre pied. Elle est passionnée. Ses vins? Ils ont sa personnalité. Elle récolte plus tôt que tout le monde à Stellenbosch. Elle aime le vignoble du Cap, mais elle y applique les leçons qu'elles a apprises à Bordeaux. Elle y a même planté du petit-verdot, comme à Pichon.

Et franchement, à l'aveugle, je ne suis pas sûr que je ne mettrais pas son "Lady May" 2008 (91% cabernet sauvignon-9% petit verdot) parmi les grand crus de Bordeaux. Un Pauillac, peut-être? En tout cas pas un vin du "Nouveau Monde".

Nouveau Monde? Mme May balaie l'expresssion d'une revers de la main "François Villion a planté ses vignes à Stellenbosch au moment où l'on plantait dans le Médoc. Les deux vignobles sont contemporains!".

Dans le verre, c'est ce Lady May qui m'a le plus intéressé. Au nez, le fruit est frais, vif; la bouche est à la fois suave et épicée, ses tannins sont fins, il a de l'élégance et du caractère. "Un vin plein d'esprit", comme on disait au temps de la marine à voile.

GlenellyLadymay.jpg

Lady May, c'était le nom de la marraine anglaise d'Eliane

En ce temps-là, un des ancêtres anglais de Mme May prit un navire pour les Philippines. Pas une traversée de tout repos. Il s'arrêta au Cap, c'était une escale obligée. Puis il s'installa à Manille. Il se lança dans les affaires avec la Chine. Il fallait une sérieuse dose de culot. Il épousa une Espagnole. Pour ça aussi, il fallait une certaine force de caractère. L'Angalis était fils d'évèque protestant; elle était catholique.

La différence, May-Eliane connaît: son double prénom, c'est pour sa double appartenance, ses deux familles, l'Anglaise et la Française. Alors s'enfermer à Bordeaux, ou n'importe où, d'ailleurs, quand le monde est si vaste...

Tout ça pour dire que tous les chemins mènent à Stellenbosch...

Importateur: Delta Fijne Wijne, Damme +32 50 50 10 80 info@dfw.be

 

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Afrique du Sud, Bordeaux | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note |

Commentaires

Anecdote


La même « Générale » se trouvait chez Monard (Pro Vino à Zonhoven), peu après un passage éclair au Ceria et à la présentation annuelle bruxelloise des GC, il y a une quinzaine d’années.
Dégustant un Pommard – excellent par ailleurs – célèbre vinifié par un Canadien (si mon souvenir est exact), elle s’exclama : « C’est excellent, ça, Monsieur ! Quel est le cépage ? ».
On peut apprécier l’humour, et la finesse du palais.
Léon, lui, ne supporte pas ce genre de personnes. Donc, pas d’angélisme : « vieille peau » elle est, vieille peau elle a toujours été, même jeune.

Écrit par : Luc Charlier | 14 mai 2011

Répondre à ce commentaire

Je n'ai pas eu ton impression, mais bon.

Écrit par : Hervé Lalau | 14 mai 2011

Répondre à ce commentaire

Moi aussi, je l'ai bien connue du temps où je fréquentais le Médoc. Comme on dirait en Angleterre, c'est une originale qui exposait dans son salon quelques photos dédicacées de la famille royale. Une brave dame, très vieille France, mais une baroudeuse dans l'âme qui commandait son personnel mieux que son cher défunt de mari l'eut fait...

Écrit par : michel Smith | 15 mai 2011

Répondre à ce commentaire

Hervé, Michel, Jane ... même combat ?

« Ex-fan des sixties
Petite Baby Doll
Comme tu dansais bien le Rock 'n 'Roll
Ex-fan des sixties ... »

Vous n’aimez pas, en République, qu’on déboulonne l’Ancien Régime.
On ne touche pas aux Delon, aux de Lencquesaing, aux Prats (t’as vu, il ne manque que Margaux !).
En revanche, eux ne touchent pas à la vigne (il y a des rappatriés ou des expatriés pour cela) et traitent toujours bien les journalistes, les bons comme les mauvais.
Berrrrk !

Écrit par : Luc Charlier | 15 mai 2011

Répondre à ce commentaire

T'as raison Léon, j'ai été traité par un coq en pâte et je m'en souviens encore... Juste une dégustation suivie d'une cup of tea. Mais tu as dû subir pire traitement ailleurs au temps où tu sévissais à nos côtés...

Écrit par : michel Smith | 15 mai 2011

Répondre à ce commentaire

Écrire un commentaire