23 mars 2011

Mon copain Marius

Quand j'ai rencontré Marius Peyol, il venait juste de fermer sa porte. Il partait tailler sa parcelle de la Combe au Curé, sur Vidauban. Il avait pris ses gants, son sécateur, sa brouette - une demi-bonde, de la récup, comme tout vieux vigneron qui se respecte. Quant il m'a vu, il a ramené son béret en arrière, et il s'est gratté le front d'un air dubitatif.

"Vous pouvez venir avé moi, si vous voulez", qu'il m'a lancé, mi-penaud, mi-goguenard, comme s'il voulait me tester. Je le lisais dans ses yeux: "Est-ce qu'il osera venir salir ses chaussures dans ma vigne, l'estranger?"

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J'ai dit oui, bien sûr, et je l'ai suivi sur le chemin de sa vigne. Une bien belle vigne, ma foi, bordée de cyprès, pour couper le mistral. En bas, au-delà de la restanque, un champ d'oliviers semblait onduler sous le pâle soleil d'hiver.

Marius m'a montré les ceps noueux, "plantés par le Papet, Marius, comme moi. C'était en 1895, juste après la Bestiole" - il parlait du phylloxéra.

Le courant passait bien, entre nous. Je l'ai vu sourire. Il était en train de m'accepter. On devenait copains.

Tout en taillant, Marius m'a commenté ce qu'il faisait: "Tailler, c'est de l'amour. C'est comme s'occuper des petits enfants" (il prononçait "annfins", à la Provençale). "Tu dois décider pour eux, parce qu'ils sont besoin de toi. C'est mon père qui m'a appris, et moi, je l'ai appris à mon fils. Cette année, ce seront mes dernières vendanges. Il faut savoir s'arrêter, passer la main; c'est le cycle de la vie. Nous on passe, la vigne reste..."

C'est beau, non?

Oui, mais c'est complètement faux. Marius Peyol n'existe pas, c'est juste une marque créée de toutes pièces par Castel pour ses Côtes de Provence et ses Coteaux d’Aix. J'ai donc inventé toute cette bucolique histoire. J'ai fait comme si Marius Peyol était un vrai vigneron. Comme les consommateurs sont censés le croire.

"Le positionnement sera très féminin", dit-on au service marketing de Castel. Il sera surtout complètement bidon.

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Provence | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : provence, vin, marketing |

Commentaires

Hervé, je ne résiste pas à évoquer avec toi le fameux vin Baron de Lestac, dans le top 5 des vins français les plus vendus en GMS, comme tu le sais, Ce Baron de Lestac qui n'a jamais existé non plus...puisque LESTAC n'est rien d'autre que l'anagramme de CASTEL...un jeu de mots digne de Maître Capello, qui, lui, a bel et bien existé...

Écrit par : Thomas Bravo-Maza | 23 mars 2011

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Dommage, on y croyait presque!

Écrit par : Isabelle | 23 mars 2011

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Merci Thomas. J'ai moi même mis en jeu une bouteille de Baron de Lestac 1966 lors d'une récente chronique. Je ne risquait pas grand chose...

Ca me fait plaisir de savoir que tu suis mon blog.

Écrit par : Hervé Lalau | 23 mars 2011

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Oui, mes amis.


Il n’y a qu’un moyen d’arrêter ces mascarades : n’acheter du vin que chez ou en provenance d’un « petit » producteur. Reste à définir ce que veut dire « petit ». Et cette pratique posera un problème énorme : que va devenir le raisin de tous ceux qui n’élaborent pas eux-même leur vin ? Et, plus loin encore, que va devenir le vin de ceux qui ne le vendent pas eux-même ? Rien n’est simple. Tant qu’on n’optera pas clairement pour cette attitude, les « metteurs en marché » auront la mainmise sur le commerce du vin et les media seront obligés de leur faire la cour : ils sont les annonceurs publicitaires.

Écrit par : Luc Charlier | 23 mars 2011

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Ah, Luc, te revoilà! C'est pas trop tôt!

D'accord avec toi, encore une fois.

Mais ce que je dénonce plus prosaïquement, c'est qu'on puisse ainsi laisser penser au consommateur qu'il a affaire à un petit vigneron, un vrai, version cigales et famille terrienne, alors que c'est du pipeau. Plutôt que de nous faire des règles sur n'importe quoi, la taille des caractères sur l'étiquette et le lieu d'embouteillage, en voila une qui serait bonne: pas de marque avec un nom de famille si la famille n'est pas derrière. Facile à vérifier. Ne coûterait rien à l'Etat.

Écrit par : Hervé Lalau | 23 mars 2011

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Pas trop tôt, pas trop tôt !


Tu en as de bonnes, toi. Quand le vin est tiré ... il faut le vendre.
L’année 2011 sera la première d’une ère de prospérité commerciale ... ou l’avant dernière d’une activité vinicole ! Je me bouge donc ... sur les autoroutes du nord de l’Europe et ai accumulé les rendez-vous. En même temps, j’ai accumulé un mois de retard à la taille !
On ne peut pas être partout en même temps.
PS : parmi les bons côtés des déplacements, il y a les étapes. Cette fois, deux adresses m’ont encore particulièrement réjoui :
(i) la première à Ladoix-Serrigny (10 km au nord de Beaune) : il s’agit d’un « motel-restaurant », Les Terrasses de Corton, juste sous la parcelle de Bressandes. Le pigeon fermier (d’un éleveur situé à Chenôve) a fondu pour la troisième fois sous mes dents et le chef-proprio n’arrête pas de consentir des améliorations de son outil (nouvelle cuisine rutilante et visible, rénovation des chambres ....), tout en gardant des tarifs très raisonnables, surtout vu sa situation bourguignonne privilégiée. Une très bonne étape (véhicule devant les chambres dans une cour fermée la nuit, utile quand on transporte des bagages, ou du matériel photo, ou quelques cartons).
(ii) l’archi-sympathique Patrick Devos dans sa splendide maison de la Zilverstraat à Bruges. Son excellence n’est un secret pour personne mais elle se confirme à chaque visite. La gentillesse de madame en salle est secondée par un tout jeune sommelier de très bon conseil et qui connaît sa carte – un fait devenu extrêmement rare. Et puis, les germes de houblon étaient si tendres, cette année ! Vive Poperinge, Vive Watou, Leve mijn West-Vlaanderen.

Écrit par : Luc Charlier | 23 mars 2011

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Les germes de houblon étaient si tendres,
Nous avions tout pour nous entendre...
Il faisait bon à Bruges,
J'ai pris un vermifuge.

(Anonyme, XXIème siècle)

Écrit par : Hervé Lalau | 23 mars 2011

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Oh, doux Hervé,

Taenia qu’à écrire un mot et la poésie s’installe, semblable à l’immortel Hugo d’Ocea Vermox. Car si par ce subterfuge subtil, une purge tu m’instilles, c’est bien par les virgules que la ponctuation jubile. Tout attiré par le soleil de ta plume, force centripète et doux refuge des esthètes, c’est en te quittant pour une gloire centrifuge que, tout seul dans mon coin, bruyamment je .... p(o)ète !

Écrit par : Luc Charlier | 23 mars 2011

Tout n'est-il pas que tromperie dans la pub ? La seule chose qui vaille à mon sens, c'est d'avoir le goût de la curiosité. Essayer pour voir. Il n'y a que les gogos qui se laissent prendre. Hervé, ton papier est génial. Tu devrais en garder des comme ça pour nos 5 du Vin plutôt que de nous fourguer tes exploits de chasseur de béret !

Écrit par : Michel Smith | 27 mars 2011

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Oui, ce n'est pas évident d'être au top sur deux blogs à la fois. Mais les bérets, c'était le samedi, pour meubler.

Écrit par : Hervé Lalau | 28 mars 2011

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Je sais, j'ai meublé aussi à ma manière...

Écrit par : Michel Smith | 28 mars 2011

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